Société

#COP21 Autopartage à Tours : Citiz cartes sur table.

Rencontre avec Maxime Guesnon, Monsieur Citiz «himself» pour faire un point exhaustif sur ce service proposé aux Tourangeaux.

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«Service de location de voitures de courte durée, réservables en quelques minutes et disponibles 24h sur 24 à différents endroits de la ville»

Allez, hop, en voiture :

37° : On va commencer par la traditionnelle dernière question d’une telle interview : quelles anecdotes vous ont le plus marquées depuis que vous gérez Citiz Tours ?

Maxime Guesnon : Plus que des anecdotes précises, ce qui me marque c’est ma relation avec les usagers, mes rencontres plus ou moins régulières avec ces Tourangeaux très variés. Plus négatif, il y a eu un usager qui a dégradé des véhicules du service, il y a eu pour plusieurs milliers d’euros de dégâts, j’ai dû aller au tribunal pour régler le problème, je m’en souviendrai toute ma vie.

37° : Quel est l’objet le plus surprenant que vous avez retrouvé oublié dans une voiture Citiz. Un chien, un chat… un enfant ?

Maxime Guesnon : Heu… une grosse glacière, mais sans rien à manger dedans ; ça reste assez classique.

37° : Pouvez-nous faire un point rapide sur le service Citiz de Tours ?

Maxime Guesnon : Nous avons sept stations avec chacune deux véhicules à disposition, avant c’était 8 stations et 16 véhicules, nous avons malheureusement dû fermer la station de l’Heure Tranquille, parce que l’Heure Tranquille… Heu c’est tranquille, quoi ! (rires). On a aujourd’hui environ 300 adhérents à Tours (soit un adhérent pour 465 habitants – ndlr) ce qui n’est pas mal, si on compare avec Bordeaux par exemple, il n’y a «que» 1000 adhérents (soit un adhérent pour 242 habitants – ndlr), alors que le service existe depuis 2001 là-bas et seulement depuis 2012 à Tours.

37° : Quand vous dites 300 adhérents, ce sont trois cents adhérents qui paient un abonnement mensuel et utilisent réellement le service ?

Maxime Guesnon : Oui, c’est ça, même si évidemment certains s’en servent beaucoup plus que d’autres. Parmi eux on a 28 sociétaires qui ont acheté une ou plusieurs part(s) sociale(s) de la Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) (la part est à 500 euros, réglable en plusieurs fois, elle donne droit à des réductions sur les locations et donne une voix à l’AG – ndlr). On va en avoir d’autres, mais c’est vrai qu’il faut souvent un temps de réflexion avant de passer d’abonné à sociétaire. C’est une démarche particulière.

37° : 300 adhérents à Tours… vous avez donc une grande marge de progression dans le nombre d’adhérents ?

Maxime Guesnon : D’un côté oui bien sûr, mais attention, toute la population tourangelle n’est pas concernée. On part du principe que si vous habitez/travaillez à plus d’un kilomètre d’une station, vous n’allez pas être intéressé par ce service qui doit rester à proximité de votre domicile ou de votre lieu de travail. On doit toucher actuellement environ 30 à 40 000 personnes vivant dans l’hypercentre. Ce qui est très important pour nous c’est qu’on est en solde positif, on gagne chaque mois plus d’abonnés qu’on en perd, un solde d’environ 7 ou 8 nouveaux abonnés net par mois. C’est une petite progression, mais une progression quand même, alors qu’on fait actuellement assez peu de publicité.

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37° : «Autopartage», malgré la définition du Larousse de 2011 qu’on voit sur votre site, ce n’est plus vraiment le terme approprié aujourd’hui ?

Maxime Guesnon : C’est vrai que le terme d’autopartage a plutôt tendance aujourd’hui à décrire les particuliers qui se prêtent leur voiture entre eux parce qu’ils ne s’en servent pas tout le temps. Avec Citiz on est entre ça et les systèmes de location classiques qui existent depuis très longtemps. L’avantage par rapport à un système entre particuliers c’est évidemment qu’il y a un service, avec une plateforme 24/24 en cas de problème et qu’on peut vraiment s’y prendre au dernier moment pour accéder à un véhicule, même à 23h ou à 4h du matin…

37° : C’est quoi, le profil type de l’utilisateur tourangeau de Citiz ? Un bobo ? Un militant écologiste ?

Maxime Guesnon : On a différents profils, c’est plus varié que ça. D’abord on a des personnes qui n’ont pas les moyens d’avoir un véhicule personnel et qui s’y retrouvent dans Citiz, même si ça reste encore un peu cher pour eux, par rapport aux transports en commun par exemple. Ensuite, on a des militants qui refusent par idéologie et/ou souci écologique de posséder leur propre voiture parce qu’ils trouvent ça inutile, contraignant, onéreux et donc idiot et complètement dépassé lorsqu’on fait tout en ville (vivre, travailler, faire ses courses, aller à l’école, sortir…) et qu’on a besoin d’une voiture une ou deux fois par mois (une étude récente a montré qu’en moyenne sur un an, on se sert de sa voiture personnelle environ 12 % du temps – ndlr). Ces militants ne constituent pas la majorité des abonnés, mais il y en a.

37° : Les gens qui n’ont pas les moyens, c’est un point très intéressant… Pensez-vous que cette catégorie d’usagers puisse devenir l’un des points de développement majeur de ce genre de service dans les années à venir ?

Maxime Guesnon : Peut-être, mais il faudrait baisser les coûts. Et envisager une gratuité de l’abonnement selon les revenus par exemple. Quand on est au smic et qu’on a besoin d’une voiture plus d’une fois par mois, ça peut vite être compliqué… La gratuité on y travaille pour la formule Liberté qui coûte actuellement 60 euros par an.

37° : En 2012 au moment du lancement, vous avez été beaucoup soutenus par Tours Plus. Est-ce toujours le cas ?

Maxime Guesnon : Oui, Tours Plus reste notre plus gros financeur public. L’aide est remise en question chaque année selon différents facteurs, dont nos résultats financiers. Par exemple l’année 2015 est en légère baisse par rapport à 2014.

37° : Comment expliquez-vous cette baisse et de manière plus générale, comment expliquez-vous que les Tourangeaux n’adoptent pas plus massivement ce service d’autopartage ?

Maxime Guesnon : La baisse du cours du pétrole et donc du coût de l’essence à la pompe peut retarder cette envie chez certaines personnes qui sont entre deux. Le stationnement aussi : même si le samedi, la ville de Tours est engorgée, ce n’est pas le cas en semaine, on peut toujours se garer, même si c’est difficile. Or, plus il est difficile de se garer dans une ville, plus les services d’autopartage, qui disposent de places réservées très bien situées en hypercentre, ont un intérêt. Et inversement. Et du coup, l’autopartage règle d’une certaine manière une petite partie des problèmes de stationnement. Evidemment pour l’instant l’autopartage ne concerne que les habitants ou travailleurs de l’hypercentre. Créer des stations en périphérie constitue toujours un gros pari, et donc un risque. Tout simplement parce que la fréquentation d’une station d’autopartage est très liée à la densité de population autour.

37° : Où pourrait-on imaginer de nouvelles stations dans Tours et dans l’agglo. J’imagine que vous êtes refroidi par l’échec de la station des Deux Lions ?

Maxime Guesnon : Oui, on réfléchit beaucoup avant de se lancer dans l’ouverture d’une nouvelle station car cela peut mettre en péril la rentabilité du service tout entier. Entretenir deux nouveaux véhicules, cela coûte cher. Par exemple une station à la gare de Saint-Pierre-des-Corps et une autre aux Prébendes pourraient être viables. La station de la Tranchée est un exemple intéressant : elle marche un peu moins bien que les six autres. Peut-être parce qu’on a un peu trop anticipé le développement de ce quartier qui est aujourd’hui clairement boosté par le tramway, où on construit beaucoup de nouveaux logements à portée de la station.

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37° : Au-delà du côté pratique et économique pour l’abonné, il y a un aspect écologique important. C’est aussi un geste pour l’environnement d’abandonner son véhicule personnel ?

Maxime Guesnon : Sur un plan politique à Tours aujourd’hui, Serge Babary ne semble pas se diriger vers une baisse de l’accueil des véhicules personnels. Quelqu’un qui vient faire ses courses en voiture peut acheter plus de choses que quelqu’un qui prend les transports en commun ou qui se déplace à pied. Le panier moyen des usagers des transports en commun est inférieur à celui des gens qui viennent en ville en voiture et les commerçants restent fixés sur ce chiffre. Or on assiste à de nouveaux modes de consommation en milieu urbain : le panier moyen baisse parce que les gens multiplient les visites dans les commerces, donc au total sur le mois, ils vont peut-être dépenser autant que celui qui ne vient que deux fois et «remplit son coffre». Quoi qu’il en soit, l’autopartage peut être une solution pour simplifier l’accès en centre ville et les déplacements d’un quartier de Tours à l’autre pour faire ses courses.

37° : Les transports en commun sont des concurrents de l’autopartage ?

Maxime Guesnon : Non au contraire, plus ils seront développés et moins ils seront chers, plus les gens seront tenter d’abandonner la voiture personnelle et l’autopartage sera là pour leur permettre d’effectuer des trajets particuliers que les transports en commun ne peuvent satisfaire (horaires, destinations non desservies, transport de charges lourdes, etc.)

 Un degré en plus :

> Pour vous donner une idée de ce qui vous en coûtera de l’utilisation du service, Citiz propose sur son site un simulateur de prix à personnaliser selon le trajet souhaité.

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