Face à la cathédrale de Tours, l’ancienne clinique Saint-Gatien a changé plusieurs fois de visage en quelques années. Après le départ des activités médicales, les squats, une parenthèse street-art très populaire puis un chantier à 18,5 millions d’euros, le vaste ensemble immobilier entame sa nouvelle vie. Une mutation bien engagée, mais pas encore totalement achevée.
Longtemps associée aux soins, l’ancienne clinique Saint-Gatien accueille désormais des tables, des terrasses panoramiques ou encore de l’art… en attendant des bureaux et des entreprises. Fermée en 2019 après le transfert de ses activités vers le pôle NCT+ de Saint-Cyr-sur-Loire, la clinique avait laissé derrière elle 12 000 m² de bâtiments, répartis sur cinq niveaux, mêlant des constructions de plusieurs époques.
La transition n’a pas été paisible. Le site, un temps squatté, a été repris en main par la Société d’Équipement de la Touraine (SET). L’aménageur public a signé un bail de cinquante ans avec la congrégation religieuse propriétaire, lui donnant l’usufruit des lieux jusqu’en 2072. L’ambition affichée : ouvrir cet îlot longtemps fermé sur lui-même, pour en faire un vrai morceau de ville.
Le street-art comme première vie
Avant les pelleteuses, le lieu s’est offert une spectaculaire parenthèse culturelle. À l’été 2023, la Clinique du Street-Art investit 1 500 m² du rez-de-chaussée. Dans la pénombre, lampe frontale sur la tête, le public découvre les créations de 31 artistes au fil des anciennes chambres et salles de soin. Le parcours raconte six décennies d’art urbain tandis que la cour se transforme en bar et en petite scène culturelle. Le succès dépasse rapidement le simple effet de curiosité : 40 000 visiteurs sont comptabilisés en neuf mois, puis plus de 50 000 au moment de la fermeture, fin août 2024. Pendant quelques mois, l’école des Beaux-Arts TALM installe aussi un pôle de production dans 300 m² laissés bruts. Une démonstration grandeur nature de ce que peut produire l’urbanisme transitoire tel que vu par la SET : occuper, expérimenter et faire connaître un bâtiment avant sa transformation définitive.
Un chantier lourd, une livraison progressive
Le chantier débute en septembre 2024. Montant annoncé : 18,5 millions d’euros hors taxes. Il faut démolir les 180 anciennes chambres, évacuer les gravats, refaire entièrement la toiture en ardoise et poser 450 menuiseries sur mesure. Au pic de l’activité, 67 ouvriers et une demi-douzaine d’entreprises travaillent quotidiennement du rez-de-chaussée jusqu’au toit. Les locaux sont livrés propres et accessibles, mais volontairement bruts : sols, murs, escaliers, ascenseurs et réseaux sont prêts, tandis que l’aménagement final reste à la charge des futurs occupants.
Au printemps 2026, la partie la plus visible du projet ouvre enfin. Au cinquième étage, La Belle Vue mise sur deux terrasses : l’une tournée vers la cathédrale, l’autre vers les toits du centre-ville. En contrebas, un food court regroupe plusieurs comptoirs de restauration, tandis que la pâtisserie « Beure Noisette » inaugure une seconde adresse en rez-de-chaussée nommée « Ganache ». La Banque de France commence de son côté à prendre possession d’une partie des étages.
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Une reconversion encore en mouvement
Pour autant, Saint-Gatien n’est pas encore totalement rempli. Certaines pistes initialement évoquées, notamment l’arrivée d’une importante école supérieure, ont pris du retard ou n’ont pas abouti. Les loyers élevés et le coût des aménagements intérieurs limitent le nombre de candidats capables d’investir ces vastes plateaux. La SET évoque toujours des projets d’enseignement, de design, de numérique, voire une école d’architecture, mais aussi du coworking ou des services…
En attendant des installations pérennes, l’urbanisme transitoire revient donc par petites touches. Une boutique éphémère de talents locaux, nommée 72 m² comme l’espace occupé, prend place au rez-de-chaussée, avec les créations de Saveurs de Fleurs, Bisous et du duo de photographes Oups.


Au premier étage, l’exposition « L’Art en Vue » réunit une quarantaine d’artistes sur 600 m², portée par le Quartier des Arts (collectif du Vieux-Tours) et l’association Artothèque de Touraine (qui prête des œuvres d’art aux particuliers comme une bibliothèque le fait pour les livres). Une manière de maintenir du passage et d’éviter l’effet de coquille vide. On y retrouve notamment les sculptures de Marie Bois, les installations de Matthieu Le Panda (un de nos coups de cœur), les tableaux de Gil KD (que l’on ne présente plus), ou encore les photographies d’Audrey Lange ou d’Alain Dutour ou encore les tableaux de Mélanie Lusseault… L’exposition est gratuite et ouverte du mercredi au dimanche, de 14 h à 19 h, jusqu’à la fin septembre.






L’expo l’Art en Vue au premier étage de l’ancienne clinique
Le pari culturel a déjà permis aux Tourangeaux de redécouvrir l’adresse. Le rooftop et les premières installations donnent désormais au site une activité plus régulière, même si le food-court peine à remplir les objectifs initiaux, nous indiquent plusieurs restaurateurs sur place, tout en espérant que la transformation à venir et l’occupation des étages avec les prochains projets qui doivent se préciser, permettront de stabiliser l’activité à travers cette nouvelle clientèle de proximité. La transformation est loin d’être terminée.







