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La Touraine, l’autre pays de la bière.

La Touraine, terre de vins c’est une évidence, mais la Touraine est aussi une terres de brasseurs. On dénombre en effet une petite dizaine de brasseries artisanales installées sur le territoire. Des brasseries qui seront notamment à l’honneur le 16 septembre prochain dans le quartier des Halles dans le cadre du festival Tours et ses Franco-Gourmandes.

Si jusqu’en 1970, Tours avait sa brasserie industrielle, la brasserie Webel Saint-Eloi située au bout du boulevard Béranger., il faudra attendre le début des années 2000 pour voir le retour de brasseurs en Touraine.

A lire également : [Histloire] La brasserie Webel Saint-Eloi

La mode est alors à l’essor des brasseries artisanales qui font un retour après plusieurs décennies de monopole des grandes brasseries industrielles de grande consommation. En surfant sur la mode du local et de l’ancrage territorial, ce type de brasseries augmente considérablement au début du XXI siècle. Ainsi, si dans les années 1980, il ne restait ainsi qu’une trentaine de brasseries en France métropolitaine, on en dénombre une centaine à la fin des années 2000, 600 en 2014 et environ 800 en 2016. Un phénomène qui n’échappe pas à la Touraine, qui voit naître plusieurs initiatives, souvent issues de passionnés.

La Loirette, Turone et autres Loère et Thélémite : les pionnières du genre

C’est en 2003 que la première brasserie artisanale s’installe en Touraine, plus précisément à Céré-la-Ronde. Créée par deux frêres, Stéphane et Ludovic Hardouin, la Brasserie de la Pigeonnelle  va en quelques années se faire connaître grâce à sa bière blonde : la Loirette en référence évidemment au fleuve royal. Une bière qui marque l’ancrage territorial du renouveau des brasseurs. A la brasserie de la Pigeonnelle, on s’inscrit dans une démarche locale mais aussi bio, les bières de La Pigeonnelle étant toutes labellisées ainsi depuis 2008. En plus de la Loirette, la brasserie propose une gamme de quatre autres bières (La Salamandre, La Bière du Chameau, la PigeoNoël et la dernière, la Bière Nache) disponibles notamment chez les restaurateurs tourangeaux mais aussi parisiens où la brasserie de la Pigeonnelle est bien implantée.

Une démarche que l’on retrouve également chez la Loère, une autre bière locale et bio, née en 2011 sous l’égide du restaurateur tourangeau Christophe Germain (Le Baccarat, Le Clos…) et reprise depuis 2013 par Cyril Langlois.

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Ne possédant pas de brasserie, Cyril Langlois brasse d’ailleurs sa Loère dans les locaux de la brasserie de la Pigeonnelle et les deux entreprises poursuivent leur collaboration également sur le terrain. Sur les stands de la Loère présents dans de nombreux événements culturels de la région, Cyril Langlois vend aussi bien de sa Loère que de la Loirette. Une présence sur le terrain indispensable pour cette bière légère et naturelle que l’on peut retrouver par ailleurs dans certains restaurants, dans des épiceries fines, mais plus difficilement dans les bars en raison des « contrats-brasseries » nous expliquait-t-il.

Au sujet de la Loère relire notre interview de Cyril Langlois réalisée en 2014 : Loire jusqu’à plus soif !

Une présence sur le terrain c’est aussi ce qui caractérise la brasserie de l’Aurore qui produit la Turone (et sa déclinaison la Tourangelle pour la grande distribution) que l’on retrouve chaque année sur le festival Terres du Son par exemple. Une bière au fort ancrage local également, vous l’aurez compris, créée par Emmanuel Alfaïa en 2008. Brassées dans l’ancienne gare de Cormery, la Turone et la Tourangelle se déclinent en blondes / blanches / brunes et ambrées (ainsi qu’en une bière de Noël) et sont par moment victimes de leur succès, ce qui promet un beau développement à venir pour la brasserie de l’Aurore.

L’affirmation d’une forte identité propre est également une caractéristique de ces bières locales. Cela passe par des noms parlants (territorialement ou non) mais aussi par des identités graphiques soignées. C’est le cas notamment de la Thélémite de la Ferme Brassicole François Rabelais qui pousse l’artisanat dès le concassage des céréales qu’il fait lui-même et dont le logo sur les étiquettes a été réalisé par des dessinateurs de l’Atelier Pop à Tours.

Les « craft-beers » : un phénomène jeune et branché

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Une identité graphique et nominative forte c’est aussi une des caractéristiques des micro-brasseries issues du mouvement « Craft beer », une tendance venue des Etats-Unis. En 2016, trois brasseries issues de ce mouvement sont nées en Touraine : la CTB (Compagnie Tourangelle de Bière), La P’tite Maiz et la MBT (Micro Brasserie de Tours).

Un petit rappel sur le mouvement Craft Beer :

Qu’est-ce qui différencie une bière artisanale d’une craft ? Si le terme « craft » traduit littéralement, signifie bien artisanal, c’est l’état d’esprit qu’il y a autour qui différencie cette tendance comprend-on dans nos recherches.

Lié à l’essor des micros-brasseries, la tendance « Craft » est assez adepte du DIY (Do it Yourself). Du choix des matières premières à la réalisation de la bière, en passant par le packaging et le design, jusqu’à la distribution via des « Beers Shops », la mouvance « Craft » s’inscrit dans l’ère du temps, celle d’un produit cool, branché en jouant sur les usages des générations Y et suivantes.

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En Touraine, ces trois micro-brasseries ont d’ailleurs un développement rapide, à l’image de La P’tite Maiz qui vient d’inaugurer son local à Tours Nord, dans le cadre du festival de La P’tite Maiz qu’ils organisent tous les ans et qui a réuni plusieurs centaines de personnes autour de la bière et de la musique. Un local qui va leur permettre de brasser 2000 litres par semaine grâce aux investissements faits.

Un local, Brice de la MBT en a un également depuis quelques mois à La Riche, pour brasser ses Golden Ale, ses Bitter Juice, ses bières du Vieux Murier (spécialement brassée pour le café éponyme place Plumereau) ou encore la Mousse à la Plage, bière qu’il avait spécialement concoctée pour Tours-sur-Plage cet été. C’est l’une des spécificités de ce mouvement « Craft Beer » : l’envie de tester, d’inventer des recettes et de se renouveler sans cesse est fortement présente.

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Autre particularité, l’entraide qui existe au sein du mouvement « Craft Beer » et l’envie de faire des collaborations pour élaborer des recettes communes que ce soit en France, à l’étranger mais aussi en local. Du côté de La P’tite Maiz, après avoir été brasser chez d’autres brasseurs en attendant leur local, ils comptent à leur tour aujourd’hui ouvrir leur local à d’autres brasseurs, à commencer pourquoi pas par leurs homologues de Touraine de la CTB.

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