On ne peut pas rater son stand dans le Grand Hall du Parc Expo de Tours : jusqu’au 10 mai, Val de Loire TV délocalise ses studios à la Foire. Ce n’est pas une première mais cette année le dispositif est augmenté car la télé locale basée à Tours fête son 20e anniversaire. L’occasion d’un bilan avec sa directrice Emilie Tardif.
Emilie Tardif est arrivée dans les studios de la télé locale tourangelle en 2013. C’est sa première expérience dans ce domaine, elle est alors chroniqueuse. « On parlait de choses fun. Je faisais la rubrique ‘J’ai testé pour vous’ avec des épisodes sur les livreurs de pizzas ou les toiletteurs pour chiens ». Puis elle passe un casting pour remplacer Emilie Leduc a la présentation de l’émission Tout sur un plateau… et décroche le poste. Une aventure d’une décennie qu’elle a achevée en 2023 pour prendre la direction de la chaîne, sans pour autant lâcher l’antenne puisqu’elle anime toujours le jeu Qui veut gagner des rillons, diffusé du lundi au vendredi à 18h30.
Ce programme fait partie des vitrines de la chaîne avec le JT, Le Grand Talk ou l’émission Local Génial d’Aurélien Legendre. Il a même été remarqué au niveau national pour son nom rigolo et quelques séquences insolites. De quoi permettre à Val de Loire TV d’accroître sa notoriété. De montrer que la chaîne sait innover. Et c’est essentiel à plus d’un titre.
« Les usages des gens ont beaucoup changé. Avant, tu avais ton journal le matin. Maintenant tu as 50 bouclages dans la journée avec Internet. La télé était un média d’habitude mais désormais il faut aller les chercher sur notre site web, sur YouTube ou les réseaux sociaux »… où ils sont sursollicités par d’autres titres de presse mais aussi tous les comptes qui cherchent à communiquer des informations sans forcément y adjoindre la rigueur journalistique.
Face à cette profusion, il faut savoir se démarquer sans perdre sa base. Travailler la forme sans dénaturer le fond. « Nous c’est le vrai journalisme de terrain, faire remonter la vie des gens. Braquer des projecteurs sur ce qui se passe réellement. On est capable de dire précisément où il y a eu des pluies diluviennes tandis que TF1 va juste parler de Tours » énonce la directrice de Val de Loire. Et sur la méthode, « les outils ont changé. Maintenant on filme avec nos téléphones, on fait plus de reportages incarnés où l’on voit les journalistes. » Le style Brut ou BFM TV.
Malgré une équipe jeune et restreinte, cette mutation n’a pas été simple à mettre en œuvre dans les bureaux de la filiale du groupe Nouvelle République installée au Carrefour de Verdun à Tours. « Je pense qu’on a été en décalage car il y a eu des résistances. Les usages évoluent plus vite que les métiers. Et paradoxalement ce sont les plus jeunes qui sont les plus réfractaires car ce n’est pas comme ça qu’ils ont appris à l’école » analyse Emilie Tardif qui répète aux équipes que « ce qui va nous différencier c’est le ton, la façon de raconter. »
Même si ça a pris un peu de temps, Val de Loire TV a tout de même plutôt bien su prendre le virage du numérique, étant aujourd’hui un média vidéo puissant sur tous les réseaux sociaux, sans perdre en vigueur sur le linéaire (TNT et box). Elle revendique ainsi une audience de 234 000 téléspectateurs par semaine sur sa zone couvrant le 37 et le 41, un chiffre en progression.
Cela ne veut pas dire pour autant que tout est serein. « Aujourd’hui tout le monde est d’accord que l’info indépendante c’est précieux mais personne ne veut payer pour ça » déplore la directrice de l’ex-TV Tours Val de Loire. Au niveau national, les temps sont durs : une chaîné lilloise a fermé, celle du Mans a été en difficulté… Et en Touraine les fonds sont limités, les soutiens fidèles ont tendance à se ternir : « La clé c’est le soutien politique et que les institutions ou entreprises qui veulent faire de la publicité viennent vers nous. Un post Facebook c’est cool mais il faut relocaliser les campagnes de communication » plaide Emilie Tardif afin de pérenniser les effectifs ou conserver le volume de programmes inédits.









