Société

Signes des Temps #24 : «Danger» à Chaumont-sur-Loire ?

Le pitch : « Signes des Temps » ce sont des images chassées par notre journaliste Laurent Geneix dans les rues, les bâtiments et les chemins de la Touraine ; des traces laissées par l’Homme pour l’Homme, parfois très claires, parfois très floues, violentes, commerciales et/ou drôles, mais toujours signifiantes – que ce soit grâce à des mots, des dessins ou des symboles – et potentiellement visibles par tous.

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«Prendre un enfant par la main/Pour l’emmener vers demain» disait le poète en 1977, à une époque nettement plus bisounours que la nôtre (en tout cas vue de loin), où l’insouciance d’après-guerre et la foi en l’avenir continuaient à distiller leur doux parfum, malgré la Guerre Froide, la famine en Afrique de l’Ouest, les chocs pétroliers et plus de 15.000 morts par an sur les belles routes françaises (quand même, hein). Ici aujourd’hui en 2015, l’idée c’est de prendre un enfant par la main pour l’emmener vers le danger. C’est nettement moins sexy comme programme, il faut bien le dire.

Dans les jardins du Domaine de Chaumont-sur-Loire, charmante bourgade de 1089 habitants connue pour son château qui surplombe une Loire paisible et presque intacte, son Festival International des Jardins qui est chaque année la garantie d’une escapade légère et pleine de petites surprises végétales et minérales toujours à des années-lumières de la grosse cavalerie des parcs d’attractions, son grand parc reposant parsemé d’œuvres d’art plus ou moins résistantes aux éléments et aux critiques des visiteurs, ses collines boisées et son côté bord de mer un peu désuet qui rappelle presque certains coins de Normandie.

La fête semble bien finie en tout cas, à Chaumont-sur-Loire comme dans des milliers de petits villages paisibles, et le «demain» vers lequel on emmène l’enfant semble sentir légèrement le roussi, ou tout au moins le «danger», cette espèce de machin abstrait, sans odeur ni son, ni couleur.

Il semblerait, vu de la douce campagne française, que plus les journaux télévisés nous montrent que dans les villes ça va « mal », plus on vote encore plus fort que dans les villes pour des magiciens qui, une fois au pouvoir, feraient disparaître d’un coup de baguette de nos postes de télévision et des fourrés du village tous les dangers potentiels, réels et fantasmés, en l’espace de quelques jours.

Tapie dans ces inquiétants fourrés derrière ce panneau, une bête rôderait donc dans nos campagnes ! Elle s’appelle peut-être Chômage, ou Délinquance, ou Terrorisme, ou Réchauffement-Climatique, ou fruit de la grande tendance des prénoms composés, elle s’appellerait les quatre, la bête. Elle s’appelle peut-être Peur. Peur de tout et Peur de rien. Peur de l’Autre, ce salaud en puissance. Elle s’appelle peut-être Croyance-Naïveté. Elle s’appelle peut-être Amnésie. Ou Inconscience. On ne sait pas.

Ce que l’on sait, en revanche, et de manière certaine, c’est que le dimanche 6 novembre 2015, le Front National a réalisé un score de 36,14 % dans la jolie bourgade de Chaumont-sur-Loire. Comme dans beaucoup d’autres.

«Prendre un enfant par la main,

Et lui chanter des refrains

Pour qu’il s’endorme à la tombée du jour,

Prendre un enfant par l’amour»

Un degré en plus

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