Doctorante en philosophie à l’université de Tours et enseignante au lycée Blaise-Pascal de Segré, Jülide Yazici était détenue en Albanie après son arrestation, le 4 août 2026, à l’aéroport de Tirana, où elle arrivait pour des vacances. Réfugiée politique en France, cette opposante au pouvoir turc fait l’objet d’une demande d’extradition vers son pays d’origine. Ce mercredi 21 octobre, l’Albanie a ouvert la voie à l’extradition vers la Turquie.
Pour quelle raison cette jeune doctorante, tourangelle, a-t-elle été arrêtée ? L’Etat Turc l’accuse d’avoir hébergé il y a 10 ans un militant de la cause kurde, supposé “terroriste”. Le gouvernement Turc étant connu pour mettre dans le même panier sympathisants, militants, activistes, elle est condamnée à 6 ans de prison. Dans l’attente de son jugement définitif, elle s’échappe de sa résidence surveillée pour gagner la France. Arrivée en 2017, elle poursuit un engagement marxiste et contribue à la revue Teori ve Politika, « Théorie et Politique ».
Depuis le 4 août, son compagnon, et président naturel d’un comité de soutien Rémy D., professeur d’histoire, est dans l’attente. De nombreuses mobilisations avaient eu lieu notamment à la fac des Tanneurs de Tours, à Angers et Segré, pour soutenir la cause de Jülide.

Inquiet, son compagnon ne perdait pas pour autant espoir, jusqu’à récemment. Début octobre, il nous déclarait : “C’est super dur, j’ai carrément eu du mal à réaliser au début”, mais il ajoutait immédiatement : “Si on s’en réfère au droit international, cela n’aboutira pas. mais le droit international est de moins en moins respecté.”
Alors que le député écologiste de Tours Charles Fournier avait annoncé il y a quelques semaines une démarche commune avec le maire Emmanuel Denis auprès du ministre des Affaires étrangères, quelques signes discrets laissaient un mince espoir vers une conclusion positive.
Un espoir douché par la décision du tribunal de Tirana, qui a autorisé mercredi 21 octobre l’extradition de Jülide vers la Turquie.
Selon les proches présents sur place, juge et procureur n’avaient pas ostensiblement écouté les déclarations de l’accusée, allant même jusqu’à nier son statut de réfugiée politique pourtant évident. Une décision contraire à la convention européenne d’extradition, interdisant notamment les remises motivées par la persécution politique.Il reste une voie d’appel auprès du tribunal après la notification de la décision auprès de l’accusée.
Charles Fournier, député écologiste, qui a relayé le cas auprès du gouvernement et appelé le quai d’Orsay à l’action, ne décolère pas « je suis dans grande colère. Nous sommes très inquiets. La mobilisation a été insuffisante. On s’attaque à la liberté des chercheurs. »
Rémy D et les proches de Jülide exhortent l’Etat français à intervenir politiquement, à travers un courrier adressé à l’Elysée.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, Rémy sort d’un parloir avec sa compagne incarcérée à Tirana. Très inquiet pour l’avenir, il se raccroche à ce moment de relative intimité : « c’était un beau moment. Le juriste de la prison a été très mobilisé pour que je puisse rentrer, nous avons pu passer deux heures ensemble. Nous avons d’abord fait un (très) long câlin, discuté des formalités, de la procédure, ce qui va suivre »
Un moment précieux pour Rémy D., qui redoute l’extradition définitive, avec tous les risques de mauvais traitements que cela entraîne pour sa compagne, reste néanmoins confiant : « Bien sûr que j’ai de l’espoir tout en restant inquiet, l’extradition est très possible mais pas obligatoire, il y a de fortes chances que nous devions aller jusqu’à la cour suprême albanaise (équivalent de la cour de cassation) ».
Le 29 octobre une manifestation de soutien se tiendra à Paris devant le ministère des affaires étrangères.







