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Coronavirus et confinement font vaciller le monde sportif

 

Depuis mi-mars, le confinement a eu raison des événements sportifs. Plus de matchs de foot, de basket ou de badminton ; la Nuit des Titans, événement phare de la boxe à Tours, repoussée de plusieurs mois ; des triathlons annulés comme le Tours’N’Man… Depuis mardi 28 avril on sait aussi que les grands championnats de foot ou de basket encore en suspens ne reprendront pas. Une série de contraintes qui mettent tout un secteur en équilibre très instable.

« La situation était compliquée avant même l’apparition du Covid-19 » note Mohamed Moulay, qui est vice-président en charge des sports au Conseil Régional du Centre-Val de Loire. Dans son viseur : le ministère de l’économie qui ne voit pas le sport comme une priorité et serre la vis. Il craint aujourd’hui que cette rigueur mette au tapis toute une série d’acteurs.

Invité à participer à des réunions en visio avec le ministère des sports, l’élu socialiste tourangeau en appelle à l’Etat pour « un petit Plan Marshall du sport », autrement dit tenter de limiter – par l’aide financière – les effets néfastes de l’épidémie sur la pratique sportive, qu’elle soit amateure ou professionnelle. Il redoute clairement des coupes dans les effectifs voire des disparitions de structures faute de moyens. « Il n’est pas sûr que les collectivités locales pourront supporter les difficultés » nous dit-il au téléphone. « Il est urgent de donner la priorité à la relance de l’économie et au secteur de la santé. Mais le sport ne doit pas être le parent pauvre lors du déconfinement. Le secteur du sport doit être soumis aux mêmes impératifs que l’ensemble des politiques publiques » peut-on également lire dans un communiqué de presse transmis il y a quelques jours.

Pas de vraie reprise avant septembre

Parmi les sujets épineux : la stratégie de déconfinement. « J’ai presque tous les jours des comités régionaux au téléphone et je vois des inquiétudes » relève Mohamed Moulay qui demande « plus de clarté et de transparence » de la part de Paris. « Comment ça va se passer pour le retour à l’école ? Est-ce que les associations sportives seront associées ou pas ? Si on a un groupe en classe et un autre dans la cour pour une intervention sportive, comment ça se passe ? Qui paie ? » Edouard Philippe a donné un début de réponse dans son discours de mardi à l’Assemblée Nationale, précisant que les sports collectifs ou de contact ne pourraient pas reprendre dans les prochaines semaines, seules les activités individuelles resteraient autorisées.

Bref, il ne faut pas s’attendre à une reprise nette avant la rentrée. Dans cette perspective, « des familles commencent à demander des avoirs ou des remboursements de licences » relève le vice-président de la Région. Les clubs semblent favorables à l’idée de répondre positivement à de telles requêtes ou à proposer des facilités de paiement… Mais auront-ils les reins suffisamment solides pour affronter cette épreuve ? Et à plus long terme, quelle affluence dans les vestiaires en septembre alors que le Covid sera encore dans toutes les têtes ? D’autant plus que les forums du sport et des associations qui constituent toujours un vivier de contacts et d’inscriptions se retrouvent en sursis (Bourges a déjà annulé le sien).

Le sponsoring en sursis

D’après Mohamed Moulay, un plan plus complet devrait être présenté début mai, il est question du mardi 5. De son côté, la Région a pris une série de mesures : le versement des subventions promises sont assurés, même en cas d’événement annulé. Les sommes versées dépendant néanmoins des dépenses engagées. La collectivité s’engage à verser au plus vite les fonds pour les actions de l’année 2019, elle maintient les financements des emplois en CAPasso (plus de 1 000 postes financés de 30 à 50%) et crée un Contrat Apport Associatif Rebond pour faire face aux difficultés liées à la conjoncture actuelle.

Pour la suite, ce qu’on ignore c’est comment les clubs réussiront à conserver leurs sponsors. « Est-ce que les bars, commerces, petites boîtes du BTP maintiendront leurs engagements s’ils ont des difficultés financières ? » interroge l’élu régional. Les pertes pourraient être importantes, en particulier pour le sport amateur. D’où la demande de soutiens financiers de l’Etat mais aussi des autres collectivités comme le Conseil Départemental.


Un degré en plus :

Et les JO ? Mohamed Moulay profite en quelque sorte de cette situation particulière pour reposer la candidature du pôle équestre de Lamotte Beuvron (Loir-et-Cher) et du pôle de tir de Déols (Indre) afin d’accueillir les épreuves officielles des Jeux Olympiques de 2024. Son raisonnement : les installations sont déjà prêts et cela éviterait des chantiers coûteux en région parisienne (respectivement à Versailles et du côté du Bourget). En revanche il continue de défendre l’idée de grands investissements sportifs locaux comme la requalification du Palais des Sports de Tours.

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