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La Cité de la Gastronomie (provisoirement) sans tête

L’association présidée par Emmanuel Hervé qui gère le label « Tours, Cité Internationale de la Gastronomie » sera dissoute au 31 janvier 2019. Un nouveau projet autour du label devrait voir le jour au premier trimestre 2019. Un nouveau bouleversement pour ce label obtenu en 2013 qui devait faire rayonner la ville de Tours et qui peine depuis à trouver sa place.

C’est en fin de conseil municipal, au bout de plus de 7h de débat que le sujet a été abordé au détour d’une délibération sur les subventions de la ville. C’est l’élu centriste Pierre Commandeur qui s’est interrogé sur la présence de 29 000 euros fléchés pour la Cité de la Gastronomie, « sachant que celle-ci a annoncé sa dissolution au 31 janvier prochain ».

« L’association n’avait pas demandé de subventions pour l’année 2018, au regard des événements qu’elle a porté, elle a fait une demande tardive et ces 29 000 euros sont pour ses activités de l’année 2018 » a répondu Jérôme Tebaldi, l’adjoint délégué au rayonnement.

Et ce dernier d’expliquer qu’après près de 4 années d’action, l’association (« qui est un partenaire du projet et non sa globalité » a-t-il précisé) a en accord avec les collectivités décidé de se dissoudre. Interrogé par nos soins en fin de Conseil Municipal, Jérôme Tebaldi de préciser que les choses se font en douceur et qu’un nouveau projet va prendre la suite. Un projet porté par la ville de Tours et la Région nous explique-t-il et dont les contours restent à préciser. « Vous en saurez plus rapidement » assure l’élu.

Reste la question de la transition entre les deux structures et celle des deux employées de l’actuelle association. « Elles ont été reçus en entretien poursuit l’élu et il leur sera proposé de poursuivre leur activité si elles le souhaitent. »

C’est en tout cas un nouveau rebondissement pour la jeune Cité de la Gastronomie qui peine à trouver une ligne directrice. Depuis sa labellisation en 2013, le projet de Tours a connu en effet plusieurs péripéties. Piloté par l’ancienne Municipalité et par Jean Germain en personne, le projet original a d’abord été conçu autour d’un nouveau bâtiment « totem » qui devait être construit sur les bords de Loire, à proximité de la faculté des Tanneurs. Un bâtiment qui aurait été relié à l’île Simon par une passerelle piétonne. L’île étant alors repensée autour de ce projet ambitieux, estimé à 35 millions d’euros

Elu en 2014, Serge Babary décide de se donner le temps de la réflexion pour repenser le projet à moindre coût. Un nouveau projet est alors confié à une nouvelle association créée en mars 2015. C’est cette association qui porte jusqu’au 31 janvier prochain le projet, pour le compte de la ville de Tours, seule détentrice du label en question.

Une association qui n’a pas su convaincre

Sur le papier l’histoire était entendue, l’association « Tours, Cité Internationale de la Gastronomie en Val de Loire » devait porter le label sur le plan culturel et touristique. Labellisée sur un thème précis,  « la gastronomie, un art de vivre à la française », Tours, contrairement aux autres cités, s’affranchissait alors d’un projet autour d’un lieu totem pour développer « du contenu plus que du contenant ». Dans les faits, le projet tourangeau se concentre dès lors sur quatre domaines : la formation et la recherche, la culture et le tourisme, les liens avec les producteurs locaux et les produits du terroir, et enfin l’éducation à la santé et au bien-être, mais peine à être visible et lisible à l’extérieur de son propre milieu.

Et même si tout est loin d’être négatif, l’association ayant réussi à être fédératrice en regroupant notamment 150 acteurs du territoire autour du projet, elle a au fur et à mesure cristallisé les mécontentements face à ses choix jugés peu porteurs mais aussi une communication parfois hasardeuse. Un point de non retour avait même semblé être atteint avec l’organisation du festival « Tours et ses Franco-Gourmandes » qui n’avait pas su séduire au point de voir sa deuxième édition annulée.

« La Cité de la Gastronomie, chez nous, ça ne marche pas. Et quand ça ne marche pas il faut changer. »  Philippe Briand

Ainsi, si en 4 ans, le projet a bel et bien avancé, il a peiné à convaincre et notamment les collectivités, principaux financeurs de l’association et du projet (en 2017, sur un budget global de l’association de 500 000 euros, la moitié venait des collectivités). « Je suis un peu dubitatif sur la manière de faire sur certaines choses » commentait ainsi Christophe Bouchet le maire de Tours dans nos colonnes en avril dernier. Une interrogation qu’avait renouvelé Philippe Briand en cet automne à travers une interview dans notre magazine papier. Le président de la Métropole déclarait ainsi : « La Cité de la Gastronomie, chez nous, ça ne marche pas. Et quand ça ne marche pas il faut changer. »

La partie événementielle de la Cité de la Gastronomie transférée à Tours Evénements. La gestion de la Villa Rabelais à l’IEHCA.

C’est toute l’organisation de la Cité de la Gastronomie qui va ainsi être revue. « Il nous parait aujourd’hui logique et naturel que la partie événementielle de la Cité de la Gastronomie passe à Tours Evénements qui est le bras séculier de la ville dans ce domaine et qui a une expertise que ne peut avoir une association thématique qui n’est pas équipée pour cela » expliquait encore Christophe Bouchet lors de notre précédent article sur le sujet.

Un transfert de compétences qui devrait s’accompagner d’un second : le passage de la gestion du volet académique (le plus important) du projet de Tours Cité de la Gastronomie à l’IEHCA (Institut Européen d’Histoire et des Cultures de l’Alimentation) avec l’animation et la gestion de la Villa Rabelais. « On réfléchit à trouver une solution avec l’IEHCA à ce propos » commente l’adjoint au rayonnement qui assure qu’au cours du premier trimestre 2019, le nouveau projet sera sur les rails. Reste à savoir s’il permettra à « Tours, Cité Internationale de la Gastronomie » de prendre son envol pour de bon.

NDLR : Nous avons tenté de joindre la communication de l’association « Tours, Cité Internationale de la Gastronomie en Val de Loire » sans réussite.

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