Politique

Tours : l’année Martinienne divise le Conseil Municipal

C’est devenu un sujet de tension latent entre l’opposition et la majorité municipale : l’année Martinienne et les montants dépensés pour elle, cristallisent les débats.

Depuis un an maintenant, la majorité municipale a fait du 1700e anniversaire de la naissance de Saint-Martin, l’évènement phare de l’année 2016. Outre le fait qu’elle souhaite profiter de celle-ci pour financer la rénovation de la basilique Saint-Martin, la majorité entend faire de cet évènement, l’élément clé de son rayonnement. Le programme présenté la semaine dernière lors de la pause de la bâche au sommet du dôme est en effet conséquent : Scénographies sur la cathédrale de Tours, évènements culturels ou touristiques lors de la Saint-Martin d’été puis d’hiver, création d’un chemin lumineux en ville sur les traces de Saint-Martin, etc…

Saint-Martin : un marqueur de la culture de droite ?

Nous le disions dans notre autre article consacré au Conseil Municipal, la politique est avant tout une question de choix arbitraires, la politique culturelle compris. Et s’il convient de rappeler que si la culture n’est ni de droite ni de gauche, certains éléments de celle-ci penchent parfois plus d’un côté que de l’autre. Rappelons également que la majorité actuelle de la ville de Tours est de droite et porte dans ses rangs des membres éminents de la droite catholique tourangelle. Rien d’étonnant une fois posés ces éléments de voir que cette majorité entend faire de l’année Martinienne un élément de rayonnement. Ainsi la majorité répond non seulement à une partie (importante ?) de ses électeurs mais pioche également dans sa propre culture issue d’une tradition chrétienne indéniable. Oui pour une partie de la majorité de droite de la ville de Tours, Saint-Martin est certainement un personnage illustre, peut-être le plus grand que la ville ait connu et peut donc légitimement prétendre à favoriser l’attractivité de la ville auprès de pèlerins et autres touristes.

Pour l’opposition de gauche en revanche, Saint-Martin devient synonyme d’indigestion. Et si l’idée de profiter de l’anniversaire du personnage pour faire financer la rénovation de la basilique était venue d’abord de l’ancien maire socialiste Jean Germain, ses anciens adjoints et amis politiques n’en peuvent aujourd’hui plus de celui dont la légende dit qu’il partagea la moitié de son manteau. Ainsi c’est toute l’opposition de gauche qui s’est agacée hier des montants alloués pour l’année martinienne dans le budget 2016, comme l’acquisition d’une statue de Saint-Martin pour 5000 euros ou encore le coût de la scénographie sur la cathédrale estimée à 350 000 (ndlr : pour une autorisation de programme pouvant aller jusqu’à 650 000 euros). Ainsi pour Pierre Commandeur du groupe Tours 2020 :  « plus de 500.000 € pour les animations de l’année martinienne, on dépasse l’acceptable. », tandis que chez EELV, Emmanuel Denis refusait « de signer un chèque en blanc pour un spectacle de 650 000 euros ». Des montants d’autant plus jugés inacceptables que pour le groupe Tours 2020 ils posent des problèmes de laïcité…

Pour Christophe Bouchet, l’adjoint au rayonnement en charge du dossier : « les investissements ne sont pas cultuels, mais d’abord touristiques. ». Et l’élu de mentionner en exemple les chemins de Saint-Jacques de Compostelle empruntés par de nombreux touristes qui le font sans connotation religieuse. Christophe Bouchet veut ainsi se saisir de cet évènement pour développer un pouvoir touristique à la ville de Tours : « Aujourd’hui le tourisme est une source de ressources à exploiter. Tours a tous les atouts pour le faire. Nous avons des chances en matière de tourisme que d’autres villes n’ont pas. Pour que les touristes passent du temps à Tours, il faut des animations et des lieux… ».

Une vision centrée sur cette culture patrimoniale et traditionnelle qui est ainsi un parti-pris de la droite tourangelle qui voit là un véritable levier touristique. Pour la gauche en revanche, l’argent dépensé aurait pu être utile à d’autres actions ou structures culturelles locales. Question de choix et de point de vue en fonction de ses propres cultures encore une fois. L’orientation choisie par la droite locale est en tout cas pleinement assumée : Saint-Martin n’a pas fini de s’afficher en ville.

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