Des oiseaux au sol à cause de la canicule et aucun centre pour les soigner proche de Tours

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Pendant la vague de chaleur exceptionnelle qu’on a connue à la fin du mois de juin, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a vu affluer les appels. Le motif de ces appels était souvent identiques : des martinets et des hirondelles tombés des nids, mais problème : l’Indre-et-Loire ne dispose plus de centre de soins pour ces animaux sauvages.

Au bureau de la LPO Centre-Val de Loire, le téléphone n’a pas cessé de sonner. Au bout du fil, toujours les mêmes phrases : un martinet ramassé au sol, une hirondelle au pied d’un mur ou parfois un nid entier qui n’a pas résisté à la chaleur et qui s’est effondré au sol.

« On a un peu mis de côté tout ce qu’on était en train de faire pour gérer ces appels incessants », résume Manon Leduc, chargée d’études ornithologue à la LPO Centre-Val de Loire. Cette semaine, l’association a dû basculer dans une gestion de crise. Une situation inhabituelle d’autant plus qu’en Centre-Val de Loire, la LPO n’a pas vocation à soigner les oiseaux ne disposant pas des autorisations nécessaires pour être centre de soins.

Pourquoi les martinets tombent ?

Le phénomène vise quelques espèces en particulier qui sont plus victimes de cette chaleur. Les martinets noirs installent leurs nids sous nos toitures. Quand l’air affiche 40 à 45 degrés, il faut bien comprendre que sous nos toits le ressenti est supérieur. Pour ne pas souffrir de celle-ci, les jeunes encore incapables de prendre leurs envols décident de sauter dans le vide. À savoir qu’un martinet jeune ou adulte ne peut pas redécoller du sol en raison de sa morphologie qui ne le lui permet pas. Malheureusement, une fois à terre, il est condamné si personne ne le ramasse.

L’autre espèce impactée est les hirondelles de fenêtre. Pour réaliser leurs nids, elles utilisent de la boue séchée qu’elles accolent à nos façades. Si bien que la chaleur est renvoyée directement sur leurs habitations. Avec les fortes températures et la sécheresse, la boue devient friable et le nid finit par céder. On se retrouve alors avec des oisillons au sol et qui sont incapables de prendre leur envol.

Une vague « vraiment exceptionnelle »

Lors de l’été 2025, la LPO avait connu un épisode comparable. Néanmoins, la chaleur avait été moins intense et plus brève, les centres de soins avaient été engorgés d’un coup, mais ils étaient désengorgés tout aussi vite dès lors que les températures étaient redescendues. Fin juin 2026, la canicule a été violente et surtout prolongée, causant des alertes rouges sur quasi toute la France. Un épisode décrit comme inédit depuis les premiers relevés météorologiques. Les coups de téléphone pour des oiseaux en difficulté remontent autour du 19 juin, avant même le déclenchement de cette vigilance rouge.

Rapidement, les deux centres de soins les plus proches de Tours ont été saturés. Beauval Nature, dans le Loir-et-Cher, et celui de Châtellerault, dans la Vienne, ont fini par fermer leurs portes, notamment pour les martinets où la capacité maximale d’accueil avait été atteinte. Pour les autres espèces, des places étaient encore disponibles malgré le fonctionnement en flux tendu.

L’Indre-et-Loire en manque de centres de soins

Depuis la fermeture de « Sauve qui plume » à Chanceaux-sur-Choisille, en fin d’année 2025, l’Indre-et-Loire n’a plus de centre de soins pour la faune sauvage. Quand un oiseau est ramassé dans le département, il est donc envoyé vers Beauval Nature pour l’est, ou vers Châtellerault pour l’ouest.

Débordés, les centres ont appelé la LPO à la rescousse. L’association a alors monté un dispositif dans l’urgence. Un groupe de bénévoles formés, « SOS Martinets », a centralisé les appels et organisé le transit des oiseaux le temps que des places se libèrent. Pour éviter de se déplacer jusqu’aux deux centres éloignés de Tours, des vétérinaires partenaires répartis dans l’ensemble du département et signalés par une affiche recueillent les animaux en détresse. Des bénévoles « rapatrieurs » passent ensuite les récupérer pour les conduire jusqu’au centre de soins. Un relais qui s’appuie sur des bénévoles et des professionnels. Actuellement, aucun projet de réouverture d’un centre local n’est connu à ce jour.

La LPO, c’est quoi concrètement ?

Beaucoup imaginent que la LPO recueille et soigne directement les oiseaux. Ce n’est pas le cas en Centre-Val de Loire qui, faute d’autorisation, joue un simple rôle de relais. Elle oriente vers le centre le plus proche et donne les premiers conseils. Comme nous a confié Manon Leduc, soigner relève d’un autre métier, que la LPO Centre-Val de Loire ne revendique pas. Elle se concentre sur l’étude et la protection sur le terrain. Elle compte douze salariés et environ 350 bénévoles sur l’ensemble de la région. L’ensemble de ces personnels ne sont pas mobilisables dans la chaîne d’urgence enclenchée lors de la vague de chaleur.

Des difficultés à pouvoir suivre la cadence

Si une nouvelle vague de chaleur survenait vers le mois d’août, le pire serait sans doute évité. La nidification touchera à sa fin, et fin juillet, près de 90 % des jeunes martinets auront pris leur envol selon la Ligue de Protection des Oiseaux. Un facteur qui s’ajoute à celui de la disparition des cavités sur les bâtiments rénovés pour les espèces du bâti. Selon le baromètre de l’avifaune de la LPO, le nombre d’oiseaux a chuté d’environ 20 % en vingt-cinq ans en Indre-et-Loire.

« On ne peut pas sauver tous les oiseaux »

reconnaît Manon Leduc.

Il arrivera un moment où l’on ne pourra plus suivre du tout, ajoute-t-elle. Pour mieux tenir, la LPO dit avoir besoin d’une vraie permanence téléphonique et de bénévoles formés aux bons réflexes, capables de prendre le relais quand les centres de soins sont submergés.


Que faire si vous trouvez un oiseau au sol ?

  • Un oisillon tombé, le nid accessible ? Remettez-le simplement dans le nid. Pas besoin d’appeler qui que ce soit, les parents continueront de s’en occuper. Et non, l’odeur humaine ne les rendra pas orphelin. Inutile de mettre des gants, sauf pour un rapace (chouette ou hibou) dont les serres (les pattes griffues) peuvent vous blesser.
  • Un martinet ou une hirondelle non volant ? Récupérez-le, placez-le dans un carton troué (pour lui donner de l’air) et mettez-le dans une pièce fraîche.
  • Pour l’hydrater : déposez seulement quelques gouttes d’eau sur le bec. Ne jamais les forcer à boire. Chez les oiseaux, la trachée se situe à côté de l’œsophage et il y a un gros risque de noyade.
  • Ensuite : contactez la LPO ou un centre de soins qui vous indiquera la marche à suivre.
  • Pour ceux qui possèdent un jardin : disposez des points d’eau renouvelés chaque jour. Ajoutez quelques petites pierres pour éviter les noyades des insectes.

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