« On fait du contrôle antidopage » : comment l’Université de Tours gère les enjeux liés à l’IA générative

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Utiliser une intelligence artificielle générative pour rédiger un mémoire, préparer un cours ou concevoir un emploi du temps. Il y a quelques années cela paraissait lointain. En 2026 c’est une réalité du quotidien. Face à la quasi-universalité du sujet, face aux questions et aux risques qu’ils soulèvent, l’Université de Tours tente d’établir des règles et précautions d’usage. Explications.

A sa conférence de presse de rentrée 2026, l’Université de Tours distribuait aux médias le texte de la charte d’utilisation de l’intelligence artificielle diffusée dans ses services. Un document qui régit le recours aux programmes informatiques d’assistance et qui vient compléter des documents similaires déjà établis pour la communauté étudiante et enseignante. Deux vice-présidences coordonnent ce travail : celle en charge des innovations pédagogiques de Melpomeni Papadopoulo qui est maître de conférences en sciences de l’éducation et de la formation, et celle en charge du numérique, de l’intelligence artificielle et de l’audiovisuelle de Thierry Brouard, maître de conférences en informatique.

« C’est la première fois qu’il y a une vice-présidence sur l’IA à l’Université de Tours » pointe ce dernier. « Avant ce n’était pas nécessairement un sujet, on s’y intéressait sur des sujets de niche ou de recherche, mais cela a surgi à partir du moment où Open AI a mis Chat GPT sur le terrain et il faut faire une place à ces outils car, par exemple, les entreprises demandent si nos étudiants sont sensibilisés à l’IA » détaille-t-il.

Les intégrer, d’accord. Mais comment, c’est la grande question. « D’abord il s’agit de leur expliquer comment ça fonctionne en vulgarisant. Il faut préciser que c’est un système probabiliste qui ne donnera pas forcément une bonne réponse mais une réponse plausible qu’il faudra analyser avec un regard critique » alerte Melpomeni Papadopoulo qui souligne également l’importance d’informer sur les enjeux éthiques en lien avec la gestion des données et de la consommation d’énergie.

C’est pour cela que le personnel des facultés tourangelles a théoriquement interdiction d’utiliser Chat GPT, Gemini, Perplexity et autres outils non-européens accusés de ne pas être transparents sur leur utilisation des données, et de fournir des services extrêmement énergivores. « On accepte d’avoir un outil peut-être moins performant mais que l’IA que l’on utilise est celle qui brûle le moins possible la planète » assume Thierry Brouard. « C’est donc pour cela que l’on privilégie Mistral, même si on surveille son évolution pour que les informations restent chez nous » complète-t-il, reconnaissant que le recours aux services les plus connus n’est pas bloqué mais surveillé :

« Je fais le pari qu’avec le temps on réussira à endiguer leur utilisation mais si ça ne va pas assez vite, on gèlera. Nous ferons un premier bilan en juin 2027. »

Avec les étudiants ou le corps enseignant, l’idée est aussi de faire de la sensibilisation. Et surtout de bien examiner la nature des usages pour adopter le comportement adéquat en face. Par exemple, « on se disait que les jeunes sont nés avec la technologie et en sont experts. En fait, ils sont probablement moins bien informés que nous sur l’esprit critique de l’usage. Il y a un vrai enjeu de sensibilisation pour donner des bases » relève Melpomeni Papadopoulo, effarée quand les élèves avouent cuisiner avec les IA.

Thierry Brouard ne dit pas autre chose : « En cours d’informatique, passer d’un smartphone à un ordinateur c’est compliqué. Il y a énormément de choses que l’on doit réapprendre. Le code qui ressort d’un prompt de quelqu’un qui n’y connait rien et celui d’une personne qui veut juste gagner du temps mais s’y connait est très différent. » Résultat : l’IA s’invite dans les emplois du temps comme une matière, avec également l’enjeu de faire comprendre les différences entre travail effectué par l’humain et par une machine. Melpomeni Papadopoulo :

« J’ai ajouté un cours sur la professionnalisation et l’IA dans les métiers de la relation humaine. J’y fais une expérimentation où les élèves utilisent l’IA 30 minutes comme un accompagnateur, par exemple comme si c’était leur directeur de mémoire. L’idée est ensuite de rédiger une synthèse où ils expliquent ce qu’ils ont fait et d’avoir un retour réflexif sur les points forts, les points faibles, les plu-values et le lient qu’ils font entre cette expérience et d’autres, par exemple un entretien réel avec leur accompagnateur humain de mémoire. Pour l’instant c’est assez positif : les étudiants trouvent des avantages sur les missions et actions répétitives mais disent que l’IA ne peut pas remplacer un humain sur ce type de métier. »

Apparait aussi un nouvel élément : imposer des IAgraphies dans les mémoires ou les devoirs, comme l’on fait une bibliographie pour citer ses sources. « Certains demandent même de reproduire entièrement les conversations en annexe. Cela fait 300 pages mais on voit tout le raisonnement » souligne Melpomeni Papadopoulo. L’enjeu est donc bien de conscientiser que, quoi qu’il arrive, l’IA est dans le paysage, mais qu’elle doit être un outil sans remplacer le travail de réflexion.

« C’est à nous de montrer la voie pour faire en sorte que l’impact ne soit pas négatif » résume Thierry Brouard. Même si ces outils sont perfectibles, les enseignants utilisent donc des détecteurs d’IA pour débusquer leur usage dans les textes remis par les élèves. « Une sorte de contrôle antidopage » synthétiste le vice-président chargé de l’IA à l’Université de Tours. L’idée : autoriser l’IA pour la reformulation ou la correction orthographique mais pas pour la recherche.

« Je n’en interdis pas l’usage mais l’enjeu est quand même d’en faire un usage critique et réfléchi pour former des citoyens qui ont des compétences » déclare Melpomeni Papadopoulo tandis que Thierry Brouard relève que la meilleure façon de vérifier qu’un travail a bien été effectué est de passer par l’oral :

« On leur dit qu’ils seront attendus pendant la soutenance et on. C’est intéressant de découvrir leur raisonnement et voit alors jusqu’à quel niveau ils sont compétents ou incompétents. Ce qu’il faut c’est trouver le bon curseur pour ne pas juste devenir des vérificateurs. Ok on reconnait parfois une valeur ajoutée à l’IA donc on abandonne sur ce point mais pour d’autres il faut qu’on garantisse nos prérogatives. »

On parle beaucoup des élèves, mais qu’en est-il de celles et ceux qui leur font face dans les amphis ou les TD ? « Quand je donne un document ils savent si c’est moi qui l’ai écrit ou si je me suis fait aider d’une IA. Cela peut donner de nouvelles pistes, par exemple pour des idées d’exercices en autonomie » concède Thierry Brouard. Du reste, « il y a un respect de la liberté académique. On n’est pas responsable de la façon dont ils font cours » glisse Melpomeni Papadopoulo.

« L’IA a multiplié le risque de plagiats mais cela existait avant. Avec ou sans IA, un mauvais enseignant restera un mauvais enseignant » résume Thierry Brouard. Il n’empêche donc qu’elles et eux aussi ont reçu une charte (rédigée de façon collégiale et votée à l’unanimité) pour tenter d’encadrer, le vice-président et la vice-présidente reconnaissant que tout cela fonctionne globalement à la confiance et qu’il faut régulièrement actualiser les textes au vu de la vitesse des évolutions technologiques.

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