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Coronavirus en Touraine : « Le supermarché c’est le pire des endroits, un vrai bouillon de culture ! »

 

« S’étonner que les plus indispensables soient souvent les plus mal payés » : cette phrase on l’entend à deux reprises dans le dernier billet de François Morel, sur France Inter. Il fait référence « aux livreurs, aux livreuses, aux éboueurs, aux éboueuses, aux caissières, aux caissiers… » Justement, depuis le début de la crise du coronavirus les personnes chargées de tenir les caisses des magasins encore ouverts sont en première ligne. En première ligne pour nous réapprovisionner, parce qu’il faut bien manger. Mais aussi face aux risques de contamination.

« En ce moment c’est légèrement anxiogène » : voici la première phrase d’un caissier que nous avons pu joindre la semaine dernière. Il travaille dans un supermarché de l’agglomération tourangelle et il veut raconter son quotidien. « On bosse comme d’habitude, il n’y a pas de changement. Chez nous il n’y a même pas de régulation à l’entrée du magasin. » Mise en place ailleurs, cette mesure permet d’éviter un trop grand nombre de clients en simultané. En son absence : difficile de respecter la distance d’1m entre chaque personne, surtout quand les allées qui séparent les rayons sont étroites.

« Je tiens le coup » poursuit notre témoin, qui n’hésite pas à faire part de son agacement :

« Les gens sont insouciants. Ils viennent faire les courses pour se balader. Quand je vois un monsieur qui vient avec son fils de 14 ans pour un paquet de cacahuètes je n’appelle pas ça une sortie pour des achats de première nécessité. On voit beaucoup de gens qui viennent tous les jours, ou avec leurs enfants. Ils ne comprennent pas que se déplacer en groupe c’est multiplier les risques pour le personnel et pour eux. Le supermarché c’est le pire des endroits, c’est un vrai bouillon de culture ! »

Pour protéger le personnel, les enseignes de la grande distribution ont – souvent – trouvé des solutions : vitres en plexiglass, gants, paiement par carte sans contact encouragé… Pas partout, une lectrice déplorant par exemple une certaine anarchie dans sa supérette près des Halles de Tours.

Néanmoins, presque à chaque fois, on voit des lignes au sol pour contraindre les clients à une certaine distance de sécurité au moment de payer. La règle c’est une personne à la fois sur le tapis, « certains respectent, d’autres pas » souligne notre témoin. Nous avons pu l’observer nous-mêmes en nous déplaçant dans un supermarché ce week-end : les gestes barrière ne sont pas encore unanimement maîtrisés. « Et quand on leur faire des remarques, ils nous répondent parfois : ‘Je suis assez grand je prends les risques que je veux’ sans penser au personnel ! Je suis caissier, je fais une journée de 8h et je vois 150-200 personnes. Si la première me contamine, je peux en contaminer beaucoup derrière ! » s’agace encore ce caissier que nous avons interrogé.

Le seul problème qui semble en partie réglé c’est celui de l’approvisionnement en produits de première nécessité : les pâtes et le papier toilette sont de retour dans les rayons. Pour éviter de voir les stocks réduits à peau de chagrin, certaines enseignes limitent les achats… 1 paquet maximum. Ce qui donne ce genre de pièce en 5 actes dans un supermarché de Tours :

1 – Un homme pose 3 paquets de farine sur le tapis de caisse

2 – La caissière lui fait remarquer que c’est maximum 1 paquet par personne

3 – L’homme remballe sa farine et sort 4 boîtes d’œufs

4 – La caissière lui fait remarquer que c’est maximum une boite par personnes

5 – Le client repart bougon

Face à de tels comportements, notre employé de grande surface reste incrédule : « J’ai vu des clients passer avec 6kg de nouilles ou 10kg de couscous. Et je sais que ce sont des personnes qui vivent seules. Problème : quand un produit vient à manquer, certaines personnes qui n’ont pas beaucoup de moyens et ne peuvent pas stocker se retrouvent obligées d’acheter des aliments plus chers. » Ça ne s’arrête pas là : « Toutes les heures on ferme nos caisses pour les désinfecter et se laver les mains : il y a des gens qui râlent ! On voit aussi des personnes qui viennent se faire rembourser un produit dès le lendemain de leur achat alors qu’elles on deux mois pour le faire. Oui qui achètent uniquement de l’alcool. Parfois on aimerait voir la police à la sortie pour qu’elle contrôle et verbalise certains clients. »

Avec le temps, ce caissier tourangeau décrit une ambiance de plus en plus pesante sur son lieu de travail : « On nous a explique que le droit de retrait n’était pas envisageable, qu’on pourrait être sanctionnés. Parmi les employés il y a une femme enceinte et des collègues qui vivent avec des personnes d’un certain âge : ils ont peur de ramener le virus à la maison ! On parle des décès de soignants mais parmi le personnel de l’alimentaire il y a aussi beaucoup de malades. »

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