La donation Cligman pousse le Jeu de Paume hors du Château de Tours

Après le refus de la commission nationale de déclasser le jardin du musée des Beaux-Arts pour y construire une extension pour la donation d’œuvres d’arts faite par Léon Cligman, le maire de Tours avait annoncé en Conseil Municipal en décembre dernier, qu’un lieu de repli avait été trouvé, en l’occurrence le Château de Tours. Conséquence, le Jeu de Paume qui y exposait ses expositions photographiques depuis 2010 doit laisser la place, au moins le temps des travaux…

150_263_chateau_nuit-1024x688(c) Ville de Tours

Rappel chronologique :

La donation Cligman est finalement source de bien des complications pour le maire de Tours. En juin dernier, ce dernier annonçait fièrement en Conseil Municipal, ce don qualifié « d’extraordinaire » de 1 200 œuvres d’art, estimé à 20 millions d’euros. Mieux, souhaitant la voir au Musée des Beaux-Arts, Léon Cligman, ancien riche industriel alors âgé de 95 ans, proposait en prime de financer à hauteur de 5 millions d’euros la construction d’une extension au musée tourangeau pour y loger sa donation. Oui mais voilà, la commission nationale de sauvegarde du patrimoine refusa finalement le déclassement des lieux obligatoire pour envisager tout nouveau bâtiment.

Ce revers acté, la mairie de Tours et Léon Cligman sont donc partis à la recherche d’un lieu de repli et c’est finalement sur le Château de Tours que le choix s’est arrêté sur accord du donateur. Ce changement annoncé en décembre dernier en Conseil Municipal avait alors suscité des interrogations dans les rangs de l’opposition. Pierre Texier (PCF) s’interrogeait alors sur l’avenir des expositions du Jeu de Paume. Rappelons que depuis 2010, l’institution parisienne et la ville de Tours ont en effet passé une convention nationale (renouvelée depuis) permettant au Château de Tours de bénéficier d’expositions de qualité, dont certaines inédites, de grands noms de la photographie du XXe siècle. Citons notamment les expositions consacrées à Robert Capa, Pierre Bourdieu, Vivian Maier, Sabine Weiss ou la dernière en date Zofia Rydet. Ces expositions « hors les murs » du Jeu de Paume ont rapidement séduit et accueilli un nombre conséquent de visiteurs, 230 000 depuis le début de la convention selon le Jeu de Paume.

Lors de ce Conseil Municipal de décembre, le maire de Tours assurait « qu’il y avait de la place pour tout le monde » et que les expositions du Jeu de Paume « continueront d’être accueillies au Château de Tours ».

Le Jeu de Paume poussé vers la sortie cet été

Ce vendredi, la Nouvelle République informait cependant de l’annulation de la prochaine exposition du Jeu de Paume, ainsi que des suivantes. Nos confrères y voyant une fin anticipée de la convention liant les deux parties jusqu’à la fin 2018. Du côté du Jeu de Paume c’est semble-t-il la douche froide alors que le succès des expositions présentées n’est plus à démontrer. En conférence de presse d’avant Conseil Municipal (qui se déroulera lundi),Serge Babary, interrogé sur le sujet, a livré sa version des faits . « On a la volonté de garder le Jeu de Paume à Tours, seulement nous sommes obligés d’aller vite et les travaux au château de Tours vont débuter cet été ce qui fait que les expositions du Jeu de Paume ne pourront être accueillies ». Pour le maire de Tours, l’opportunité de recevoir la généreuse donation de l’ancien industriel est trop belle pour la laisser passer. Sur les 1200 œuvres léguées, la moitié, soit 600 œuvres sont jugées « muséables » selon l’expertise du Ministère de la Culture. Suffisant pour imaginer un département d’art moderne dépendant du Musée des Beaux-Arts : « Avec les collections du XVIIe et XVIIIe du musée des Beaux-Arts, l’art contemporain avec le CCC OD de l’autre, nous aurions alors le chaînon, l’art du XIXe, début du XXe siècle, qui nous manque aujourd’hui ».

Oui mais voilà, accueillir une collection permanente, sur deux étages nous dit-on, tandis que les deux autres seront dédiés à des expositions temporaires, nécessite des aménagements. Le château de Tours entrera donc dès cet été dans une phase de travaux qui l’emmènera jusqu’au printemps 2019, date de réouverture estimée. Des travaux dont le permis de construire est déposé au nom de Léon Cligman et non au nom de la Ville de Tours propriétaire des lieux. « C’est une concession comme cela s’est déjà fait, le temps des travaux, la ville reste propriétaire des lieux» rétorque un maire de Tours soumis par ailleurs aux pressions de l’Etat sur ce dossier. La semaine dernière, lors de son discours d’inauguration du CCC OD, le président François Hollande a esquissé deux phrases sur Léon Cligman, laissant peu de doutes sur l’appui que l’ancien industriel bénéficie dans les plus hautes sphères de l’Etat.

Le grand perdant dans cette histoire serait donc le Jeu de Paume qui se voit éjecter du château de Tours. La semaine dernière, en présence des services du Ministère de la Culture, un repli au Logis des Gouverneurs voisin a bel et bien été proposé, mais jugé inadapté en l’état par le Jeu de Paume. Or, rénover ce bâtiment a un coût que la ville ne peut assumer seule. Cette dernière espérant alors un coup de pouce hypothétique de l’Etat.

« On souhaite poursuivre notre collaboration avec le Jeu de Paume et nous avons des relations positives avec eux » insiste Serge Babary. Oui mais comment poursuivre l’accueil des expositions par la suite ? Pour l’heure aucune réponse n’est donnée. « Déçu » et obligé de s’adapter, Le Jeu de Paume se tourne provisoirement vers Arles où il présentera lors des rencontres photographiques, la prochaine exposition qui devait se tenir à Tours. En attendant de trouver des solutions pour les futures expositions à Tours, ou ailleurs…

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