Caroline Bègue a 42 ans et c’est une sirène. C’est-à-dire qu’elle nage avec un habit de sirène, une monopalme habillée en queue de poisson avec laquelle elle peut danser ou faire différentes figures. Cette Alsacienne d’origine en a fait un métier lorsqu’elle est partie vivre à La Réunion. Désormais en Touraine où elle s’est établit pour les études de sa fille, elle prépare un concours national prévu fin août en Bretagne. Entretien.
Pourquoi avoir voulu devenir sirène ?
J’adore ça depuis toute petite. J’ai commencé à nager en monopalme parce que j’avais des pieds trop petits et que je ne pouvais pas mettre de palmes à l’école. J’ai trouvé ça super. Ensuite, j’ai découvert le côté esthétique et j’ai appris qu’il existait une sirène professionnelle en Australie, Hannah Fraser. Je me suis dit que c’était possible et j’ai voulu développer ce projet. À La Réunion, j’ai pu m’entraîner avec ma nageoire, j’ai été médiatisée et les demandes d’animations et d’apparitions ont commencé à augmenter.
Qu’est-ce que le mot “sirène” évoque pour vous ?
Le côté féérique, fantastique et imaginaire. Mais surtout la sensation dans l’eau. J’adore l’eau, c’est mon élément. Sous l’eau, je ressens quelque chose d’extraordinaire : l’apnée, la sensation d’être seule, de voler, de ne plus avoir de pesanteur. La monopalme ajoute un côté magique.
Ressentez-vous une vraie différence entre la natation classique et la nage en tant que sirène ?
Totalement. La natation classique demande une technique coordonnée avec les bras et les jambes. En mode sirène, c’est différent : on ondule, on peut faire des vrilles et des figures sous l’eau. Tout repose sur l’apnée et sur une gestuelle beaucoup plus naturelle pour moi.
Était-ce compliqué à apprendre ?
Non, au contraire. C’est plus facile pour moi que les autres nages. J’ai essayé la natation synchronisée et d’autres nages, mais je ne suis pas douée pour la brasse ou le crawl. La nage en sirène, en revanche, ça m’a tout de suite paru naturelle et libératrice.
C’est pourtant très technique.
Oui, il faut de l’aisance sous l’eau, de la souplesse et un peu de musculature. Il faut aussi que le rendu soit esthétique. Ma nageoire, par exemple, pèse déjà lourd à sec : environ 9kg pour un modèle basique, et celle que j’utilise, en silicone et résine, pèse 12kg. Il y a une propulsion, comme avec des palmes, mais il faut quand même du dos et des abdos pour tenir la posture et garder une ondulation propre, fluide et jolie.
Vous vous entraînez aussi pour l’apnée ?
Je prends des cours avec un apnéiste pour tenir plus longtemps sous l’eau. Aujourd’hui, je fais 37,5m en apnée dynamique et je vise 50 mètres. Il y a encore peu de temps, j’étais à 25m. En statique, je tiens 45 secondes et je vise une minute. C’est important car il faut pouvoir être crédible sous l’eau, surtout face à des enfants.
Comment êtes-vous perçue quand vous dites ce que vous faites ?
Il y a deux réactions : soit les gens trouvent ça ridicule, soit ils trouvent ça génial et aimeraient essayer. En général, les gens trouvent ça fascinant. Ils rient d’abord, puis comprennent vite le travail et la technique derrière.
On ne voit pas assez ce côté technique ?
Non, parce que si c’est bien fait, cela paraît facile. Pourtant, beaucoup de personnes à qui j’ai prêté le monopalme ont dit ensuite que c’était très difficile. Au début, il y avait parfois des moqueries, mais aujourd’hui cela passe bien.
Il y a quand même un côté enfantin dans cette discipline.
Bien sûr, et c’est pour ça que les enfants sont nos premiers spectateurs. Je fais beaucoup d’animations d’anniversaire, et quand j’apparais dans une piscine, les enfants sont émerveillés. Voir leurs étoiles dans les yeux, c’est quelque chose d’unique.
Vous allez participer à un concours spécialisé, Miss Mermaid France, pourquoi vous lancer dans cette aventure ?
Pour valoriser tout le travail que j’ai accompli depuis des années. J’ai aussi envie de voir si je suis capable de représenter une région et si j’ai suffisamment travaillé pour aller jusqu’à un concours. Et si je ne gagne pas, ce n’est pas grave : l’essentiel est de participer et d’aller au bout.
Comment va se dérouler l’épreuve ?
D’abord une épreuve d’apnée de 25m minimum, sans pousser avec les jambes. Ensuite, une séance chorégraphique en apnée, avec enchaînements fluides, vrilles et saltos. Puis une séance où il faut tenir une pose immobile pour la photo. Enfin, il y a un défilé hors de l’eau, avec notamment un top personnalisé que l’on fabrique nous-mêmes.
Un degré en plus :
Caroline Bègue – alias Lily Siréna – se produira à la piscine de Luynes ce mercredi 1er juillet puis elle sera à l’inauguration de la piscine de Vouvray vendredi 3 juillet.









