« Je dessine depuis toujours » : une tatoueuse de Tours choisie pour habiller le Pont Wilson en 2026

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C’est une tradition de l’été à Tours : le Pont Wilson se pavoise entre la Place Anatole France et la Place Choiseul. La plus belle vue de la Loire accueille 32 drapeaux pendant 4 mois, pour créer une balade artistique entre les deux rives. Pour cette année 2026 c’est Béatrice Myself qui a été retenue par la ville. Nous l’avons rencontrée avant l’inauguration officielle de son travail ce vendredi 26 juin.

Elle parcourt le pont à vélo. Un site qu’elle traverse régulièrement. Béatrice observe les agents qui sont en train d’accrocher les drapeaux qu’elle a imaginés pour le pavoisement 2026 du Pont Wilson. Elle contrôle la qualité de l’impression, leur comportement face au vent. Les couleurs apparaissent plus vives sur l’une des deux faces, elle s’en émeut, puis se rassure en constatant qu’on arrive tout de même bien à distinguer les différents éléments : les silures, les maisons à colombages, le blé, les oiseaux de Loire…

Béatrice Myself a conçu 16 visuels pour le Pont Wilson, tous déclinés en deux exemplaires, accrochés de façon symétrique entre la Place Anatole France et la Place Choiseul. On peut parcourir l’exposition dans un sens comme dans l’autre, pas d’importance. Dans les deux cas, la promenade est conçue comme un jeu de piste pour repérer les différents clins d’œil aux patrimoines culturels, historiques et naturels.

« La mairie de Tours m’a laissée très libre, je ne m’attendais pas forcément à ça » nous glisse-t-elle en interview. Et notamment à ce qu’on lui accorde un large usage du noir, quand les pavois des dernières années ont surtout fait la part belle aux couleurs vives et pop, symbolisant la gaieté de la saison estivale. « Le noir ce n’est pas mal, il met tout en valeur » insiste Béatrice Myself qui a tout de même ajouté des couleurs vives sur chaque création, rendant l’ensemble très esthétique, pas du tout dark.

« Je me suis adaptée au ciel » nous explique encore l’artiste qui voulait que son travail ressorte quelle que soit la météo (et c’est vrai que parfois, certains visuels paraissaient un peu fadasses une fois imprimés). Le fruit d’une réflexion liée à son historique artistique. « Je dessine depuis toujours » nous raconte cette Lyonnaise d’origine passée par Paris avant d’atterrir à Tours où elle a établi sa vie de famille après y avoir déjà vécu un temps au moment du collège.

C’est ici qu’elle a affirmé son style artistique, ouvrant une boutique de sérigraphie Rue du Grand Marché. Aujourd’hui, c’est le tatouage qui l’anime. Avec une attention particulière pour faire ressortir les visuels sur la peau, étudier leur meilleure intégration au corps. Comme la réflexion autour du pont.

Le tatouage, c’est sa passion depuis l’adolescence, avec une première expérience le jour de ses 18 ans, qu’elle ne regrette pas mais n’assume pas forcément. Depuis, beaucoup d’autres l’ont suivie, la discipline étant son activité unique depuis 20212. Une affaire de famille puisque son frère est également du métier. Une femme qui s’impose progressivement dans un monde encore assez masculin et qui marque son style : elle tatoue uniquement ses propres dessins. Même si c’est une commande, c’est elle qui décide du visuel.

D’ailleurs, « ma résolution 2026 c’est de plus dessiner » nous dit Béatrice qui – par l’emprise de la vie de famille – a parfois eu du mal à se retrouver dans sa passion originelle. Heureusement, le Pont Wilson et la candidature – envoyée un peu par hasard sans savoir que le dispositif existait depuis plusieurs années – lui a permis de réaliser cet objectif : « Je me suis enfermée trois semaines, je n’étais plus disponible pour personne » nous dit celle qui a besoin de se retrouver avec elle-même, voulant être sûre de ne pas être dérangée par des notifications ou sollicitations, « heureusement mes deux enfants sont grands. »

Néanmoins, le processus a été exigeant physiquement : « J’ai adoré mais j’ai pris 3kg à force de ne pas bouger. C’était intense. Je n’ai pas pu passer voir ma mère, j’avais prévenu mon copain. Mais c’était la première fois que j’étais vraiment contente d’avoir du temps. » Le résultat semble à la hauteur de ses attentes.

« Je disais en blaguant qu’un jour à 90 ans je ferai le Pont Wilson » s’amusé Béatrice Myself. C’est finalement arrivé bien avant, et à point nommé dans une période où son activité de tatoueuse ralentit. Mais pas question pour elle de céder à la mode de ses confrères/consœurs qui sur-communiquent sur les réseaux pour faire connaître leur travail. Ce n’est pas son truc. Alors elle développe son artistique autrement. Et c’est comme ça qu’elle est arrivée aussi dans le street art, réalisant d’ailleurs une œuvre permanente dès 2025 pour l’espace public de Tours… sur un autre pont, le Pont de Fil, à hauteur de l’Île Aucard.

Ce projet 2026 sonne donc finalement comme une suite logique. Avec en plus une grande première : les visuels des pavois seront déclinés en cartes postales, en magnets et autres produits dérivés, vendus dans les musées de Tours ou à l’Office du Tourisme. Signe précurseur d’une certaine popularité ?

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