Pour sa saison estivale 2026, l’institution parisienne du Jeu de Paume programme deux expositions au Château de Tours, dont celle du franco-britannique Ed Alcock qui nous emmène dans ses voyages photographiques et intimes. Un parcours qui met l’humain au cœur du cliché.
Jusqu’au 8 novembre, le Château de Tours et le Jeu de Paume exposent Ed Alcock à la suite du prix Niepce Gens d’Images 2025 que cet artiste-reporter a reçu. On y découvre 15 ans de reportages et virées photographiques, notamment au Royaume-Uni, dans des séries intimes ou politiques. Engagé par le Nex York Times, The Economist ou Le Monde, l’homme de 52 ans a été correspondant pour la presse en Europe ou en Afrique mais s’est senti assez rapidement « frustré » de ne pas pouvoir déployer « mes propres envies de raconter des histoires ». « Je n’osais pas traverser le rubicon » nous dit-il dans un français parfaitement compréhensible.

Le déclic s’est fait petit à petit, à force d’opportunités et de rencontres. Comme cet échange avec l’écrivain Emmanuel Carrère, « une rencontre marquante ».Ed Alcock raconte comment l’homme de lettres s’est isolé avant un shooting pour découvrir le travail du photographe, que ça a duré longtemps… avant qu’il ne ressorte tout excité et pressé de montrer les travaux à sa femme. Et de lui dire : « Si tu fais un livre, j’aimerais écrire quelque chose dedans ».
Quelques temps plus tard, Ed Alcock recontacte Emmanuel Carrère pour lui faire part d’un projet de livre… il se souvient de sa promesse et l’honore. Il a même lu le texte en question pour qu’on puisse l’écouter dans l’exposition tourangelle. Cet exemple montre à lui seul à quel point le parcours proposé au rez-de-chaussée du Château de Tours puise dans l’âme de ce franco-britannique qui a pris un deuxième passeport « grâce au Brexit », période qui a tout juste dix ans et qui est traitée dans Secrets et mensonges.
« Je suis né européen et j’étais furieux du Brexit » confie ainsi Ed Alcock parti traverser tout le Royaume-Uni après le vote de 2016 pour capter les émotions du peuple. Cela donne d’étonnants collages entre photos, cartes et documents. Mais, globalement, les différentes salles nous donnent à voir une exposition de gueules, de personnalités… ou disons de personnages.

Qu’ils aient le regard planté vers l’objectif ou se montrent plus flous, plus lointains. Ces hommes, ces femmes, donnent à voir des expressions. On devine la douleur, l’attente, l’espoir, la lourdeur. La partie la plus émouvante est peut-être celle réalisée après les obsèques du grand-père d’Ed Alcock, alors qu’il a appris la liaison de son père avec une autre femme, et l’existence d’un demi-frère. Mais cet autre enfant ne connaîtra jamais le lien qui les unissent, choix du père, malgré des promesses de revirement. Le photographe ira jusqu’à renoncer à une exposition dans une grande galerie pour préserver le secret familial.
C’est donc aussi un homme perturbé, qui travaille sous le sceau de l’intime, que l’on découvre avec Secrets et mensonges. Un artiste qui a su se faire accepter dans des communes où l’on hésite d’ordinaire à autoriser l’accès aux objectifs, « mais quand j’ai dit que j’avais de la famille, je suis passé pour quelqu’un d’ici qui revient chez lui et on m’a dit ‘Viens boire à table’ » confie-t-il. Une ambiance qui se ressent sur les images, qui vous parleront forcément par l’humanité, la bonté, qu’elles dégagent. Elles émeuvent ou font sourire, nous montrent à voir des Britanniques loin des clichés. Colorés, concentrés, appliqués, attachants.








