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La Touraine, l’autre pays de la bière.

La Touraine, terre de vins c’est une évidence, mais la Touraine est aussi une terres de brasseurs. On dénombre en effet une petite dizaine de brasseries artisanales installées sur le territoire.

Si jusqu’en 1970, Tours avait sa brasserie industrielle, la brasserie Webel Saint-Eloi située au bout du boulevard Béranger., il faudra attendre le début des années 2000 pour voir le retour de brasseurs en Touraine.

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La mode est alors à l’essor des brasseries artisanales qui font un retour après plusieurs décennies de monopole des grandes brasseries industrielles de grande consommation. En surfant sur la mode du local et de l’ancrage territorial, ce type de brasseries augmente considérablement au début du XXI siècle. Un phénomène amplifié depuis par l’essor des brasseries issues du mouvement « craft-beers ». Ainsi, si dans les années 1980, il ne restait ainsi qu’une trentaine de brasseries en France métropolitaine, on en dénombre une centaine à la fin des années 2000, 600 en 2014, 800 en 2016 et près de 1600 aujourd’hui. Un phénomène qui n’échappe pas à la Touraine, qui voit naître plusieurs initiatives, souvent issues de passionnés.

La Loirette, Turone et autres Loère : les pionnières du genre

C’est en 2003 que la première brasserie artisanale s’installe en Touraine, plus précisément à Céré-la-Ronde. Créée par deux frêres, Stéphane et Ludovic Hardouin, la Brasserie de la Pigeonnelle  va en quelques années se faire connaître grâce à sa bière blonde : la Loirette en référence évidemment au fleuve royal. Une bière qui marque l’ancrage territorial du renouveau des brasseurs. A la brasserie de la Pigeonnelle, on s’inscrit dans une démarche locale, comme en témoigne l’installation d’une houblonnière depuis deux ans sur les terrains de la brasserie, mais aussi bio, avec un label obtenu dès 2008 pour les bières de La Pigeonnelle.

La démarche locale, on l’a retrouve également chez la Loère, une bière née en 2011 sous l’égide du restaurateur tourangeau Christophe Germain (Le Baccarat, Le Clos…) et reprise depuis 2013 par Cyril Langlois. Ne possédant pas de brasserie, ce dernier brasse d’ailleurs sa Loère dans les locaux de la brasserie de la Pigeonnelle. Une bonne entente qui se poursuit sur le terrain. Sur les stands de la Loère présents dans de nombreux événements culturels de la région, Cyril Langlois vend en effet aussi bien de sa Loère que de la Loirette.

CSC_5034Une présence sur le terrain c’est aussi ce qui caractérise la brasserie de l’Aurore, créée par Emmanuel Alfaïa en 2008 et qui produit la Turone (et sa déclinaison la Tourangelle) que l’on retrouve chaque année sur le festival Terres du Son ou sur d’autres événements locaux. « On a la chance d’avoir des organisateurs d’événements qui font attention aux producteurs locaux et les intègrent » explique Christelle Alfaïa, co-gérante de la brasserie de l’Aurore.

Brassées jusqu’à présent dans l’ancienne gare de Cormery, la Turone et la Tourangelle se déclinent en blondes / blanches / brunes et ambrées (ainsi qu’une bière de Noël) et sont par moment victimes de leur succès. Pour remédier à cela, La brasserie de l’Aurore vient de faire construire de nouveaux locaux sur Tauxigny dans la zone du Node Park. Un bâtiment neuf de 900 m² qui va permettre de passer la capacité de production de 750 hectolitres à 2000 hectolitres par an. « On a commencé à installer les machines, on va pouvoir bientôt y faire nos productions » raconte Christelle Alfaïa. Une première étape avant la seconde qui consistera à y accueillir du public avec un espace boutique et dégustation.

Le contact direct avec le client est souvent privilégié pour la commercialisation. Une tendance que l’on retrouve chez tous les brasseurs locaux. Une façon de s’inscrire dans une démarche de territorialisation et de proximité, en s’affranchissant des réseaux de distribution habituels. Une façon également d’affirmer une identité propre pour chaque brasserie.

Les « craft-beers » : un phénomène jeune et branché

L’affirmation de cette identité est une caractéristique de ces bières locales. Cela passe par des noms parlants (territorialement ou non) mais aussi par des identités graphiques soignées. C’est aussi une des caractéristiques des micro-brasseries issues du mouvement « Craft beer », une tendance venue des Etats-Unis et des pays anglo-saxons. En 2016, plusieurs brasseries issues de ce mouvement sont nées en Touraine comme La P’tite Maiz’ et la Micro Brasserie de Touraine.

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Et ces nouvelles brasseries ont connu un développement rapide, à l’image de La P’tite Maiz’  implantée depuis deux ans à Tours Nord. Dans leur local, Quentin Besnard et Christophe Le Gall, les deux fondateurs de la brasserie peuvent produire 900 hectolitres à l’année. Une fois par semaine, c’est Quentin qui se colle à la production, tandis que Christophe assure la commercialisation. Des locaux, que les deux associés ouvrent également à d’autres brasseurs pour des « collabs » c’est à dire des recettes créées spécifiquement et conjointement entre plusieurs brasseurs.

« Quand je crée des bières j’ai l’âme d’un cuisinier » Brice Lamblin

Au sein de la MBT, Brice Gamblin assure tout lui-même dans son local à La Riche. Ici, le Tourangeau peut produire au maximum 320 hectolitres à l’année, ce qui lui suffit. « Je ne veux pas forcément faire du volume » explique Brice. Pour autant ses 5 cuves sont quasiment tout le temps pleines et Brice brasse une fois par semaine par rotation de ses cuves. « Il me faut en moyenne 4  à 5 semaines pour faire une bière, du coup quand je vide une cuve je refais un brassin et ainsi de suite. » Le créneau de Brice, à l’instar de ce qu’est le mouvement « craft-beers » c’est surtout la création et l’élaboration de nouvelles recettes. « Il y a une analogie avec la cuisine, je continue de créer des recettes.» raconte celui qui a une vie professionnelle passée dans la restauration.

La restauration, un domaine pas éloigné de sa vie d’aujourd’hui, « j’essaye d’être dans la dégustation et la gastronomie. J’aime bien l’idée de faire venir des bières au restaurant, de travailler avec les restaurateurs. » Pas étonnant dès lors de retrouver les bières de la MBT à la carte de nombreux restaurants de Touraine comme La Roche Le Roy, l’Escapade, le château d’Artigny ou encore les Pierres Fondues, rue Colbert pour qui Brice a réalisé une bière spéciale.

« L’originalité de la MBT c’est de proposer des recettes personnalisées », c’est à dire des bières faites sur-mesure pour un client spécifique, comme Les Pierres Fondues donc, mais aussi la Guinguette de Tours avec la bière « La Simone », le bar « Le Vieux Murier » et sa bière éponyme ou encore une bière à la tomate pour le domaine de la Bourdaisière à Montlouis-sur-Loire…

Une façon de développer son économie tout en satisfaisant l’envie de tester, d’inventer des recettes et de se renouveler sans cesse. Une caractéristique propre au mouvement « craft-beers » dont  La P’tite Maiz’ comme la MBT sont de précieux ambassadeurs en Touraine mais aussi au-delà. Pour la MBT, c’est un tiers du chiffre d’affaires est réalisé sur Angers où la brasserie tourangelle est bien installée. Du côté de La P’tite Maiz’, les bières sont bien positionnées sur Paris, dans des bars, restaurants ou cavistes et boutiques spécialisées.

Des bières qui séduisent un public de plus en plus large, un signe du renouveau des attentes des consommateurs.  « Le public est de plus en plus friand de produits plus raffinés, de diversité et de changement » note Christelle Alfaïa. Un signe également du changement de paradigme autour de ce breuvage populaire, qui gagne peu à peu, grâce notamment à ces différentes initiatives locales, ses lettres de noblesse.

Un article publié dans 37°Mag #3, le magazine papier-connecté de 37° – numéro Automne 2019

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