Culture

Médiathèques de Tours : la scène locale à portée de tous

Tout le mois d’août nous vous proposons un Best-of des articles publiés depuis septembre dernier. Aujourd’hui retrouvez cet article sur le fond « scène locale » des bibliothèques de Tours.

Imaginé en 2008 et initié en 2010 par Benjamin Drouillet, musicien et bibliothécaire à Tours Nord, et quelques collègues, le fonds «Scène Locale» sous son logo carré orange rassemble aujourd’hui quelques centaines de CDs répartis sur trois médiathèques de la Ville de Tours (Fontaines, François Mitterrand et «Centrale»). L’action culturelle prend le relais avec l’organisation de concerts mettant en valeur cette collection particulière.

scènelocale Quoi de plus logique qu’une bibliothèque municipale pour diffuser et faire connaître les groupes locaux auprès du grand public ? Cette évidence a pourtant mis du temps à se transformer en réalité et si aujourd’hui, vous avez accès à environ 200 CDs à la bibliothèque centrale, cette initiative date de cinq ans seulement.

La sélection ne se fait jamais entre deux portes : différents bibliothécaires/discothécaires se réunissent trois ou quatre fois par an, chacun présente des groupes qu’il ou elle a découverts, ou qui se sont manifestés en apportant ou en envoyant leur CD. «Nous débattons d’abord des choses à acquérir ou pas, puis nous débattons sur la répartition entre les différents sites. Evidemment quand un groupe comme Chill Bump, vu sa notoriété grandissante au niveau national, sort son premier album, on tombe assez vite d’accord pour en acheter trois exemplaires», nous explique Guiom, discothécaire à la «Centrale» (site Anatole France).

Des spécialités différentes sur chaque site

Les goûts dominants des usagers réguliers, observés par les professionnels, et les connaissances spécifiques des bibliothécaires s’entremêlent souvent pour construire cette collection au jour le jour dans chacune des médiathèques de la ville. Ainsi, à titre d’exemple, le reggae et la chanson française sont davantage représentés aux Fontaines qu’ailleurs et le rock progressif est plus présent dans les deux autres sites.

Tout a commencé par des concerts

«Au début, on a organisé des petits concerts de groupes locaux et souvent ils nous laissaient leur CD et un jour on s’est dit qu’il fallait en faire quelque chose. Il a fallu avoir un nombre minimum de disques avant d’ouvrir cette collection au public, pour que ce soit cohérent», nous explique Céline, coordinatrice de l’action culturelle.

Ces concerts existent toujours à un rythme de trois par an (un par site). On a ainsi pu voir des gens comme Boogers, Moonjellies, Kundal, Jungle Bouk et les derniers en date Boys in Lilies, des groupes qu’on imagine plus adaptés que d’autres à des petites salles et une infrastructure pas prévue pour des concerts. Pourtant, parmi les projets on parle des très bruyants Holding Sand (en unplugged ?!) et de groupes de hip hop… En octobre, on aura droit à Moonfinger aux Fontaines et à Tours Nord peut-être Beat Matazz, avec une expo de Renar Chenapan au même moment.

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« Guiom exhibe fièrement ses dédicaces du groupe Boys in Lilies, venu se produire en début d’année »

> la chaîne YouTube des concerts

Un fonds amené à devenir plus important ?

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Oui et non. L’espace manquera assez vite pour les supports physiques, mais le projet de développement des bornes d’écoute permettra de mettre à disposition du public les EPs et LPs en dématérialisé. «C’est d’autant plus important que beaucoup de groupes locaux sortent des disques de grande qualité en format numérique uniquement, comme le premier EP de Beat Matazz pour prendre un exemple récent», explique Guiom. Evidemment, là, plus de problème d’espace de stockage… Mais on a dû mal à imaginer qu’un album ou un EP soit aussi valorisé en étant consommable exclusivement sur place via une borne impersonnelle que s’il est physiquement présent, avec sa pochette et avec lequel on peut repartir chez soi et garder quatre semaines.

Quant à la notion de conservation du patrimoine musical local, elle a ses limites, non seulement car ce n’est pas la vocation d’une bibliothèque municipale d’archiver l’ensemble des productions musicales locales (une espèce de dépôt légal spécifique, qui serait forcément très lourd à gérer), mais aussi du coup parce que, comme toutes les autres collections, la scène locale n’échappe pas au «désherbage», cette mission des bibliothécaires qui consiste à sortir des références pour laisser de la place aux nouvelles acquisitions. Des choix parfois cruels et déchirants qui doivent aussi donner lieu à d’âpres débats.

«On se sépare d’un CD s’il est abîmé, si le taux de rotation (le nombre d’emprunts, en gros – ndr) est vraiment très bas, voire nul ; si en plus la date d’acquisition est très ancienne ou encore si on a plusieurs albums d’un groupe qui n’existe plus… Il peut aussi y avoir des critères plus subjectifs, mais c’est rare», explique Guiom.

De la diffusion à la conservation

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Bien entendu, on peut tout à fait imaginer une collaboration à moyen terme avec la BDP (Bibliothèque Départementale de Prêt) qui permettrait non seulement de diffuser plus largement les CDs de la scène locale auprès de toutes les médiathèques du département (c’est déjà le cas aujourd’hui avec une ou deux autres médiathèques), mais aussi, pourquoi pas, de réfléchir à un volet conservation plus développé, à l’image du Fonds Touraine qui rassemble des documents locaux, pour passer d’une simple vitrine d’une partie de la scène musicale tourangelle à une collection exhaustive, patrimoine historique de la chose.

En attendant, grâce à son espace web qui non seulement liste toutes les acquisitions avec leurs pochettes, mais en plus nous gratifie d’un petit texte de présentation pour chaque disque référencé, on a déjà un aperçu très intéressant de ce que produit la Touraine en musiques actuelles.


Un degré en plus : j’ai un groupe, je peux venir déposer mon CD ?

Oui ! Mais cela ne signifie pas forcément qu’il sera intégré à la collection, même si vous le donnez. Autre option que le don, si votre CD est sélectionné et s’il est référencé chez un diffuseur, les discothécaires vous mettront en relation avec leur fournisseur, ce qui vous permettra de le vendre et d’être rémunéré.

Les démos ne sont pas acceptées, il faut un objet fini avec un graphisme, un son de bonne qualité et un bon niveau artistique, un vrai projet musical.

Vous pouvez aller dans la médiathèque la plus proche de chez vous et déposer un CD avec une présentation de votre groupe? Vous pouvez demander Guiom à la Centrale, Benjamin à François Mitterrand/Tours Nord et Géraldine aux Fontaines.

«Le mec qui slame dans sa salle de bain et qui fait un sample avec du scotch, le tout sur un CD avec un nom au marqueur a assez peu de chance d’être retenu »

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