Ce mardi 13 octobre, la section tourangelle de l’association Règles Elémentaires organise une table ronde sur la question de l’intégration de la santé menstruelle à l’école. Un sujet important alors que de plus en plus d’établissements mettent en place des distributeurs de protections hygiéniques gratuits (collèges, lycées, universités) et que la sécurité sociale rembourse, depuis le 1er octobre, certains produits réutilisables pour les personnes menstruées de moins de 26 ans. L’occasion d’échanger avec Emmanuelle Vedrenne, déléguée de Règles Elémentaires en Indre-et-Loire.
Les moins de 26 ans peuvent désormais bénéficier de produits remboursés par la sécurité sociale. Qu’en pensez-vous ?
A Règles Elémentaires nous saluons cette mesure attendue depuis quatre ans. Nous avons travaillé dur pour que, désormais, les protections périodiques réutilisables, les culottes menstruelles et les cups, puissent être prises en charge pour toutes les personnes menstruées de moins de 26 ans, ainsi que pour les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire. Elles peuvent se rendre en pharmacie pour demander deux produits par personne et par an, remboursés en grande partie par la sécurité sociale et complétés par les mutuelles.
Pourquoi est-ce une décision essentielle selon vous ?
En France, environ 4 millions de personnes sont victimes de précarité menstruelle, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas les moyens de s’équiper chaque mois. C’est donc un premier pas indispensable, même s’il ne suffit pas et qu’il faut aller plus loin. Nous serons très vigilants quant à la bonne mise en place de cette mesure.
Que signifierait « aller plus loin » ?
Permettre à toutes les personnes menstruées, sans condition d’âge, d’accéder à des produits périodiques gratuits. C’est aussi s’assurer que les produits mis à disposition soient de qualité et sans danger pour la santé ou l’environnement. Actuellement, bien que la mesure soit officiellement entrée en vigueur, la mise en pratique demande du temps : la plupart des pharmacies n’ont pas encore l’ensemble des stocks de protections disponibles.
Les produits sélectionnés sont-ils de bonne qualité ?
Nous avons poussé un cahier des charges très strict, et la plupart de nos recommandations ont été retenues. Les fabricants et fournisseurs habilités par la sécurité sociale distribuent des produits de qualité.
Est-ce que ces moyens de protection réutilisables gagnent du terrain pour l’ensemble de la société ?
Les cups c’est compliqué. Cela demande de la pédagogie pour expliquer comment les utiliser, et des points d’eau pour les nettoyer, ce qui rend ce produit moins populaire. A contrario la culotte menstruelle présente de nombreux avantages (praticité, écologie), ce qui fait qu’elle a davantage de succès, mais elle reste un produit cher. Pour les personnes en situation de précarité qui ont besoin de plusieurs exemplaires par cycle sans pouvoir les laver ou les sécher facilement, ça ne suffit pas. C’est pourquoi nous continuons de distribuer des protections jetables dans les supermarchés, destinées aux associations partenaires qui accompagnent les publics précaires.
Expliquez-nous ce qu’est la précarité menstruelle et quelles en sont les conséquences ?
C’est d’abord le fait de ne pas avoir assez d’argent pour acheter des protections périodiques en quantité suffisante. De nombreux témoignages nous montrent que des personnes doivent faire un choix chaque mois entre se nourrir et acheter des protections, ou renoncer à ces dernières pour nourrir leurs enfants. C’est aussi un manque d’accès à l’information fiable sur le sujet qui reste tabou. L’âge moyen des premières règles est de 12 ans et 2 mois, mais 20% des jeunes filles ont leurs règles entre 8 et 10 ans et peuvent ignorer ce que sont les protections, comment les utiliser ou combien de temps garder une serviette.
L’accès à ces informations et à la prévention est-il en amélioration dans les établissements scolaires ?
Oui, cela se généralise. C’est désormais gravé dans les programmes scolaires : une information doit être délivrée à tous les élèves à partir du CM2. Avec Règles Elémentaires, nous sommes agréés par l’éducation nationale dans le cadre des programmes Évras (Éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité). Notre rôle est aussi de former les relais éducatifs et les communautés éducatives (comme les CPE) afin qu’ils puissent intégrer cette thématique au sein de leurs établissements.
Comment réagissent les élèves lors de vos interventions ?
Nous intervenons toujours en mixité (auprès des filles et des garçons) pour que tout le monde comprenne de quoi l’on parle. Les garçons réalisent que les règles concernent leur entourage (mères, sœurs, amies) et qu’elles s’accompagnent souvent de douleurs ou de stress (peur des taches ou de la moquerie). Après quelques minutes de malaise initial, ce qui est tout à fait normal, les jeunes font preuve d’une grande maturité. Beaucoup expriment un réel soulagement d’en parler ouvertement et de dédramatiser la situation.
Crédit photo : Règles Elémentaires






