La région Centre-Val de Loire aura bientôt son gentilé. Jusqu’ici, aucun terme ne permettait de définir ses habitantes et ses habitants. Le Conseil Régional a donc lancé un appel à propositions qui a permis de compiler près de 1 000 suggestions. Un comité en a sélectionné 10 qui sont soumises au vote dès ce mercredi. Puis un 2e tour aura lieu en juin avec les 3 finalistes, avant l’annonce officielle du vainqueur le 25 juin.
Parmi les membres du comité : l’animateur spécialiste de l’histoire Stéphane Bern, des élus, des responsables de médias, le président de l’Université de Tours mais aussi le youtubeur tourangeau Nota Bene, à la tête d’une chaîne historique suivie par plus de 2 millions de personnes. Il a répondu aux questions de 37 degrés sur ce sujet.
Pouvez-vous raconter votre expérience au sein du comité ?
C’était génial parce que, pour une fois, on demande l’avis à tous ceux qui habitent sur le territoire. Je trouve ça super que collectivement on réfléchisse à ce qui va nous définir. On peut se dire que ce n’est qu’un nom, mais mine de rien, ça va faire partie de notre identité pour les prochaines décennies. Et puis c’est chouette, il y a plein d’idées : des rigolotes, des sérieuses, des pertinentes, des non-pertinentes. Recevoir près de 1 000 propositions et devoir faire le tri là-dedans, c’était un exercice vraiment intéressant.
Comment vous avez procédé pour marquer vos préférences ?
Pour moi, les critères, c’était d’avoir une proposition rassembleuse, qui n’exclut personne. Facile à retenir aussi, parce qu’on a beaucoup de noms pertinents mais un peu alambiqués. Il faut que ça reste fluide en bouche.
Il y a beaucoup de références au mot ligérien, par exemple. Je sais que ça plaît beaucoup, mais moi je ne l’aime pas trop parce que ça fait vraiment référence à la Loire, et on voit qu’il y a beaucoup de villes assez éloignées du fleuve : Chartres, Bourges, Châteauroux… Les habitants de ces territoires peuvent se sentir un peu exclus. Donc ce n’est pas une de mes propositions les plus rassembleuses. Je pense qu’à l’instar de quelques camarades du comité, on aura peut-être cette dissonance, où on ne sera pas forcément d’accord. Mais ce qui est bien, c’est que ce comité est composé de plein de personnalités différentes. On amène tous notre point de vue. Et au final c’est le public qui choisit.
Est-ce qu’on réussira quand même à trouver un nom qui rassemblera suffisamment pour qu’on puisse l’utiliser dans le quotidien ?
Il y aura toujours des gens qui ne seront pas satisfaits, et c’est normal. Mais on voit déjà qu’il y a des noms qui ressortent, des occurrences proposées plusieurs fois. Donc on a quand même de grandes pistes qui plaisent globalement. Et des pistes très rassembleuses. Comme les Cévalois, Cévaloises.Après, j’ai des pistes plus originales que j’aime bien, comme les Valeureux, les Valeureuses, pour les habitants du Val. Je trouve que c’est rigolo. Et ma piste préférée, même si je pense que ça ne passera pas, ce serait les Hobbits, parce qu’au fond, on est les habitants du centre de la terre du milieu.
C’est ça, les gens qui ont fait les propositions ont quand même sacrément d’imagination.
En tant que membre du comité, on ne pouvait pas proposer notre propre nom, mais j’espérais secrètement que les Hobbits soient proposés. Il faut un nom à la fois rassembleur, mais il ne faut pas prendre quelque chose de trop hautain non plus. Dans les propositions, il y a de belles choses. Après, il y a certaines propositions qui vont forcément faire débat.
Je sais que le comité est présidé par Stéphane Bern et je crois l’avoir entendu sur une radio dire que Castelvalois, ce serait quelque chose de chouette, parce qu’il y a beaucoup de châteaux et que les Valois font aussi référence aux rois. Moi je trouve que tout ça est un peu excluant, parce que même si la région est riche en châteaux, tous les territoires ne se rassemblent pas forcément autour du château. Et puis les Valois, donner un nom de rois aux habitants du territoire… Il y a quand même la Révolution qui est passée par là !
En tant que professionnel de l’Histoire, est-ce qu’il faut forcément que ce nom des habitants de la région Centre-Val de Loire, choisi en 2026, ait un rapport avec le passé ?
Je pense que non. Et d’ailleurs on le voit : sur 1 000 propositions, il n’y en a que 31 qui font référence à l’histoire. Pour les châteaux, il n’y en a que 55. Là où la notion de Centre est celle qui rassemble le plus : on est à environ 370 propositions qui tournent autour. Et on est peut-être à entre 100 et 150 autour des mots Loire et Val. On voit que ce qui intéresse les gens, c’est surtout l’espace géographique plus que l’Histoire ou le patrimoine.
On va enfin réussir à se débarrasser un peu de cette idée que la région Centre-Val de Loire n’a pas d’identité ?
L’idée, c’est de vouloir être rassembleur, mais il y a des différences un peu partout. Cette région Centre, elle est là administrativement, elle a été décrétée. Donc il s’agit surtout de choisir un nom, ça ne va pas avoir de conséquences dramatiques du jour au lendemain.
Ce qu’on comprend, c’est que l’appartenance à une région va plus loin que ça. C’est aussi une histoire, un passé, un paysage comme vous le disiez… Ce sont toutes ces choses-là qui font une identité, non ?
Oui, bien sûr. Et là, c’est l’occasion justement d’essayer de se rassembler un petit peu plus. Et je trouve que la démarche même de choisir le nom, d’y réfléchir ensemble, est aussi bénéfique que le résultat.
Un degré en plus :
Les dix propositions de gentilés présélectionnées :
Castelligérien, Castelligérienne
Castelvallois, Castelvalloise
Centrevalléen, Centrevalléenne
Centrevallois, Centrevalloise
Cévallois, Cévalloise
Coeurligérien, Coeurligérienne
Cœurvallois, Cœurvalloise
Loirevalléen, Loirevalléenne
Valcéen, Valcéenne
Valligérien, Valligérienne









