Aumôniers à l’hôpital : qui sont ces « visages familiers » des couloirs du CHU de Tours ?

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La suppression des quatre postes d’aumôniers salariés, décidée cette semaine par le CHU de Tours, provoque la colère et l’incompréhension du Diocèse. Mais au-delà de la polémique, qui sont-ils et quel rôle jouent-ils vraiment ?

Ils ne portent pas de blouse. Ils ne prescrivent rien. Pourtant, les aumôniers sont bien présents, dans les chambres, les couloirs et dans les unités de soins palliatifs. Au CHU de Tours ce sont, selon leurs propres mots, « des visages familiers » reconnus autant par les patients que par le personnel soignant.

Concrètement, leurs missions se déclinent en deux volets. 80% de leur temps relève du soutien spirituel : avec notamment de l’écoute, de l’accompagnement et de façon plus générale d’une présence auprès du malade dans l’épreuve qu’il traverse. Les 20% restants concernent le côté cultuel – célébrations, rites ou sacrements – une partie qui augmente ces dernières années.

Peu importe la religion, peu importe l’heure

C’est un aspect peu connu du grand public, mais les aumôniers n’interviennent pas uniquement auprès des patients catholiques. Ils sont présents pour tous – croyants ou athées – dès lors qu’une personne traverse une épreuve et a besoin d’une présence à ses côtés. La demande peut venir du patient lui-même, mais aussi de l’équipe soignante. 

Cette disponibilité repose sur un cadre légal souvent méconnu. La loi de séparation de l’Église et de l’État impose aux établissements publics de santé de garantir le libre exercice des cultes et des consciences. Au CHU de Tours, ce choix s’est traduit par des postes salariés, actuellement quatre (pour 2,5 Équivalents Temps Plein), garantissant une présence 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Une continuité que les bénévoles seuls, aussi engagés soient-ils, ne peuvent structurellement pas assurer.

Ce qui distingue aussi les aumôniers des autres personnels du domaine médical, c’est la durée de leurs rendez-vous. Là où une consultation médicale se compte en minutes, une visite d’aumônerie peut durer de 20 minutes à 3 heures. Autour de chaque aumônier, on retrouve également une équipe bénévole – environ 120 dans le département pour 19 aumôniers formés.

Selon Dominique Buzoni-Gatel, responsable de la pastorale de la santé au Diocèse de Tours, ce sont près de 40 000 visites qui ont été réalisées dans le département, dont 8 000 au seul CHU de Tours pour la période 2024-2025. Leur présence couvre aussi bien les grandes structures de l’agglomération – comme Trousseau, Bretonneau, la clinique Vinci – que les établissements plus ruraux comme le centre palliatif de Luynes, ou encore les hôpitaux de Loches et Chinon (voire Amboise, où les aumôniers ne sont pas salariés, mais reçoivent des subventions).

Une origine qui remonte à plusieurs siècles et qui ne se limite pas aux hôpitaux

Le terme d’aumônier tire son nom du grec eleemosyne qui signifie la pitié ou la charité. Il désignait le clerc chargé de la distribution des biens de l’Église aux personnes dans le besoin. Dès 1198, l’aumônerie est intégrée à l’hôpital. Jusqu’à la Révolution de 1789, les hôpitaux étaient tenus par l’Église avant de devenir des institutions civiles et laïques. 

La loi de 1905, qui sépare les Églises et l’État, pose le principe de la laïcité, mais prévoit des exceptions pour les lieux qui sont considérés comme « fermés » comme : les hôpitaux, les prisons ou l’armée. C’est pourquoi les aumôniers ne se limitent pas à une spécificité pour les établissements de santé. On les retrouve dans les établissements pénitentiaires, mais aussi dans les armées françaises. Dans ces différents contextes, la mission reste la même : être présent là où la vie est suspendue.

Dans un contexte où le CHU de Tours a décidé de ne pas renouveler les contrats des aumôniers salariés, le Diocèse de Tours explore plusieurs alternatives pour maintenir sa présence au coeur des établissements de l’agglomération : réduction du nombre de postes, prise en charge via des subventions, ou par du bénévolat. Ce qui frappe Dominique Buzoni-Gatel, c’est la disproportion de cette mesure : cela représente à peine 2 postes pour les 10 000 agents que compte le CHU de Tours. La question reste encore sans réponse, alors que la fin du premier contrat arrive au 1er juin.

Leurs présences ne concernent pas uniquement Tours. On les retrouve dans de nombreux CHU et hôpitaux publics ou privés français, avec des modalités variables selon les établissements : certains salariés, d’autres subventionnés ou même uniquement par le bénévolat.

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