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[De Tours au Québec] Anne et Olivier : un jeune couple en immersion

Après des reportages en Espagne et au Togo, 37 degrés traverse l’Atlantique direction le Canada, et plus précisément le Québec. De nombreux français font ce voyage chaque année, pour des vacances, des études voire pour la vie. Il faut dire que la province ne manque pas de charmes. Comme nous l’avons vu dans notre chronique Histloire, elle dispose également d’une forte histoire commune avec l’Indre-et-Loire, comprenant un jumelage Tours / Trois-Rivières plutôt atone mais que des passionnés aimeraient relancer. De nombreux français font par ailleurs le voyage chaque année, pour des vacances, des études voire pour la vie comme ce couple qui tient un couette-café à Québec. Nous avons également rencontré Anne et Olivier, deux jeunes tourangeaux récemment débarqués dans la ville…

Dernier vendredi de mars à Québec, la nuit tombe doucement sur le quartier de Limoilou au nord de la rivière Saint-Charles. Essentiellement résidentielle, cette partie de la ville dispose néanmoins d’une grande avenue commerçante avec galerie d’art, charcuterie spécialisée dans la saucisse fumée, bar à soupes… et une radio qui a installé un barbecue devant son entrée dans le cadre d’un événement de financement. Non loin de là, j’accueille Anne et Olivier dans un café. Lui est originaire de Tours, elle vient d’Orléans, a fait ses études en Touraine et a quitté son travail pour suivre son compagnon de l’autre côté de l’Atlantique où il poursuit ses études. Tous deux ont la vingtaine et sont arrivés le 7 janvier avec quatre valises, le strict nécessaire : « on est là pour un an et demi au minimum, trois ans maximum. »

Ce qui les a amenés jusqu’à la capitale politique québécoise, c’est la formation d’Olivier : il a rejoint l’école du Chesnais, spécialisée dans la foresterie. Paysagiste en France, il désirait se perfectionner et se spécialiser. « Quitte à faire une école de foresterie, autant le faire dans un pays plein de forêts » s’amuse-t-il. « C’est fun comme formation, il n’y a pas l’équivalent en France. J’ai des cours en faune, en chasse, on nous apprend comment réagir face à un ours, ou à pêcher dans la glace. J’ai fait des cours de droit animalier (on ne chasse pas le caribou, ndlr), d’orientation à la boussole, d’abattage d’arbre, de reconnaissance de traces d’animaux dans la neige… Avec cette formation je pourrais devenir biologiste ce qui me plairait beaucoup. » Quand à savoir où il voudrait travailler plus tard, France ou Québec, cet amoureux des grands espaces n’en a aucune idée pour l’instant.

Un dossier de 80 pages pour prouver la solidité du couple

De son côté Anne travaillait dans le milieu de l’automobile en Touraine et fait pareil à Québec, dans la zone économique de Ste-Foy au sud-ouest de la ville. Titulaire d’une formation en marketing, communication et évènementiel elle a trouvé « un job d’agent web en trois semaines alors que je n’avais pas d’expérience » et après avoir envoyé une trentaine de CV. Un poste « bien payé » avec « des collaborateurs très gentils » mais certaines personnes qui refusent de lui parler lorsqu’elles identifient son accent français, nous dit-elle : « soit ça prend, soit ça ne prend pas. Au téléphone on m’a déjà demandé si j’étais sur une plateforme à l’étranger. »

Leur projet de départ, Anne et Olivier l’ont mûri dès le mois de mai 2018. Ont suivi plus de 6 mois de démarches pour obtenir l’autorisation de rester un an et demi sur place (le temps de la formation d’Olivier) plus un an et demi de visa post-diplôme, Anne n’a pu partir qu’après la transmission de nombreuses preuves et témoignages attestant de leur relation commune et durable entamée il y a deux ans et demi : « nous avons dû envoyer les billets d’avion de nos voyages, les documents de notre compte Netflix, des lettres de proches, des photos avec nos parents prouvant que j’avais assisté à des fêtes de famille et qu’on était au moins ensemble depuis un an… Même afficher que l’on est en couple sur Facebook ça compte. Au total ça donne un dossier de 80 pages, assez stressant à composer. Nous avons aussi dû fournir la preuve que nous disposions des fonds financiers pour subvenir à nos besoins pendant un an au Canada. »

Dompter l’hiver et ses tempêtes de neige

Cet obstacle dépassé, les jeunes amoureux ont dû s’organiser pour le climat québécois : « Noël tombait à point nommé juste avant notre départ. On a eu plein de grosses chaussettes. » Une fois sur place, ils ont rapidement trouvé un appartement meublé près de l’école d’Olivier et acheté une voiture. Et leurs parents leur envoient quelques affaires supplémentaires par colis.

Actifs et débrouillards, Anne et Olivier ont rapidement pris leurs marques. Le froid de l’hiver ? « Plus supportable que ce qu’on imaginait même si on a quelquefois été bloqué chez nous lors de tempêtes de neige. »

Les relations aux autres ? « Les jeunes sont curieux, hyper ouverts. Nous sommes les premiers français que certains voient. »

« Avec l’école j’ai rencontré pas mal de monde, dès que j’en ai l’occasion je sors avec des amis mais ici j’ai l’impression que les gens te font moins rentrer dans leur vie privée » complète Olivier qui a tout de même profité de suffisamment de soirées pour saluer la qualité des bars de la ville, de ses poutines (plat de fast food local par excellence) ou des bières artisanales québécoises. Avec Anne ils ont également bien apprécié le carnaval de Québec et ses traditions hivernales : le whiskey dans un shooter de glace et la tire à la neige, autrement dit une sucette à base de sirop d’érable que l’on verse sur la neige à l’état liquide avant de la laisser durcir autour d’un bâton… et de la manger (j’ai goûté et je valide).

Les petites galères d’Anne et d’Olivier pendant l’hiver québécois

« Les routes n’étaient pas forcément déneigées. Je roulais à 30 tout le temps et tout le monde me dépassait. »

« En allant en cours j’ai fait quelques chutes. Le plus compliqué ce sont les pluies verglaçantes, qui transforment la neige en glace. »

« On a la grosse pelle pour déneiger devant chez nous. Dès qu’il y a une tempête, tu dois sortir pour dégager le passage. »

« La voiture le matin il faut 20 minutes pour s’en occuper mais il existe du lave glace chauffant et c’est une belle découverte. »

« Parfois dans les parcs on s’enfonçait dans la neige jusqu’aux hanches. On a failli y perdre quelques chaussures. »

« Ici il y a un respect mutuel entre les gens, sans sexisme »

Au final, « Québec c’est une ville, mais pas trop grosse. On tombe vite dans des zones résidentielles et il y a une proximité importante avec la nature » estime le couple tourangeau qui attend l’été pour faire du tourisme en Gaspésie, dans le fjord du Saguenay ou à Montréal. Pour l’instant, il s’est juste offert quelques escapades comme une visite du parc de la Jacques Cartier.

Professionnellement, Anne et Olivier semblent plutôt épanouis : « au niveau du salaire, dès que tu trouves un emploi un peu qualifié tu as une paye bien supérieure aux niveaux français » se réjouit la jeune femme qui regarde tout de même d’autres offres pour changer de poste « même si tous les emplois ne sont pas ouverts aux Français ». Olivier est lui autorisé à travailler 25h par semaine en dehors des cours et cet été.

Même si certains produits sont plus chers au Québec – comme le linge de maison – la vie quotidienne des deux amoureux parait se dérouler sans accrocs. Il faut juste s’habituer à rajouter les taxes qui sont rarement affichées en magasin… et le pourboire au bar ou au restaurant, ce dernier étant ancré dans la culture locale : « ce qui fait vite monter la facture » témoigne le couple (l’usage veut qu’on rajoute 15% de l’addition pour le service). Des coutumes à adopter mais à écouter les voyageurs, les avantages semblent majoritaires par rapport aux inconvénients, dont un qui compte fort pour Anne : « en tant que femme, ça ne me dérange pas de me balader dans la rue. La notion de sexisme n’existe pas ici. Il y a un respect mutuel : tu prends un café tu tutoies la fille qui te sert et elle te tutoie. C’est bienveillant, il n’y a pas de jugement. »


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