C’est un chiffre qui suffit à lui-même pour témoigner de l’ampleur de la vigueur de la grogne sociale qui a lieu en ce moment. Malgré un arrêté préfectoral interdisant tout rassemblement dans le centre de Tours, 5500 personnes ont rejoint en effet le mouvement en ce samedi 24 octobre.
« Manifester est un droit dans la constitution, avec cet arrêté, la Préfecture voulait jouer la censure, notre nombre aujourd’hui prouve qu’ils ont eu tort ». Pour ce militant FO, il ne fait aucun doute que le nombre de manifestants présents en ce samedi 24 octobre est un beau pied de nez aux autorités : « Depuis une semaine on a vu une hystérisation du débat politique et médiatique, centré sur les dérapages de samedi dernier, mais on n’a pas beaucoup entendu parler de nos revendications par contre, c’est comme si cela n’existait pas, pourtant rien qu’à Tours on était plus de 12 000, ce qui est énorme. Mais ils font comme si cela n’avait pas eu lieu, ils ferment les yeux et après s’étonnent que le peuple est en colère. »

Un peu plus loin, Louisa, une étudiante tentait d’analyser la situation à son tour : « On est moins nombreux que samedi dernier parce que les autorités ont fait peur à une partie de la population avec leurs interdits, mais aussi parce qu’une partie des militants est à Orléans pour manifester contre la tenue du congrès du RN dans cette ville ».
Autour d’eux, la Préfecture a recensé 5500 personnes donc, en début d’après-midi place Jean Jaurès, dans une atmosphère tendue mais pacifique. Sans véritable appel d’une organisation, c’est au feeling qu’une partie des présents sont partis en direction de l’avenue Grammont, tandis que la majorité s’est tournée vers le boulevard Béranger puis les Halles et le centre historique. Là, les forces de l’ordre étaient en nombre cette fois, laissant le cortège progresser mais se plaçant à distance aux intersections des rues jugées plus critiques comme la rue Nationale…

La manifestation a continué ainsi pendant près de deux heures de manière pacifique, si ce n’est quand une vingtaine de militants d’extrême-droite s’est pointée face au cortège près de la basilique Saint-Martin. Un affrontement bref a eu lieu avant que le cortège ne reprenne son chemin, tournant tout autour du centre pour rejoindre la place Jean Jaurès.

A partir de là, un deuxième temps s’est opéré dans une autre atmosphère. Si tôt les manifestants arrivés place Jean Jaurès, les forces de l’ordre ont procédé aux sommations d’usage avant d’envoyer à plusieurs reprises des grenades lacrymogènes, afin de disperser la foule. Un policier nous expliquera plus tard que la consigne était de ne pas laisser stagner la foule aux abords des rues commerçantes.

De quoi créer de l’incompréhension de la part des manifestants les moins aguerris, à l’instar de ce père de famille venu avec son fils de 14 ans : « On a pris de la lacrymo, regardez mon fils est en larmes, on n’a pas compris car on marchait tranquillement et qu’il n’y avait pas de danger. On vient juste faire part de notre mécontentement contre la hausse du coût de la vie, ou encore l’amélioration des services publics, il me semble que les policiers sont concernés en plus par cela ».
Quoiqu’il en soit, le déploiement des policiers a fait fuir dès lors le gros des manifestants et seuls les plus déterminés sont restés pour tenir face aux forces de l’ordre, tout au long de l’avenue Grammont, où pendant plusieurs heures tirs de feux d’artifice ont répondu aux grenades lacrymogènes puis de désencerclement en fin de journée.



Un affrontement plus classique et courant en fin de manifestations que les événements de la semaine passée, mais qui en dit long une nouvelle fois sur le point de non-rupture d’une partie des manifestants, notamment les plus jeunes envers l’Etat et ses représentants : « Cela fait 10 ans que Macron envoie sa police comme seule réponse. Regardez, l’évolution du maintien de l’ordre depuis qu’il est président c’est honteux, comptez le nombre de blessés dans les rangs des manifestants et après ils s’étonnent que l’on refuse de se laisser faire ? » résumait ainsi un jeune manifestant déterminé à faire front « même si ça reste qu’un symbole » face aux forces de l’ordre.
photos Laurent Depeigne et Mathieu Giua






