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L’hydroxychloroquine pour soigner le Covid-19 ? Le CHU de Tours participe à la recherche.

 

Comment vaincre le Covid-19 ? Depuis l’apparition du nouveau coronavirus en Chine, la communauté médicale et scientifique s’acharne pour trouver au plus vite une méthode de soin efficace ainsi qu’un vaccin. Un temps d’étude forcément long, alors que les théories pour faciliter la guérison se multiplient, allant de l’utilisation de médicaments déjà sur le marché à la cure de vitamines. La thèse la plus débattue étant celle du recours à l’hydroxychloroquine, solution privilégiée par le médiatique spécialiste marseillais Didier Raoult. Pour savoir s’il s’agit, oui ou non, d’un remède efficace le CHU de Tours se lance dans une vaste étude aux côtés du CHU d’Angers et de plusieurs autres établissements.

En ce 1er week-end d’avril, 48 patients atteints du coronavirus sont hospitalisés au CHU de Tours, dont une trentaine en réanimation. Le pic de l’épidémie est envisagé autour du 10-15 avril et depuis quelques jours le nombre de nouveaux malades semble plafonner. « Reste à savoir si derrière on ne va pas se prendre une vague en pleine figure… » : à la lecture de ces chiffres, le Pr Louis Bernard reste prudent. L’infectiologue du CHU de Tours n’est pas sûr que le plus dur est derrière lui. Il s’attend à traiter des malades du Covid-19 pendant de longs mois. Comment ?

« Le protocole conventionnel c’est de l’oxygène car il y a une atteinte pulmonaire, de la réhydratation, des antalgiques, parfois des antibiotiques si on pense qu’il y a un risque de surinfection bactérienne. On surveille beaucoup la contenance sanguine en oxygène car c’est une pathologie en toile d’araignée, avec une araignée qui tisse sa toile de façon hétérogène : parfois en 24-48h, parfois c’est plus long. Ça s’en va, ça revient… Il n’y a pas deux cas pareils. »

La crainte des médecins c’est l’insuffisance respiratoire qui nécessite alors un placement en réanimation où les lits sont limités. « L’hydroxychloroquine pourrait prévenir l’apparition de cette fibrose par un effet antiviral » avance le Professeur Louis Bernard, en maniant sans ambiguïté le conditionnel. Pour en avoir le cœur net, il participe à une expérience d’ampleur nationale pilotée par le CHU d’Angers et le service du Pr Vincent Dubée, également infectiologue. Nom de code du programme : Hycovid.

Le traitement pour certains patients, un placebo pour les autres

36 hôpitaux français se sont engagés à rechercher des patients volontaires pour participer à cette étude d’ampleur. Il y a donc Tours, Angers mais aussi Orléans, Poitiers, Niort, Le Mans… « Cet essai français se fera sans conflit car la molécule est déjà génériquée » veut rassurer Louis Bernard pour couper court à d’éventuelles polémiques sur l’intérêt de laboratoires pharmaceutiques. Le principe est simple :

  • On définit deux groupes de patients
  • Le 1er groupe reçoit l’hydroxychloroquine en complément des autres traitements de la maladie
  • Le 2e groupe reçoit un comprimé placebo
  • On surveille l’évolution de leur état et on compare les patients les uns avec les autres

Précision importante : les patients, mais aussi les infirmières, ne savent pas si on leur a donné des comprimés qui contiennent réellement l’hydroxychloroquine ou alors si ils ingèrent le placebo. L’objectif est bien sûr de ne pas biaiser les résultats. Ironie de l’histoire : « Nous avions déjà le médicament et son placebo car on devait les utiliser dans le cadre d’un programme de recherche sur une maladie inflammatoire de la peau » note Louis Bernard. De quoi permettre un démarrage rapide de l’expérience, « en 15 jours. »

A Tours, le 1er patient qui a accepté de participer à l’étude a débuté le programme vendredi 3 avril. Ce week-end on comptait 17 personnes inclues dans le protocole partout en France : « L’essai démarre bien » commente le médecin tourangeau. Alors à quand les premiers résultats ? Tout dépendra du nombre de malades recrutés. Il en faut 1 200 pour valide la méthode : « Si on en recrute une centaine par jour on aura un retour en un mois et demi. Si c’est 25, ça prendra 6 mois » résume le spécialiste du CHU qui recherche donc des volontaires « mais certains patients sont réticents », échaudés, semble-t-il, par le cirque médiatique autour du Pr Raoult.

Une autre expérience sur les symptômes du Covid

Il faut savoir aussi que tous les patients ne sont pas éligibles à ce test. Ainsi, l’hydroxychloroquine peut avoir des conséquences sur le cœur, « donc on fait systématiquement un électrocardiogramme avant de commencer le traitement. Et au moindre doute on arrête » prévient Louis Bernard. De même, ce sont uniquement les patients dont l’état n’est pas trop grave qui peuvent participer : « Le sujet idéal est une personne de plus de 75 ans ou qui reçoit de l’oxygène en concentration pas trop élevée. Le conseil scientifique pense que ce médicament n’est efficace que dans une phase précoce de la maladie, pas au moment où l’orage se déclare. »

Comme le précise un communiqué du CHU d’Angers et du CHRU de Tours,

« D’autres études cliniques sont actuellement en cours un peu partout dans le monde pour apporter des solutions thérapeutiques face à la pandémie Covid-19. Elles portent beaucoup d’espoirs et leurs conclusions précieuses sont attendues par l’ensemble de la communauté médicale internationale. Hycovid n’entend pas se substituer à elles mais, plus simplement, apporter une réponse plus rapide à une question simple. « Oui ou non, l’hydroxychloroquine est-elle efficace chez les patients atteints de Covid-19 à haut risque d’aggravation ? » L’efficacité du traitement sera jugée en comparant le nombre de patients décédés ou transférés en réanimation en raison d’une aggravation respiratoire dans chacun des deux bras au cours des 14 jours suivant le début du traitement. C’est pourquoi l’étude HYCOVID portera sur des patients présentant une forme non sévère de COVID, mais dont on sait qu’il y a un risque important d’aggravation. »

Le traitement en question durera 9 jours. Le coût de l’étude est estimé à 850 000€, dont 600 000€ pris en charge par le CHU d’Angers.

En parallèle, le CHU de Tours procède à une expérience autour des symptômes du Covid-19 : « On évalue le score clinique au moment de la détection pour savoir si, à partir d’une combinaison de certains symptômes, on pourrait éviter le test » explicite le Pr Bernard. Les patients testés à l’hôpital se voient donc remettre un questionnaire pour évaluer en détails leur état de santé.

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