Pourquoi se préparer à une catastrophe qui ne s’est pas produite depuis 170 ans ? Les 17 et 18 novembre, un exercice majeur d’inondation mobilisera les collectivités de l’agglomération tourangelle. Une simulation essentielle pour anticiper les conséquences directes du dérèglement climatique.
L’annonce a été faite en septembre dernier : la préfecture d’Indre-et-Loire, en coordination avec les différents acteurs de l’agglomération tourangelle, organisera les 17 et 18 novembre 2026 un exercice majeur d’inondation. Grandeur nature, cette simulation sera fondée sur l’hypothèse d’une crue critique de la Loire.
Le but ici est notamment d’éprouver les coordinations des services du territoire et l’efficacité des plans de sauvegarde communaux et intercommunaux (PCS et PICS).
Tours, La Riche, Montlouis-sur-Loire, Saint-Pierre-des-Corps… plusieurs communes seront testées à différentes échelles pour mettre à l’épreuve leurs capacités et leurs lacunes face à des risques d’inondation importants.
Concernant l’historique, la dernière crue majeure connue sur le territoire remonte à 1856 où le niveau de l’eau avait atteint les 7,58 mètres à Tours. Depuis, aucune catastrophe d’une telle ampleur n’a été déplorée mises à part quelques montées des eaux en 1982, en 2016 ou, plus récemment en 2024.
Alors pourquoi les exercices comme celui organisé prochainement sur l’agglomération sont-ils aujourd’hui nécessaires ?
Déjà, parce que, on a pu le voir, le département d’Indre-et-Loire est particulièrement exposé au risque de crue majeure de la Loire et du Cher. Selon les chiffres de la préfecture, sur 650 000 habitants sur le territoire, 180 000 résident en zone potentiellement évacuable en cas de crue.
De plus, sur une vingtaine de vals exposés, le Val de Tours concentre à lui seul 100 000 personnes à évacuer en cas de crue majeure.
Un nombre important d’individus que les collectivités doivent savoir gérer efficacement pour mener à bien les phases de crise. “Les retours d’expérience (comme lors des grands incendies de Gironde à l’été 2026) nous permettent de catégoriser les besoins des populations lors d’une évacuation massive, raconte Pierre-Ange Savelli, directeur de cabinet du préfet d’Indre-et-Loire. La majorité des personnes évacuent de manière autonome vers leurs proches ou des zones hors d’atteinte. Par opposition, 20 à 30 % nécessitent une aide partielle notamment logistique que ce soit pour des questions d’orientation, de transport ou d’hébergement temporaire. Enfin, le reste de la population (0,5 à 2 %) représente des publics très vulnérables (EHPAD, établissements de santé, etc.) nécessitant une prise en charge intégrale.”
Une révision constante
Organisé par le Service Interministériel de Défense et de Protection Civile (SIDPC) de la préfecture (qui gère une dizaine d’exercices par an), l’exercice de ce mois de novembre intervient 3 ans après la précédente simulation. Pour cause, le changement régulier des personnes en poste dans les mairies, les intercommunalités et les services de l’Etat donne son caractère périodique et obligatoire à ce genre d’action.
Surtout que, depuis 2024, la responsabilité de la gestion, de l’entretien et de la surveillance des digues est transférée de l’État aux intercommunalités. L’exercice va permettre ainsi de tester sur le terrain cette mission critique de gestion des digues et de repérage de potentielles brèches ou autres fragilités. L’occasion sera aussi de tester l’articulation entre les différents PICS et PCS, permettant de faciliter le partage instantané des ressources et de matériels entre communes.
Sensibiliser à la “culture du risque”
On l’a dit tout au long de cet article, le but de l’exercice est pour beaucoup de tester les moyens et les stratégies des collectivités face à une crue majeure sur le territoire. Cellules de crise, zones de regroupement et d’orientation (ZRO), système FR-Alerte, de nombreux moyens sont mobilisés et seront mis à l’épreuve les 17 et 18 novembre prochains.
Mais ce qui préoccupe réellement les responsables politiques, ce sont les populations elles-mêmes, plus précisément leur réaction face à ce genre de crise.
Vincent Morette, Président de la Communauté de communes Touraine Est Vallées et maire de Montlouis-sur-Loire, raconte : “En 2016, j’ai reçu l’ordre du préfet d’évacuer une petite zone de la commune touchée par la montée des eaux qui menaçait une dizaine d’habitations. Seulement, la majorité des personnes concernées étaient vraiment réticentes et ne voulaient pas quitter leur maison.”
Une inquiétude partagée par Evelyne Mondon-Delavous, déléguée aux risques majeurs et à la défense extérieure contre l’incendie à Tours Métropole Val de Loire et maire de Savonnières : “Il ne s’agit pas de faire du catastrophisme mais il est très important que les gens s’approprient cette culture du risque.”






