Société

Signes des Temps #46 Poppers rue du Grand Marché.

Le pitch : « Signes des Temps » ce sont des images chassées par notre journaliste Laurent Geneix dans les rues, les bâtiments et les chemins de la Touraine ; des traces laissées par l’Homme pour l’Homme, parfois très claires, parfois très floues, violentes, commerciales et/ou drôles, mais toujours signifiantes – que ce soit grâce à des mots, des dessins ou des symboles – et potentiellement visibles par tous.

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La petite bouteille passée sous le manteau dans la cour du lycée. L’odeur un peu dégueu qui traînait dans ses affaires parce que ça fuyait toujours un peu. Les rires de baleine et le paysage et les tronches des copains qui se contractaient et devenaient tout jaune sous l’effet des inhalations répétées. Les légendes urbaines qui tournaient autour de ce produit illicite utilisé pour s’encanailler un peu entre ados de bonne famille, alors qu’il était censé à la base servir à des trucs obscurs qui nous dépassaient complètement à l’époque.

L’impression d’être au-dessus du lot parce qu’on en avait, et pas les 32 autres élèves bien sages de la classe, les ringards. Sympas, mais ringards quand même. La classe internationale d’être le beau (ou pas, quelle importance ?) lycéen ténébreux à l’air toujours entendu qui «en était», tout ça parce qu’il avait sa petite bouteille dans la poche de son manteau. «Machin, il en a du poppers, si t’en veux». L’envie d’être Machin pour se la péter un peu. Se donner de l’importance comme on pouvait, avec ça ou 2 grammes de shit, ou simplement la perspective de peut-être pouvoir en avoir la semaine prochaine ou celle d’après. Draguer rien qu’avec ça, des fois.

Ah les joies de la légalisation ! Tomber trente ans après sur une affichette fièrement placardée sur une vitrine de ta ville, en plein jour, dans un lieu de grand passage, avec des enfants autour et tout et tout : tu n’en crois pas tes yeux de mi-schnock entre deux âges. Tu te dis : « je rêve merde, ils vendent du poppers comme on vend des clopes, maintenant, c’est quoi ce monde de oufs ?». Virez-moi cette affiche, bordel ! Rendez-moi ma jeunesse !

«Vieillir, c’est mourir un peu» disait l’autre con dépressif. Quand le shit sera enfin dépénalisé – en 2095 – et quand tu passeras devant des grandes affiches rue Nationale «L’Afghan en promo jusqu’au 31 mai !», «4 grammes achetés, le 5e offert !» rue des Halles, «Ici prochainement ouverture d’une boutique Cannabis Street» rue de Bordeaux, et que ta grand-mère en laissera traîner sur son guéridon comme une vulgaire tasse de verveine, tu prendras un autre coup de vieux dans la tronche.

«La vie est une succession de coups de vieux dans la tronche.» (Moi).

Un degré en plus

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