Alors que le groupuscule identitaire Des Tours et des Lys a annoncé organiser une nouvelle marche aux flambeaux le 07 novembre prochain, la présence de l’ultra droite à Tours, de plus en plus visible, interroge…
La présence d’une trentaine d’individus aux slogans « Tours, Tours, Nationaliste » samedi 24 octobre à Tours, pour faire face au cortège de manifestants « contre la vie chère », a relancé la visibilité de l’extrême-droite radicale, que beaucoup appellent « ultra-droite » en Touraine, et ce alors même que le groupuscule identitaire a annoncé organiser le 7 novembre prochain, sa désormais traditionnelle marche aux flambeaux en l’honneur de Saint-Martin…
Ce n’est d’ailleurs pas anodin, les militants d’extrême-droite avaient choisi de se positionner aux abords de la basilique Saint-Martin ce samedi 24 octobre. Le symbole étant alors de protéger l’édifice dédié à l’apôtre des Gaules contre d’éventuels casseurs-pilleurs. Un rassemblement qui était tout sauf spontané. Dans plusieurs villes de France, d’autres groupuscules à l’idéologie commune s’étaient également mobilisés de la même manière, pour « défendre leur ville face aux casseurs ».

A Tours, la présence de ce groupuscule véhément a entrainé un affrontement avec des militants antifas présents dans la manifestation populaire. Après plusieurs minutes d’insultes et de provocations à distance, un contact direct a eu lieu, avant que des policiers de la BAC n’interviennent. Pour les militants d’extrême-droite, l’action était dès lors réussie, leurs provocations ayant permis de faire parler d’eux. Un mode d’actions qu’utilisait déjà l’ancien groupuscule identitaire Vox Populi. Ce dernier, actif au début des années 2010, avait notamment fait parler de lui pour sa contre-manifestation à la Marche des Fiertés plusieurs années de suite, non sans slogans à la subtilité assumée comme « Pas de défilé, pour les enfilés »…
Des Tours et Des Lys : le collectif qui prend de l’importance
Si l’on parle de Vox Populi ici, c’est que le mouvement qui avait été créé par Pierre-Louis Mériguet, est le modèle de beaucoup d’identitaires actuels dont Alexandre Boumediene, le leader du groupuscule « Des Tours et des Lys », le principal collectif actuel de cette mouvance en Touraine. Ce dernier n’a jamais caché une filiation, rendant par exemple un vibrant hommage à Pierre-Louis Mériguet sur les réseaux sociaux quand ce dernier est décédé.
Né en 2018, le groupuscule identitaire Des Tours et des Lys s’inscrit clairement dans la continuité de Vox Populi, en en reprenant tous les codes et modes d’actions : démonstrations de force dans l’espace public comme les marches aux flambeaux ou des actions d’éclat selon l’actualité (contre rassemblement à la marche des Fiertés, récupération de faits divers comme la mort de Louis, jeune de 17 ans qui a perdu la vie dans un lynchage à Narbonne en juin dernier…), mais aussi des actions à l’image apparente plus lisse comme le nettoyage des espaces verts, des distributions de nourriture aux SDF, soigneusement mises en avant sur les réseaux sociaux.
Parmi les actions organisées citons encore les cycles de conférences nommés « cercles de réflexion Prométhée » aux thèmes explicites et récurrents comme la remigration, la pensée de Charles Mauras… Des conférences et rencontres qui font la part belle à des invités d’extrême-droite comme Jean-Eudes Gannat (créateur du groupuscule identitaire d’Angers Alvarium mais aussi du Mouvement Chouan) ou encore le théoricien Jean-Yves Le Gallou (proche d’Eric Zemmour et concepteur du thème de remigration après avoir été proche du FN et de Bruno Mégret dans les années 80-90). Pour souder ses membres, des bootcamps sont par ailleurs régulièrement organisés avec à la fois ateliers de réflexion et entrainements de boxe et aux sports de combats.
Comme Vox Populi en son temps, le groupuscule Des Tours et des Lys s’inscrit ainsi dans une mouvance nationaliste-révolutionnaire à Tours, non sans un parallélisme avec de nombreux groupes ailleurs comme La Bastide à Bordeaux, L’Oriflamme à Rennes, la Ligue Ligérienne à Nantes, Lyon Populaire dans la cité éponyme…
Des groupes identitaires qui forment une nébuleuse politique n’hésitant pas à se réunir lors des rassemblements organisés par les uns ou les autres. L’an dernier, lors de la Marche aux Flambeaux organisée par Des Tours et des Lys, plusieurs identitaires d’autres villes étaient ainsi venus gonfler les rangs et soutenir les identitaires tourangeaux. L’inverse est également vrai, des identitaires tourangeaux ont déjà participé par exemple au Comité du 09 Mai à Paris (C9M), rassemblement réputé pour accueillir la fine fleur d’extrême droite radicale, néofasciste et ultranationaliste de tout le pays. Symbole de cette perméabilité entre ces différents mouvements, Alexandre Boumediene est également porte-parole du mouvement Chouan et a été mentionné comme membre du comité d’organisation du C9M.

Un mouvement qui soigne son image
Des Tours et des Lys est clairement implanté dans cette galaxie extrémiste en France et le groupe se fond dans le moule des thématiques promues : revendication des « racines chrétiennes », de la famille traditionnelle et du rejet de l’immigration de masse. Comme l’expliquait à La Nouvelle République Jean-Yves Camus, politologue et journaliste spécialiste de l’extrême droite, ces questions sociétales générales sont néanmoins doublées d’une imagerie localiste traditionaliste : A Tours c’est ainsi le lys, Saint-Martin, le drapeau de la Touraine qui sont réappropriés comme autant de marqueurs…
Et tout ceci est mis en avant par une esthétique jeune et soignée : des visuels épurés, la mise en avant de profils prenant soin de soi, des posts sur les réseaux sociaux à la sémantique et l’iconographie réfléchis pour paraitre positifs et bienveillants… Bref une communication bien loin de l’image vieillotte que véhiculait l’extrême droite traditionnelle il y a encore une quinzaine d’années.
Une présence qui inquiète
Néanmoins, derrière le vernis, la présence de l’ultra-droite inquiète. Le député écologiste de Tours Charles Fournier, avait d’ailleurs ouvertement interpellé le Préfet d’Indre-et-Loire en 2024 : « A Tours, on est face à une extrême droite décomplexée et les néofascistes se lâchent. Pourtant, force est de constater qu’il n’y a pas beaucoup de réaction. Il faut réaffirmer des digues morales indiscutables » s’était ému le parlementaire.
La symbolique de la marche aux flambeaux, historiquement appropriée par des mouvements nationalistes, radicaux ou d’extrême droite, avec sa mise en scène martiale, contribue à cette inquiétude. Comme Vox Populi auparavant, les identitaires tourangeaux actuels en ont fait leur vitrine, lors de la Saint-Martin. L’an dernier, nous avions pu témoigner de son déroulé sans heurts, mais malgré tout sous tension (notre journaliste avait été notamment poussé par le service d’ordre du groupe).
Toute la subtilité du mouvement est de paraitre respectable. En ce sens Des Tours et Des Lys communique régulièrement (à raison) que ses rassemblements sont déclarés en Préfecture et autorisés et qu’ils n’entrainent généralement pas de débordements. La rhétorique est limpide et leur permet d’opposer les rassemblements antifas qui dégénèrent et les stigmatiser, tentant de renverser ainsi dans l’opinion publique la notion de danger sur le camp d’en face.
Derrière l’image respectable, des violences toujours présentes…
Seulement, plusieurs organisations et militants de gauche avancent des violences de la part de militants d’extrême-droite, en marge même de ces rassemblements déclarés. En février dernier, à l’issue de l’hommage au militant d’extrême droite Quentin Deranque organisé par La Cocarde étudiante (syndicat d’étudiants d’extrême-droite proche du Rassemblement national) et par Des Tours et des Lys, plusieurs agressions avaient eu lieu dans le Vieux-Tours. Cinq des agresseurs avaient étaient identifiés comme présents plus tôt au rassemblement pour Quention Deranque. En juin, 4 d’entre eux, membres de la Cocarde Etudiante et de Tours et des Lys avaient été arrêtés et placés en garde à vue pour ces agressions, comme le révélait France 3 Centre-Val de Loire.
Le rassemblement du 24 octobre de la trentaine de militants nationalistes, a également entrainé selon des organisations de gauche, des attaques dans les rues du centre. Un rassemblement non revendiqué par ailleurs, mais qui a été relayé sur plusieurs comptes de la mouvance casuals/hooligans de France. C’est aussi un des aspects de ce mouvement, il se fond dans différentes sphères dont celle des tribunes des stades de foot, qui deviennent souvent un des points de recrutements de nouveaux militants. A Tours, ce sont les groupes ultras, auparavant suiveurs du TFC et maintenant de l’UFT, qui sont souvent pointés comme regroupant des personnes de tendance hooligans/casuals membres de l’ultra-droite.
La mouvance identitaire reste ainsi nébuleuse, au-delà du groupe « Des Tours et Des Lys » d’autres mouvements comme La Cocarde Etudiante sont aussi régulièrement mis en avant. Une mouvance dont les liens enfin avec le Rassemblement National sont discrets mais réels, en témoigne la présence sur la liste d’Aleksandar Nikolic aux dernières municipales à Tours, d’Eléonore Ranchin, porte-parole de La Cocarde Etudiante lors du rassemblement en hommage à Quentin Deranque de février 2026…
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