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[De Tours au Québec] L’impatience de Laurent avant de retraverser l’Atlantique

Après des reportages en Espagne et au Togo, 37 degrés traverse l’Atlantique direction le Canada, et plus précisément le Québec. De nombreux français font ce voyage chaque année, pour des vacances, des études voire pour la vie. Il faut dire que la province ne manque pas de charmes. Comme nous l’avons vu dans notre chronique Histloire, elle dispose également d’une forte histoire commune avec l’Indre-et-Loire, comprenant un jumelage Tours / Trois-Rivières plutôt atone mais que des passionnés aimeraient relancer. De nombreux français font par ailleurs le voyage chaque année, pour des vacances, des études voire pour la vie comme ce couple qui tient un couette-café à Québec ou Anne et Olivier, deux jeunes tourangeaux récemment débarqués dans la ville… Après un premier long séjour et un atterrissage par amour à Saint-Avertin, Laurent est lui prêt à redécoller. Voire même particulièrement impatient…

Il a un petit accent québécois facilement identifiable, pourtant Laurent Rigaudeau est né à Angers, de parents vendéens. La Vendée, il y a vécu la majeure partie de sa vie avant de faire « le grand saut » direction le Québec à 29 ans, en l’an 2001. « Je ne l’ai pas su tout de suite, mais je ne suis pas quelqu’un de sédentaire » nous dit ce jeune père d’un enfant de 3 ans, un petit Shayton à la chevelure blonde rebelle. Sa devise : « si vous voulez partir vivre quelque part, faites-le, plongez ! Et si ça ne le fait pas, revenez ! »

Quand il est parti au Québec, Laurent y a emmené son ex-femme, son ex belle-sœur et son ex beau-frère. Lui est resté 13 ans, le second couple à peine un an. Vendeur pour une entreprise de surgelés quand il résidait dans l’Ouest de l’hexagone, celui qui est actuellement établi sur les hauts de Saint-Avertin a trouvé le moyen de se faire embaucher en 15 jours : « j’ai été le premier des quatre à trouver du boulot. » Un poste dans une société française vendant des équipements pour faire de l’ombre dans les jardins avant de travailler pour la campagne d’un futur député et une compagnie d’assurance vie : « je me suis éclaté ! J’étais payé à 100% en commissions et j’ai découvert que l’on gagnait bien mieux qu’avec le salariat. J’étais un peu mon propre patron ce qui m’allait bien car j’ai horreur de la hiérarchie pyramidale. A la fin je gagnais mieux que certains directeurs. »

Un amoureux des sports automobiles fan de Lewis Hamilton

Cette expérience a tellement transformé Laurent Rigaudeau qu’il dit aujourd’hui être totalement imbibé par la mentalité nord-américaine : « je suis déconnecté » confie-t-il, avant d’enchaîner les critiques sur le modèle social et économique français, sa « culture du diplôme » ou ses journaux télévisés qui manquent de sujets positifs. « Dès que je suis arrivé là-bas, c’était chez moi. En règle générale les gens que je côtoyais ne jugeaient pas l’apparence. Si tu as envie de faire ça, fais-le. Si tu n’as pas envie, c’est correct pareil. Tout le monde a sa chance. » Résultat : « quand je suis revenu en France en 2014 j’avais le mal du pays. » Il note tout de même un point négatif central au Québec : « il y a beaucoup de souverainistes, des gens étroits, fermés. »

Le Québec vu du ciel

Installé dans la grande banlieue de Montréal, Laurent ne tarde pas à se faire des amis, et rend notamment hommage à Michel : « on est tout de suite devenus de bons chums. » Avec lui ou les autres, il monte à cheval, profite du ski, du golf… Et puis il fait son entrée dans le monde des sports automobiles :

« Je suis allé voir mon premier Grand Prix de Formule 1 en 2011 à Montréal. Je voyais les gars qui agitaient des drapeaux sur le circuit, et j’ai voulu faire la même chose dès 2012. J’ai commencé par les courses de voitures de tourisme avant la F1 où j’ai eu la chance de rencontrer le champion Lewis Hamilton. Pendant la parade avant la course j’ai couru vers lui pour lui faire signer ma casquette. Tout le monde le décrivait comme arrogant mais c’était tout le contraire, et il l’a signée. »

Pas convaincu par les 24h du Mans une fois en France, le néo-québécois qui a obtenu la nationalité dès 2006 (sa « plus grande fierté ») a donc hâte de reprendre son pied sur un circuit de F1.

L’amour en Touraine

En 2014, c’est la mort dans l’âme qu’il reprend l’avion pour la France, pour suivre sa femme qui ne supporte plus l’éloignement avec sa sœur jumelle. Un voyage qui entraîne vite la fin de son couple, « une séparation très conflictuelle. » Aujourd’hui Laurent Rigaudeau philosophe : « je devais rencontrer mon âme sœur ici », en l’occurrence la responsable d’un salon de beauté saint-avertinois qu’il a d’abord démarchée dans le cadre professionnel « un 13 novembre »…

« Je n’étais pas capable de sortir un mot, j’étais sous le charme. Quand je suis revenu à Saint-Avertin, je pensais lui faire signer un contrat. On a mangé ensemble et on a parlé que du Québec. »

Un échange de SMS et quelques sorties en commun plus tard, un nouveau couple est né, c’était en mai : « un mois plus tard j’avais les clés de sa maison (où il vit encore aujourd’hui, ndlr) et Shutton est né le 4 avril 2016. » Moins d’un an après le début de la relation ? « Je suis un rapide, je mords dans la vie » répond ce Tourangeau de circonstance qui veut en revanche attendre son retour au Québec pour faire un deuxième bébé.

Ce départ est imminent, sa nouvelle compagne étant sur le point de vendre son commerce. La maison ayant également trouvé preneur rapidement, les valises devraient être bouclées pour le mois de juillet. Destination : Bromont, à 45 minutes de Montréal, petite ville coup de cœur de Laurent. Là-bas, il envisage d’ouvrir des chambres d’hôte et de créer sa 3ème entreprise, sans doute dans le coaching (il a notamment eu une activité consistant à chercher des sponsors pour pilotes de course). « Mon rêve le plus fou, c’est de travailler pour une écurie de F1. M’occuper de la préparation mentale des pilotes ça me plairait, mais même nettoyer les voitures je serai content » confie un homme que l’air canadien a rendu plutôt philosophe : « je me suis rapproché de la culture bouddhiste et de la spiritualité amérindienne. Ce pays est l’eldorado du spiritualisme. Je préfère cette philosophie à la religion. » Ainsi, il dit désormais rêver plutôt d’un beau chalet en rondins de bois que d’un compte en banque bien rempli.


Un degré en plus :

Remerciements à l’association Touraine-Québec pour la mise en relation avec les différents témoins de notre série, et en particulier à Daniel Godefroy. Vous pouvez découvrir les activités de l’association créée en 1980 sur son site Internet www.touraine-quebec.fr. Notez qu’elle organise une soirée country à la salle des fêtes de Saint-Avertin le 7 juin en attendant un autre événement culturel en octobre puis ses 40 ans en 2020. Également active au moment de la Semaine de la Francophonie en mars, Touraine-Québec compte une grosse centaine d’adhérents.

Autre événement à signaler : diffusion du film documentaire québécois L’empreinte qui évoque les Amérindiens auxquels Laurent Rigaudeau fait référence dans cet article. Ce sera à la salle des fêtes de Mouzay ce vendredi 26 avril à 20h30, l’entrée est gratuite.

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