Ouverte au public depuis le 12 juin au musée du Compagnonnage de Tours, l’exposition “Au féminin” raconte l’arrivée et la place des femmes dans le compagnonnage. Un sujet fort porté par la directrice du musée, Virginie Tostain.
Si, aujourd’hui, beaucoup (surtout des hommes) pensent que l’égalité homme-femme dans notre société est chose acquise, la réalité rend la chose bien plus discutable, notamment en ce qui concerne les femmes dans les métiers “manuels”. Trop souvent rapporté au masculin, l’artisanat est aujourd’hui le théâtre de bien beaux stéréotypes de genre. Une minimisation des femmes qui se retrouve par extension aussi dans l’univers du compagnonnage.
Pour cause, on compte aujourd’hui seulement 5 % de femmes sur une dizaine de milliers de compagnons. Mais, fort heureusement, les mentalités semblent changer.
Pour mettre en lumière l’arrivée des femmes au sein des Compagnons du devoir, le musée du Compagnonnage de Tours a décidé de consacrer sa salle capitulaire de 90 m2 à sa nouvelle exposition intitulée “Au féminin”.
Jusqu’au 31 octobre, le public va pouvoir découvrir tout un parcours construit pour raconter l’histoire des pionnières et présenter leurs chefs-d’œuvre, ces pièces présentées à l’issue du Tour de France obligatoire afin de décrocher le titre de compagnon.
Pour en savoir plus sur le parcours en lui-même, on vous laisse jeter un œil à notre article publié sur Info Tours quelques jours après l’ouverture de l’exposition.


Un contexte symbolique
Le saviez-vous ? Le jour où la première femme a été reçue chez les Compagnons, c’était… en 2006, et il s’agit de Lucie Branco, tailleuse de pierre.
Figure centrale (et marraine) de l’exposition, son histoire sert de véritable guide pour comprendre l’évolution des femmes dans ce milieu traditionnellement masculin.
C’est donc un anniversaire symbolique que célèbre, 20 ans plus tard, l’exposition “Au féminin”.
En plus de revenir sur l’histoire du compagnonnage et de démontrer en quoi celui-ci a longtemps été exclusivement réservé aux hommes (division sexuelle du travail, construction de la masculinité comme rite de passage…), l’exposition nous révèle les parcours de 15 femmes compagnons avec des témoignages poignants sur des sujets comme le rapport aux hommes ou à son propre corps.
C’est aussi l’occasion de découvrir, via un livre audio, une partie des écrits de Lucie Branco, publiés en 2019 dans son livre On ne bâtit pas des cathédrales avec des idées reçues (Editions Kero), où elle raconte son parcours personnel “chaotique” pour devenir la première femme compagnon.
Parmi les extraits présentés, la tailleuse de pierre témoigne par exemple de son combat contre les discriminations fondées sur le genre : “Je ne comprends pas comment on peut prôner la transmission, la fraternité, l’altruisme et se fermer aux femmes.”
Une exposition historique mais surtout engagée
C’est ainsi que la directrice du musée du Compagnonnage, Virginie Tostain, tient à décrire “Au féminin”. Selon elle, cette exposition revêt une importance à la fois personnelle, professionnelle et sociale.
“Lucy Branco a sorti son livre la même année où je suis entrée à la direction du musée. Quand je suis arrivée, celui-ci ne comptait qu’une seule pièce créée par une femme dans ses collections. Quand j’ai lu On ne bâtit pas des cathédrales avec des idées reçues, ça a allumé une petite flamme féministe en moi et j’ai réalisé que le parcours du musée manquait cruellement de mixité.”
Grâce à cette exposition, le musée du Compagnonnage n’est plus une simple vitrine du passé, mais bien un outil social permettant de réfléchir sur des sujets de société actuels tels que l’égalité hommes-femmes. Et c’est par ce dépoussiérage de l’univers du compagnonnage que l’exposition tient son caractère inédit.
Et pour pousser le geste encore plus loin, 3 des 12 pièces présentées cet été seront, par la suite, intégrées dans le parcours permanent du musée. Ces ajouts porteront ainsi à 7 le nombre total de pièces réalisées par des femmes au sein de la collection.
Un degré en plus
C’est en 2021, à l’occasion d’une exposition sur le compagnonnage contemporain, que le musée a acquis trois autres œuvres féminines de maroquinerie et du travail de textile.









