« S’adapter aux climats et aux modes de consommation » : l’AOC Chinon face aux défis d’avenir

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Ce samedi 25 avril 2026, une soixantaine de domaines de l’AOC Chinon se réunissent pour Les Vignerons dans la Ville, événement annuel pour faire goûter le dernier millésime (avec modération) et promouvoir les vins de l’appellation. Une manifestation qui se déroule dans un contexte aux multiples incertitudes. On en parle avec la toute nouvelle présidente de l’AOC, Clothilde Pain.

Dans la famille Pain, on demande Clothilde. Le nom est bien connu dans le Chinonais, et il va souvent rayonner dans les trois prochaines années puisque Clothilde Pain a pris la présidence du syndicat des vins du secteur. Responsable de son propre domaine depuis 2012, elle produit 120 à 150 000 bouteilles par an avec sa sœur, avec une forte diversité puisque sa gamme compte 22 cuvées différentes. « Dans le vin il y a toute une dimension de création » résume la viticultrice qui parle aussi, énormément, d’adaptation : « On maîtrise l’outil mais ce qu’on ne contrôle pas c’est le temps, le climat, la conjoncture. Cela nous demande une grande réactivité. »

« Aujourd’hui tout va très vite. Trop vite » constate Clothilde Pain en évoquant, par exemple, l’évolution des habitudes de consommation (du vin moins souvent, des bouteilles avec un degré d’alcool plus faible, des millésimes qu’on déguste plus jeunes, moins de succès pour les rouges…) : « Il faut être réactifs très rapidement, alors que la vigne ça demande du temps. Par exemple si on nous demande plus de blancs, entre le moment où on plante et la récolte il sera peut-être déjà trop tard, la mode aura de nouveau évolué. »

Comment s’adapter à la demande sans sacrifier la qualité de l’offre, sans s’épuiser à la tâche ? Ce sont des réflexions que Clothilde Pain veut engager durant son mandat à la tête de l’AOC Chinon. « Je ne dis pas que ça donnera des changements mais je veux ouvrir la discussion », d’autant qu’il faut – en parallèle – gérer l’indispensable adaptation au changement climatique :

« On se pose la question d’ajouter de nouveaux cépages plus résistants à la chaleur et au manque d’eau, ce qu’ont fait d’autres appellations. Par exemple le pinot d’Aunis, qui donne des rosés sympas avec un faible degré d’alcool. »

La stratégie de gestion de la ressource en eau est essentielle. « On sait qu’on en aura, mais pas forcément au bon moment. Malgré l’hiver très humide on n’est pas à l’abri de revivre les conditions de sécheresse de 2025 » illustre Clothilde Pain. Alors que faire ? Dans l’AOC Chinon on ne parle pas de méga bassines ou de choses du genre mais on s’intéresse à l’irrigation. Ou à l’évolution du paysage : « On n’ira pas vers de l’arrachage massif comme d’autres régions car on reste dans une influence océanique mais on peut le faire ponctuellement pour créer des zones humides. On pense aussi à remettre des haies » détaille la présidente qui veut, en gros, améliorer le micro-climat du territoire en faveur du développement de la vigne.

L’évolution météorologique n’a pas que des inconvénients. « Elle nous aide, notamment sur le cabernet-franc, facile à boire » explique Clothilde Pain. Avec l’ajout de levures et certains process, l’AOC Chinon peut ainsi répondre à certaines demandes du grand public tout en soignant sa montée en gamme (74% des territoires sont labellisés en bio, Haute Valeur Environnementale ou autres distinctions). Fatalement, ça joue sur les prix. De même que la hausse des coûts de production (on pense à la progression du carburant) mais les Chinon veulent rester « populaires et accessibles, c’est important de garder ça » insiste la présidente de l’appellation.

C’est d’ailleurs grâce à ce positionnement que les bouteilles locales ne triment pas trop depuis l’augmentation des droits de douane par les Etats-Unis : « Sur des vins à moins de 15$ en prix de sortie cave, l’impact reste limité » éclaire Clothilde Pain. Et ce même si le marché américain représente jusqu’à 40% des vins chinonais exportés. Mais 40%… sur seulement 10 à 15% du volume qui sort de France. Donc au final moins de 5% de la production. « C’est faible par rapport à d’autres appellations » commente la viticultrice qui s’inquiète bien davantage des risques de gel des semaines à venir alors que la vigne est bien en avance. Heureusement les alertes de mars n’ont fait que des dégâts très localisés donc « il n’y a pas de péril » et « ça va plutôt bien ».

Digérer les années à faible récolte vécues dans la dernière décennie demeure tout de même l’enjeu principal de la présidence de Clothilde Pain. Car qui dit domaines fragiles dit moins de cotisations pour le syndicat, donc moins de moyens pour faire avancer ses activités. « Il va falloir faire preuve d’inventivité et d’originalité. Ce qui me rassure c’est qu’on a quand même pas mal de vignerons assez dynamiques, tout le monde s’accorde » nous dit-elle. D’où la popularité d’un événement comme Les Vignerons dans la Ville où on attend 5 000 personnes :

« C’est toujours intéressant d’avoir le retour en direct du public, et pour nous c’est un chouette moment de partage entre collègues car on fait le même métier mais on ne se voit jamais. »

La présidente de l’AOC en profitera donc pour goûter quelques cuvées 2025, en plus de la trentaine de bouteilles déjà découvertes. Notamment des vins de lieux-dits, dont le nombre ne cesse de progresser. L’illustration par essence de la montée en gamme chinonaise car ces bouteilles-là doivent répondre à des critères historiques et qualitatifs particuliers pour mériter leur dénomination.

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