Faire entrer des arbres à l’intérieur des bâtiments. Le procédé peut paraître anachronique mais il répond à une envie, un besoin économique. Pour décorer un centre commercial, un hôtel, un restaurant à thème ou des bureaux. Parfois les résidences de particuliers. Avantage : un effet wahou avec peu d’entretien. En Touraine, une entreprise s’est spécialisée dans ce savoir-faire et l’exporte à l’étranger.
Le restaurant Kabuli à Tours… Des espaces du groupe immobilier Citya… Ou encore un centre commercial dans la Vienne. Voilà quelques lieux où Hydrodécor a déposé des arbres conçus par ses équipes. Des arbres en kit, artificiels… mais réalisés à partir de bois authentique. Parfois de très grande qualité (comme des oliviers centenaires).

Tout est fabriqué à Esvres, dans un hangar situé à proximité de la D943 et du grand site de l’association Emmaüs. Quand on entre, on découvre des troncs et des branches par centaines, bien alignés, prêts à être sélectionnés pour façonner de nouveaux arbres selon les désirs de la clientèle. « Tout est possible » explique Ludovic Jamet, co-gérant de l’entreprise avec Mickaël Pin. Arrivé en tant que salarié il y a 21 ans, il a gravi les échelons jusqu’à racheter le business à son fondateur. Sa spécialité : les croquis.
« Ce n’est pas toujours évident de savoir ce que veut le client » explique ce paysagiste de formation de 46 ans qui doit composer avec les contraintes techniques : pas plus de 10m de haut, maximum 400kg de charge au m²… mais aussi des critères plus insolites comme la nécessité de faire rentrer les différentes pièces dans un Renault Kangoo pour les transporter jusqu’au lieu de destination.

L’arbre en kit est un savoir-faire peu répandu en France. Hydrodécor s’en revendique l’inventeur, challengé depuis par quelques concurrents, dont une grosse entreprise nantaise. Son expertise lui permet de s’implanter dans les sièges sociaux du quartier d’affaire de La Défense près de Paris, au Ritz, à Göteborg en Suède, ou même dans les émirats avec un projet à Dubaï ou un autre pour un hôtel Intercontinental au Qatar.
Le procédé de conception consiste à récupérer des arbres coupés, les faire sécher pendant 8 mois puis les tronçonner et les assembler pour recréer des arbres adaptés à l’intérieur. L’idée étant de soigner les intersections pour qu’elles ne se voient pas une fois en situation. Cela passe par des inserts en aluminium mais aussi de la peinture acrylique avec la teinte exacte du bois.
La composition, c’est l’œuvre des équipes. « Chaque salarié à sa signature. Et il n’y a pas de formation particulière » explique Ludovic Jamet. Les profils sont donc variés : tailleur de pierres, mécanicien, menuisier… « Ils ont quartier libre tant qu’ils respectent les proportions ; Tout le monde est autonome, tout le monde est capable de faire un arbre entier et se complète » poursuit le co-gérant à la tête d’une équipe de 11 personnes dont Laurent : « C’est un métier d’instinct. Entre le Lego et l’artisanat. Je regarde des arbres en forêt pour m’inspirer et les reproduire. »

Les arbres proviennent notamment du local, en particulier de la forêt domaniale de Loches pour les chênes. Hycrodécor travaille également le charme, moins le bouleau. Et il faut parfois jouer des coudes pour trouver la bonne matière première. C’est particulièrement le cas pour l’olivier, avec des conditions de cession qui se sont durcies. « On utilise également de la liane du Brésil avec un certificat de non-déforestation » note Ludovic Jamet.
Par rapport aux débuts de l’activité, les techniques ont évolué. Aujourd’hui, la société tourangelle travaille notamment avec des machines américaines. En moyenne, elle réalise 180 à 200 arbres par an, vendus à partir de 1 200€ pièce. Possibilité de faire aussi des pieds de table ou de lampes à base de troncs. Un marché qui reste « stable » mais a tendance à se tendre, « car le budget pour la décoration c’est souvent à la fin » pointe le chef d’entreprise qui doit donc faire la promotion de ses produits auprès des architectes et aménageurs pour convaincre les clients à la fin.
Durée de vie estimée de ces arbres : une quinzaine d’années. Et c’est robuste : « On a 2% de SAV » nous glisse Ludovic Jamet, notamment quand des personnes indélicates décident de se suspendre aux branches. Mais sinon, « il suffit d’un entretien une fois par an, de faire un peu la poussière et c’est tout. C’est un marché pour les personnes qui n’ont pas la main verte. »
Car c’est bien ça : ces arbres en kit d’intérieur ne sont plus des plantes vivantes et répondent au besoin d’inviter la nature entre les murs sans pour autant avoir besoin de gérer l’arrosage ou la taille. Voire la nécessité d’avoir des décors compatibles avec une activité alimentaire et résistants au feu (d’autant plus après le drame de Crans-Montana en Suisse le 1er janvier 2026) L’illusion parfaite à défaut de l’authenticité.






En plus des arbres – qui représentent environ 30% de son activité – Hydrodécor fabrique des compositions végétales de décoration, à base de plantes naturelles, stabilisées mais aussi de matériaux artificiels en PVC. Elle refuse néanmoins les compositions à l’artificialité trop marquée qui se développent de plus en plus en extérieur au-dessus des enseignes. Et a abandonné son activité d’aquariums (ceux du célèbre bar Le Corsaire à Tours, c’est elle).
Ses projets : continuer à se faire connaître, y compris en local. « On est plus présents à Orléans qu’à Tours » remarque ainsi Ludovic Jamet qui a tout de même signé récemment avec une boulangerie amboisienne.









