ChroniquesChroniques-Société

[HistLoire] L’évolution de Tours au XIXe siècle

HistLoire, c’est une nouvelle chronique régulière sur 37° où nous vous proposerons un petit focus sur un pan d’histoire tourangelle. Ce mois-ci, découvrez l’évolution de Tours au XIXe siècle.

Au début du XIXe siècle, Tours est une ville encore close par son enceinte du XVIIe siècle. Celle-ci de taille assez modeste s’étend sur l’axe Nord-Sud, de la Loire jusqu’aux actuels boulevards Heurteloup et Béranger et sur l’axe Est-Ouest de La Riche à Saint-Pierre des Corps.

Pourtant bien qu’enserrée dans ces fortifications, la ville de Tours ne déborde pas encore, toute la partie Sud-Est n’étant pas urbanisée. Hors les remparts, les communes voisines restent également essentiellement rurales, les varennes dominant encore le paysage.

Tours plan walvein mi 19eTours en 1839

Un siècle plus tard, Tours s’est étendue jusqu’au Cher et l’urbanisation a dompté une grande partie des varennes. Une telle évolution est le résultat d’une conjoncture de plusieurs éléments dont le principal est l’arrivée du chemin de fer au milieu du XIXe siècle.

L’arrivée du chemin de fer et l’annexion de Saint-Etienne-Extra : 

L’arrivée du chemin de fer à Tours, va en effet bouleverser une ville alors encore tournée vers la Loire et la batellerie. La construction d’une gare, l’Embarcadère en 1845 entraine un besoin de nouveaux territoires. En effet, congestionnée dans ses remparts, la ville de Tours a besoin d’espace pour accueillir les infrastructures ferroviaires. Ces territoires, elle va les trouver en annexant la commune limitrophe de Saint-Etienne-Extra. Cette annexion est prononcée par décret le 14 juin 1845. La commune de Saint-Etienne-Extra se situait au sud de Tours et possédait une superficie vaste mais peu occupée avec seulement 1200 habitants en 1836 (source). Le territoire encore rural de cette commune répondait parfaitement aux besoins de la ville de Tours qui grâce à cette annexion agrandit spectaculairement sa superficie tout en bénéficiant de terres vierges disponibles. (NB : Ce processus se reproduira au XXe siècle au nord de la Loire avec les annexions de Sainte-Radegonde et Saint-Symphorien).

limites saint etienneEn vert, les limites de la commune de Saint-Etienne-Extra

avant son annexion par Tours (limites noires)

Le chemin de fer contribue par ailleurs à transformer l’économie locale, Tours devenant en quelques années un centre ferroviaire important pour le grand ouest de la France. Les ateliers et dépôts liés au chemin de fer s’installent alors au Sud-Est de la ville le long des voies ferrées situées sur les anciennes varennes de la commune de Saint-Etienne-Extra. Ceci contribue à un accroissement de l’urbanisation qui répond aux besoins d’une population de plus en plus nombreuse : 30 000 habitants en 1840, 60 000 en 1891 (source).

Cette annexion permet, dans la deuxième partie du XIXe siècle, de favoriser et contrôler l’urbanisation via un plan d’alignement et d’assainissement de l’espace public. La mairie va alors encadrer la création de nouveaux quartiers conquis sur les terres agricoles. Le plus emblématique de ces quartiers créés au XIXe siècle étant le quartier des Prébendes. Ce dernier, situé au sud-ouest de la ville, à l’écart des nuisances ferroviaires, va attirer une population bourgeoise, grâce notamment aux habitations appelées les « particuliers tourangeaux » qui furent prisés par la petite et moyenne bourgeoisie.

Au Sud-Est, l’essor de nouveaux quartiers va être lié à une nouvelle délimitation communale.

Nouvelles délimitations à l’Est : le rôle du Canal : 

Depuis 1828, année de sa mise en service, le canal de jonction du Cher à la Loire, a créé une frontière autant physique que symbolique entre les territoires situées de part et d’autre. La création de ce canal, à l’Est de la ville de Tours a notamment coupé Saint-Pierre des Corps et Saint-Avertin d’une partie de leurs terres situées à l’Ouest du canal.

plan etat major toursLes limites communales avant 1845

Afin de répondre aux besoins de Tours et malgré les réticences des communes voisines, la loi du 5 mai 1855 sur l’organisation municipale, va modifier les délimitations communales. Les terres situées à l’ouest du Canal reviennent alors à Tours, celles à l’est aux autres communes. A noter qu’à l’époque, Saint-Pierre-des-Corps est encore une commune maraichère et peu peuplée. On ne dénombre qu’environ 400 maisons en 1881 dont la moitié se situe aux abords du canal. Hors-mis au niveau de son débouché dans la Loire, les environs du canal n’étaient pas urbanisés, ce qui a facilité le choix de ces nouvelles délimitations. C’est ainsi la présence du canal qui a contribué à fixer la limite rectiligne que nous connaissons entre Tours et Saint-Pierre des Corps.

2012-10-29 13.58.10Tours vers 1830. Au loin, sur l’axe nord-sud (gauche-droite sur l’image),

on entrevoit le canal avec la rangée d’arbres qui le borde.

On aperçoit qu’en dehors de Tours intra-muros,

les terres qui l’entoure sont encore vides.

Cette loi modifie également les limites méridionales de Tours qui vont dorénavant correspondre aux berges du Cher, les terres au sud de la rivière revenant alors à Saint-Avertin et Joué-lès-Tours.

L’urbanisation des varennes : La naissance du quartier La Fuye

L’acquisition de ces nouvelles terres va permettre l’émergence du quartier de la Fuye. Ce quartier, par sa proximité des installations ferroviaires, va se développer parallèlement à l’essor du chemin de fer, accueillant notamment une population cheminote nombreuse. On voit sur le plan ci-dessous du quartier La Fuye vers 1885, la faible occupation des sols au sud des anciens remparts ainsi qu’à Saint-Pierre des Corps. Signe du développement rapide du quartier, la voirie urbaine que nous connaissons actuellement prend néanmoins forme avec l’ébauche des rues Legras, Deslandes, de la Chaise (Jolivet)… La place Velpeau est aussi là tout comme la rue de la Fuye qui a été percée en 1863.

plan large

On retrouve ainsi dans cette nouvelle trame urbaine une dichotomie Ouest-Est assez marquée avec d’un côté le quartier des Prébendes de type bourgeois et de l’autre près des industries ferroviaires le quartier La Fuye, populaire et ouvrier.

L’importance des casernes militaires :

Un autre évènement qui va marquer le territoire communal est l’installation des casernes sur les anciennes varennes, après la défaite de la guerre franco-prussienne de 1870. Cette défaite entraina une restructuration complète des armées sous la IIIe République. Tours, place militaire importante depuis l’installation en 1858 dans l’ancien couvent des Minimes de l’Hôtel du Grand Commandement, siège du cinquième corps d’armée, va accueillir plusieurs casernes : les quartiers Rannes (1877) et Baraguey-d’Hilliers (1875) et la caserne Chauveau (1875). Ces installations viennent compléter les casernes Meunier, Marescot et Lassalle déjà présentes. Outre l’importance de ces infrastructures militaires qui marquent le territoire par leur emprise foncière (plus de vingt hectares pour la totalité des casernes), ces installations contribuent également à l’augmentation de la population de la ville. Au sortir de la première guerre mondiale, la ville de Tours comptera ainsi sept mille militaires, soit environ 10% de sa population.

Une nouvelle organisation : 

Avec ces extensions vers le sud et le déclin de la batellerie au XIXe, Tours tourne progressivement le dos à la Loire. On observe ainsi un déplacement du centre-ville qui se fixe sur l’ancienne limite méridionale de la ville fortifiée avec la présence des lieux de pouvoirs : Palais de Justice à partir de 1847, Hôtel de ville érigé à partir de 1896. Il est intéressant d’observer d’ailleurs que ces deux bâtiments, sont tournés vers le sud et non vers la Loire et le centre historique. Un symbole qui montre la nouvelle orientation donnée à la ville.

Mais même si l’urbanisation s’accentue au fil du siècle, elle ne se fait pas pour autant d’un bloc et au début du XXe siècle de nombreuses terres restent encore vides, notamment au sud du quartier des Prébendes et sur les bords de Cher. Néanmoins, Tours a amorcé un virage décisif dans son développement et affiche au début du XXe siècle, une trame urbaine proche de celle que nous connaissons aujourd’hui.

Tours en 1898

Print Friendly, PDF & Email