Une nouvelle ère s’ouvre à l’US Tours Rugby. Le club orange et bleu a perdu un président emblématique la saison dernière avec le décès soudain de Benoit Sebillet. Un intérim a été assuré par Dominique Ledoux jusqu’à l’élection d’un nouveau président : Pascal Pluyaud qui arrive avec des idées et des ambitions. Nous avons pris le temps d’échanger avec lui.
Pascal Pluyaud aurait bien voulu jouer au rugby mais sa santé l’en a empêché. « Je suis un frustré du rugby » nous dit-il. Pas de quoi entamer sa passion pour ce sport qu’il a découvert avec le FC Guéret dans sa Creuse natale à 5 ans. Et quand il arrive à la fac de Tours pour ses études de biologiste dans les années 80, il ne met pas longtemps avant de s’asseoir dans les tribunes du Stade Tonnellé où son club de cœur affronte l’US Tours.
« J’ai toujours conservé le lien avec mes amis, toujours aimé l’esprit du rugby. Les grandes valeurs d’humilité, de respect, d’engagement et de convivialité » commente Pascal Pluyaud qui s’investit rapidement avec les orange et bleu et en devient sponsor dès le début des années 2000 via son entreprise Veolia. Une fidélité qui fait « tilt » dans l’esprit de plusieurs membres du club à la recherche d’un nouveau président après le départ soudain de Benoit Sebillet fin 2025. « On a commencé à me dire ‘pourquoi pas toi’. Il y avait un besoin de changement, et le changement ne peut se faire qu’avec quelqu’un qui vient un peu d’ailleurs. »
Admiratif de Benoit Sebillet « qui a réussi à sortir l’US Tours d’une mauvaise passe en lui évitant le dépôt de bilan », Pascal Pluyaud hésite mais prend la proposition au sérieux. « Au début je ne comprenais pas pourquoi on ne prenait pas quelqu’un du sérail, et puis c’était difficile d’assurer la succession d’un historique aussi fort. » Finalement, il est élu et prend le poste à bras le corps. « J’arrive sans argent » dit-il, au sens où ce n’est pas le dirigeant d’une grosse boîte, comme ce qui a pu se faire dans d’autres entités. En revanche il a des ambitions.
La première : booster la fréquentation du stade. « Actuellement, on a 1 500 personnes par match en moyenne pour une capacité de 5 000 places. On était à 3 500-4 000 quand l’US Tours était en Pro D2. L’objectif c’est d’atteindre les 2 000 » vise le nouveau président qui compte notamment se faire connaître auprès des gens « qui ne connaissent pas le rugby et veulent en découvrir les valeurs. On veut que le monde vienne, mette le feu à ce stade historique qui a plus d’un siècle, un vrai stade de rugby dans la ville. On veut en faire un chaudron ».

Pour ça, il se base sur une dynamique observée depuis la Coupe du Monde de rugby accueillie par la France fin 2023, quand l’équipe d’Irlande a posé ses valises à Tours lors de la phase de poules. Depuis, les licences augmentent à l’UST, premier club du département qui s’apprête à fêter ses 130 ans en 2028, le plaçant « parmi les 5 plus anciens de France ». On compte 550 membres, du baby rugby aux adultes, avec une bonne dizaine d’équipes. Et pour l’ambiance, un club de supporters est en cours de reconstitution avec déjà une trentaine de membres.
De quoi porter les ambitions de l’équipe première qui espère passer de la Fédérale 1 à la Nationale 2 la saison prochaine. Pour y parvenir, il faudra terminer dans les 6 premiers de la poule, ce que l’UST a réussi en 2025-2026 avec le statut de promu. Ce qui sera forcément plus dur maintenant que les adversaires des Tourangeaux connaissent leurs capacités et leurs ambitions. « On n’a pas peur » souffle l’état-major alors que l’entraînement vient de reprendre avec un groupe qui a conservé 60% de son ossature malgré le départ de son capitaine.
« On est en capacité d’être au niveau sportif, mais est-ce que le monde économique va nous suivre ? » s’interroge Pascal Pluyaud. La quête d’argent privé, enjeu principal des équipes ambitieuses à l’heure où les subventions publiques se raréfient. L’US Tours a pu compter sur 500 000€ l’an dernier, soit un peu moins de la moitié de son budget qui se monte à 1,2 million d’€. Mais la perte d’un gros partenaire à 50 000€ rebat les cartes. « On est en pleine période de recherche pour combler ce départ » pointe le président.
Car si les orange et bleu ont des soutiens en nombre, les sommes venues de sponsoring sont peu élevées : 200 entreprises soutiennent le rugby tourangeau, ce qui donne donc une moyenne à 2 500€. Le projet est donc de trouver 100 à 150 000€ supplémentaires pour « se structurer » et pouvoir assumer financièrement la potentielle montée en N2 qui entraînera fatalement des frais supplémentaires (salaires plus élevés, déplacements plus onéreux…).
Cette structure, Pascal Pluyaud la met déjà en place sur l’opérationnel. « Le rugby est un sport d’équipe donc j’ai mis en place une équipe » explique-t-il à 37 degrés. Le comité directeur qui comptait une trentaine de membres été augmenté : il est aujourd’hui riche de 36 personnalités. Un groupe renouvelé d’un tiers par rapport à l’ancienne équipe. « On a fait venir des nouvelles énergies. Des partenaires, mais pas que. Il y a aussi des gens qui reviennent dans le club comme Alain Jahan, président du Comité Olympique et Sportif d’Indre-et-Loire. »
Le bureau directeur a été transformé dans la même proportion, et compte 4 vice-présidents, ayant chacun un doublon. L’un d’eux est justement chargé des partenariats, il y en a un qui se consacre au volet sportif, un autre à la vie du club et bien sûr un aux finances… Une jeune recrue, puisque c’est un parent d’élève qui n’est arrivé à Tours que depuis un an. Concernant l’équipe salariée, elle compte une demi-douzaine de personnes, alternants compris. C’est stable.
S’il compte beaucoup sur le privé, comprenant bien que les acteurs publics ne sont pas les plus gros pourvoyeurs de moyens ces temps-ci, l’US Tours a néanmoins des attentes vis-à-vis des collectivités. « On a besoin de travaux » insiste Pascal Pluyaud qui fustiges la vétusté des vestiaires de Tonnellé, « les mêmes qu’en 1980 » dans lesquels il a « honte » d’accueillir les adversaires. Pourtant, sa priorité absolue serait la mise en place d’un éclairage afin de jouer davantage de rencontres le samedi soir. Il est aussi question d’une pelouse en synthétique.
« On nous fait des annonces pour 2028, on aimerait bien avant. On va tenter 2027, on y travaille » nous dit le président, également demandeur de davantage d’espace pour les partenaires et de transformations pour le complexe de la Chambrerie de Tours-Nord où il espère aménager un nouveau terrain sur une parcelle appartenant à la Métropole + avoir davantage de moyens pour le réceptif.
Tout cela entre dans le cadre d’un projet global, qui va au-delà des performances de l’équipe première de Fédérale 1. Notamment avec la volonté de renforcer le pôle Espoirs qui n’a pas vraiment performé la saison passée en raison d’un changement de catégorie d’âge : « On espère résoudre le problème grâce à l’arrivée de jeunes et avoir les capacités de rivaliser avec les équipes adverses ainsi que d’en faire le réservoir de l’équipe première » explicite Pascal Pluyaud.
L’UST a par ailleurs le projet de développement d’une école de rugby avec Saint-Avertin, en plus d’avoir signé des conventions avec les clubs de St-Pierre-des-Corps, Chinon, la Manse, Luynes et Joué-lès-Tours. Cela permet des doubles licences, ou l’accueil de jeunes aux entraînements avant qu’ils ne jouent avec leurs équipes le week-end. « Evidemment on est le club phare du département mais on n’est pas là pour écraser les autres, donc on trouve des solutions pour que tout le monde joue » dixit le président par ailleurs fier des journées continues du mercredi à Tonnellé avec l’accueil de jeunes, dont certains venues d’Instituts Médicoéducatifs (IME), illustration de ce qu’il définit comme l’action d’un « club engagé ».
Un degré en plus :
Le 1er rendez-vous de l’UST 2026-2027 à Tonnellé ce sera le 29 août à 17h30 contre les Espoirs du RC Orléans qui joue en Nationale 1. Le début du championnat ce sera la semaine suivante à Annecy puis à domicile le 13 septembre contre les Bourguignons de Nuits-St-Georges. On attend aussi en fin d’année la fête des 30 ans du titre des Bargeots en Pro D2 avec, notamment, la création d’un maillot événementiel. L’occasion de parler de l’histoire du club au grand public, « une histoire que l’on veut mieux faire connaître » insiste Pascal Pluyaud.







