Culture

« J’irai danser chez vous »

Vous connaissez certainement Antoine de Maximy, vous savez cet ancien reporter de guerre reconverti en globe trotter prêt à s’inviter à dormir chez tous les peuples du monde et rendu célèbre par son émission « j’irai dormir chez vous ». Mais vous connaissez certainement moins Marie-Aude Ravet alias Mihrimah Ghaziya. Découvrir l’univers de Marie–Aude, c’est plonger dans un périple de plus de 4 ans à travers 25 pays. Non pas pour essayer de dormir dans une famille du Pérou ou au presbytère du Mont Saint Michel, mais pour découvrir et apprendre toutes les danses des pays traversés en vivant chez l’habitant.

Mon petit doigt me disait qu’en allant rendre visite à Marie-Aude Ravet (de son état civil français) ou de Mihrimah Ghaziya (son nom de scène et de citoyenne du monde), je découvrirai une jeune femme pas comme les autres. Et c’est peu dire.

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Après des études en classe-prépa à Descartes et des études en langues, elle est happée par la passion et l’appel de la danse

Marie-Aude nous reçoit dans son petit studio du quartier Colbert. En entrant, on pourrait croire que cette femme de 32 ans vient juste d’emménager. Le seul mobilier qu’elle possède c’est une petite table basse, un tapis, un lit à même le sol et un miroir accroché au mur. « Il n’y a pas d’images sur mes murs, car les images que j’aime sont dans mes yeux et dans ma mémoire. J’habite ici depuis 10 mois ». Marie-Aude est danseuse orientale. Si ce terme peut paraître réducteur, il est à prendre ici au pied de la lettre. « C’est à mes 21 ans que j’ai eu cette vocation qui est née en moi, comme ça ». A l’époque, elle est en master en Allemagne. Après des études en classe-prépa à Descartes et des études en langues, Marie-Aude ou Mihrimah Ghaziya (comme vous voulez) aborde un doctorat en linguistique au CNRS. Elle claque la porte de la Recherche, happée par la passion et l’appel de la danse. C’est Outre Rhin, en Bavière, qu’elle commencera la danse du ventre. Depuis, elle ne s’est jamais arrêtée…

« Quand je suis allé apprendre la danse indienne, j’ai voulu vivre avec « les Intouchables » du Rajasthan »

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Après une dure épreuve de la vie qu’elle a connue en Allemagne, Marie-Aude a besoin d’espaces, de rencontres mais aussi et surtout de danse. Elle décide partir à la rencontre de peuples qui expriment leur art de vivre à travers cette discipline. Cette Française au sourire radieux et à la lumière dans les yeux est captivante tant le récit de son voyage est digne d’une épopée de grands aventuriers. « Dans beaucoup de pays, la danse fait partie de la vie des gens » raconte cette danseuse aux multiples visages. De ses 1228 jours hors de France, Marie-Aude est revenue avec la connaissance approfondie de sept danses aux rythmes et caractéristiques très différents. « J’enseigne aujourd’hui la danse balinaise, chinoise, géorgienne, mongole, indienne, japonaise et orientale ». Cette « polyglotte » des langues du corps, fille d’un général à la retraite, est étonnante. Le récit de son voyage est une quête de soi. Une rencontre avec les autres et leurs richesses de l’âme. « Quand je suis allée apprendre la danse indienne, j’ai voulu vivre avec « les Intouchables » du Rajasthan. Ce peuple est en marge de la société indienne fondée sur les castes. Le village où je vivais était derrière une colline, même pas relié à la route principale ». Marie-Aude a vécu dans une famille qui ne vivait que de la danse. « Il m’ont accepté parce que je les respecte et parce que je les aime ». Pour elle, le langage du corps et plus fort que la parole. « Quand on ne se comprenait pas, on se regardait, on imitait le mouvement de l’autre, notre corps était notre langue à nous ».

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On pourrait écouter Marie-Aude pendant des heures. Sa personnalité transcende, interpelle. Discuter avec cette danseuse aux multiples robes de danse faites sur mesure dans chaque pays qu’elle a traversé, est un remède aux déviances du monde moderne et au consumérisme. Pendant l’interview, Marie-Aude nous fait écouter les musiques et chants sur lesquelles elle danse. Chants mongols, musique balinaise ou du Rajasthan qui, à la première écoute, sont un voyage à l’oubli de ce qui nous entoure.

L’interview ne fut pas banale d’ailleurs. Vous vous souvenez, Marie-Aude nous a reçu dans un studio quasiment vide. C’est allongé sur son lit, stylo et calepin à la main que nous avons réalisé cette interview un thé noir dans l’autre main. Et quand on demande à Mihrimah, ce qui l’a marquée pendant ces 4 ans de périples autour du monde : « Le silence assourdissant des hauteurs de l’Himalaya. Galoper chevaux aux vents sur un petit cheval Alzan dans la steppe de Mongolie et tenir sur mes genoux la tête d’une femme indienne qui venait de perdre son enfant que les médecins avaient refusé de soigner car ils étaient intouchables… ». Le moment passé avec cette jeune femme ne peut laisser indifférent. C’est aussi ce qu’a pensé une société de production parisienne qui veut raconter l’histoire de cette passionnée de la danse et de la vie et la faire voyager de nouveau auprès de ceux qui ont croisé son chemin (voir le teaser vidéo).

Ah ! au fait, vous voulez savoir ce que signifie Mihrimah Ghaziya ? C’est un mélange de langue perse et de langue tzigane (des tziganes qui vivaient en Egypte) qui signifient « Envahisseur du Soleil ».

Mais ne soyons pas égoïste, et si vous aussi, vous voulez partager le bonheur contagieux de Marie-Aude, allez à sa rencontre la 21 mars prochain, sur l’Ile Aucard, elle dansera sous les cerisiers de Takamatsu entre 10h et 15h. Quant à nous, on essaiera bien la danse mongole, question de recroiser Mihrimah, la «Nomadic Dancer »…

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