Cela fait partie des maladies reconnues depuis peu et dont la prise en charge demeure encore perfectible. L’épuisement professionnel ou burn out ce sont des dizaines de milliers de personnes identifiées officiellement en France et plusieurs millions qui ont un risque de développer ce trouble. La question de la remise en forme fait partie des enjeux les plus importants avant de reprendre une activité. Un couple tourangeau s’y attèle en créant un lieu refuge à Montbazon.
Arnaud Guiot était fier de sa carrière dans la grande distribution. 35 ans à exercer différentes fonctions dont celles de manager. Jusqu’au jour où il accepte une promotion qui va le désarçonner : “Je n’étais pas prêt. J’ai dit oui par orgueil. Je me suis laissé entraîné et je n’ai pas forcément écouté les bonnes personnes. J’ai galéré pendant deux ans avec 60 personnes en responsabilité directe puis j’ai craqué. J’étais face à un mur et un matin impossible de me lever; Mon corps a décidé de ne plus bouger, j’avais perdu tous mes repères et ne trouvais plus de sens à ce que je faisais.”
A ce moment-là nous sommes en 2018. Le burn out est connu mais pas forcément bien compris. “Même mon médecin m’a dit ‘je vous arrête, point’” se remémore Arnaud Guiot qui dit en revanche avoir été très bien accompagné par son employeur sur sa période de congé maladie (5 mois) puis sur sa reprise de poste… mais l’expérience l’a transformé : “J’ai rencontré d’autres personnes qui ont eu la même chose dans le pro et dans le perso, ça m’a fait réfléchir et avec ma femme on a eu envie de créer quelque-chose tous les deux pour apporter notre petite touche auprès de ces gens.”
Isabelle Guiot, 54 ans, contrôleuse de gestion dans la distribution, également passionnée de médiation animale et formée au coaching. “J’ai fait le choix de quitter le confort du salariat et de sauter dans le vide pour ce projet” dit-elle. Ce sera un centre de remise en forme singulier à Montbazon. Une aventure d’autant plus conséquente que le couple – qui s’est connu en Lorraine – a quitté la région lilloise pour venir s’installer en Touraine, au carrefour d’autoroutes et de lignes TGV, mais aussi avec une météo jugée comme la plus adaptée à leur projet.
“Au départ on voulait monter quelque chose dans le Nord mais quand on a dit qu’on imaginait un centre dédié à la remise en forme après l’épuisement là-bas, on nous a répondu que quelque chose ne marchait pas. Qu’en termes de marketing ce n’était pas idéal” détaille Arnaud Guiot.

Soutenus par la BGE, les deux entrepreneurs constatent surtout que leur idée est encore assez novatrice : “L’idée c’est de proposer un accompagnement par des partenaires qui côtoient régulièrement des personnes touchées par un épuisement et qu’elles puissent aussi échanger ensemble, ce qui m’a personnellement manqué” explique Arnaud Guiot. “On peut rencontrer des psys mais avec Isabelle on aurait aimé tester ce genre de structure.”
Car l’épouse de l’homme de 62 ans s’est elle aussi sentie démunie face à cet événement : “Je ne suis pas tombée de ma chaise mais de mon escabeau. Je n’ai vraiment rien vu. Moi qui suis quelqu’un de très active j’ai vu qu’Arnaud, même de petites taches il n’y arrivait plus. C’était surprenant”, “On ne se comprenait plus malgré 20 ans de vie commune” répond son mari qui dit avoir tiré la sonnette d’alarme (plus de guitare alors que c’est un grand fan de musique, pareil pour sa passion de la cuisine) sans trouver d’écho. “J’étais dans un déni de mon existence” résume-t-il.
Dans un premier temps, La Maison d’Elrond de Montbazon compte organiser un séjour mensuel. “Les pensionnaires arriveraient le dimanche en fin d’après-midi et resteraient jusqu’au vendredi. On aurait 6 personnes maximum, et on pense aussi à des séjours spécifiques pour leurs aidants” présentent Arnaud et Isabelle. Leur lieu dispose de chambres individuelles et pour le programme, “un mélange d’ateliers collectifs, de sophrologie, de yoga, d’hypnose, de cuisine et de bien-être car nous avons un spa avec sauna.”
“L’objectif c’est que les gens puissent vider leur sac et exprimer leurs inquiétudes, leurs espoirs. Chaque moment sera tourné vers le dialogue” indique Arnaud Guiot. Le principal enjeu serait de convaincre les mutuelles de prendre en charge ce type de cure qui approchera tout de même les 1 000€. Mais aussi de dépasser le bouche-à-oreille et donc se faire connaître auprès des prescripteurs comme les médecins.








