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L’hydrocortisone face au coronavirus ? La nouvelle expérience majeure du CHU de Tours

 

Il y a quelques jours sur 37° on vous parlait d’une étude menée au CHU de Tours : une expérience pour savoir si l’hydroxychloroquine est efficace afin d’éviter l’aggravation de l’état des patients infectés par le Covid-19. Ce n’est pas la seule expérimentation en cours au sein de l’établissement. En plus d’études sur les symptômes de la maladie, il y en a une qui cherche à déterminer si l’hydrocortisone peut être bénéfique en réanimation. On en a discuté avec le Pr Pierre-François Dequin.

Pour bien comprendre de quoi on parle, expliquons tout de suite ce que c’est, l’hydrocortisone. « C’est un produit  naturellement présent dans notre organisme. En temps normal on en produit 20 à 30mg par jour » explique le chef du service de réanimation du CHU. En médecine, cette molécule de la famille des corticoïdes est utilisée pour combattre des inflammations, ou contrôler la pression artérielle. Avant même d’envisager son utilisation dans le protocole de traitement du Covid-19, un travail était lancé pour évaluer son impact en cas de pneumonie, infection qui figure dans le top 5 des principales causes de mortalité dans le monde. « Les autorisations réglementaires étaient en place » note le médecin tourangeau dont le service est associé avec 11 autres hôpitaux français sous le nom de code CAPECOVID.

28 patients de Tours participent à l’expérience

Le Covid-19 déclenche des pneumonies chez les malades les plus gravement atteints. Il n’a donc pas été très difficile d’adapter le projet d’expérience à l’apparition de cette nouvelle maladie. Un avantage considérable pour les spécialistes car cela va garantir le sérieux de la méthode et la fiabilité de ses résultats. « En Chine, près de la moitié des patients en état grave ont été traités avec des corticoïdes, de premières études commencent à être publiées sur le sujet mais il faut être très prudents avec ces résultats. C’est toujours difficile de faire des recherches en situation de crise car la logique d’une épidémie est d’aller vite, celle de la recherche de prendre son temps. On voit souvent arriver les projets d’études quand l’épidémie est quasiment terminée ou se faire en mode dégradé. C’était particulièrement vrai pour le SARS et le MERS où l’on a vu peu de publications d’études de bonne qualité » nous dit Pierre-François Dequin.

Une étude en mode dégradé cela signifie par exemple que les médecins savent quand un patient a reçu le traitement testé alors que le protocole le plus sérieux exige un fonctionnement « en double aveugle » : un groupe de malades reçoit le médicament, l’autre un placebo sans le moindre effet et ce n’est qu’à la fin du processus que l’on compare les résultats.

Depuis début mars, CAPECOVID concerne 133 patients dont 28 accueillis à l’hôpital de Tours. Il s’agit exclusivement de personnes qui ont dû être placées sous respirateur artificiel dans un service de réanimation. Leur consentement a été requis avant leur intégration à l’étude, ou alors c’est leur famille qui a été contactée pour le donner. Seule modification majeure par rapport aux plans initiaux : « Les analyses intermédiaires sur l’efficacité ou non du traitement se feront tous les 50 patients et non pas tous les 400 patients pour répondre plus vite à nos questions. » L’idée c’est donc bien de savoir si l’administration d’hydrocortisone peut aider les malades, si elle n’a aucun effet ou si elle risque de dégrader encore plus leur santé.

Ce que le corps médical va surveiller pendant cette expérience, c’est le risque de surinfection des malades. Ces dommages collatéraux ne sont pas rares en réanimation, quelle que soit la pathologie (en moyenne 20% selon les études scientifiques connues à ce jour, 12% dans les hôpitaux du Grand Ouest de la France d’après le Pr Dequin). Néanmoins, il ne faudrait pas que l’administration de l’hydrocortisone vienne faire grimper ce chiffre.

L’espoir de limiter les effets secondaires

Le traitement dure trois semaines et les premiers résultats intermédiaires seront connus avant la fin du mois d’avril. La décision finale de valider l’utilisation de ce corticoïde ou d’y renoncer sera prise par un comité de surveillance indépendant qui sera le seul à disposer de tous les résultats. « Normalement les corticoïdes et les virus ne font pas bon ménage. Il y a le risque qu’ils facilitent certaines infections mais comme l’hydrocortisone est un produit naturellement présent dans l’organisme on espère qu’elle aura un effet pour combattre les inflammations » déclare le Pr Dequin qui précise bien que seuls des résultats très nets entraîneront la recommandation du processus à grande échelle.

Si d’aventure la cortisone s’avère être efficace, on peut imaginer que son utilisation permette aux malades de rester moins longtemps en réanimation… et donc de limiter les risques d’effets secondaires durables du coronavirus (difficultés musculaires, stress post-traumatique) dont nous vous parlions dans cet autre article. Les chercheurs ont donc prévu d’interroger l’ensemble des participants à l’étude trois mois après leur sortie de l’hôpital, dans le but d’évaluer leur qualité de vie. Quoi qu’il en soit, Pierre-François Dequin joue la prudence : 20 à 30 traitements potentiels sont en cours d’analyse. Il faudra du temps avant de trouver un remède réellement efficace face au Covid-19. « On n’aura pas de médicament miracle » conclut le médecin.

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