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[Municipales à Tours] Quand la campagne s’agite…

La perturbation du premier meeting de campagne de Benoist Pierre, le candidat LREM aux élections municipales à Tours, a agité le microcosme politique ces derniers jours, avec en toile de fond un affrontement verbal à distance entre ce dernier et les candidats de gauche, accusés de soutenir ces actions…

Jeudi soir, première réunion publique majeure pour le candidat LREM Benoist Pierre. Un moment pensé pour lancer pleinement la campagne et montrer une dynamique commune, sensée conduire la liste emmenée par l’universitaire jusqu’à la Mairie le 22 mars prochain. Benoist Pierre avait ainsi fait de ce temps une rampe de lancement de sa campagne, après une année passée à préparer le terrain. L’enjeu est important, nouveau en politique, Benoist Pierre souffre encore d’une faible notoriété comparée à d’autres candidats à l’expérience plus grande.

Pour cette réunion dans les fastes de l’Hôtel de Ville, le décorum était planté, avec une scène centrale mettant en avant le candidat et sa capacité à porter un projet et à rassembler. Le rappel avait été battu dans les semaines précédentes également pour annoncer l’événement. Le soir-même, 300 personnes remplissaient la salle, une réussite à coup sûr. Oui mais dès le début de la réunion publique, des grains de sable viennent enrayer la machine. Des militants contre la réforme des retraites, des intermittents du spectacle, enseignants, personnes du monde culturel, mais aussi des Gilets Jaunes se sont invités à la fête pour perturber le déroulement du meeting qui sera même stoppé une vingtaine de minutes face à l’agitation dans la salle. Un coup dur pour le candidat investi par La République En Marche. Malgré tout, la réunion a pu reprendre son cours et la salle ne s’est pas vidée, si ce n’est des agitateurs du soir. Benoist Pierre a pu présenter son programme mais ce n’est pas ce qui sera retenu sur le moment.

Attaques et contre-attaques…

Dès le lendemain, par communiqué de presse, dans les médias, dans les discussions diverses, Benoist Pierre et ses proches contre-attaquent à leur tour, accusant à demi-mots pour certains, ouvertement pour d’autres, des proches des candidats Claude Bourdin et Emmanuel Denis d’avoir participé à la perturbation de la veille. Des proches de Benoist Pierre expliquent même avoir des preuves, dont des photos de la présence de certains colistiers du candidat écologiste. Ils pointent également, captures d’écran à l’appui, des « likes » d’Emmanuel Denis et de certains de ses colistiers sur des posts vantant « le happening perturbateur » sur les réseaux sociaux.

Et Emmanuel Denis de devoir rejeter à son tour ces accusations et d’évoquer « une campagne de mensonges », expliquant qu’un colistier a été empêché d’entrer dans la salle, tandis qu’une autre était présent pour une soirée autour du bio qui se tenait dans la salle voisine et qu’il est juste venu voir quelques minutes la réunion publique du candidat LREM, pour prendre le pouls et l’ambiance.

Des propos confirmés par communiqué dans le week-end pas des « citoyens » ayant organisé cet happening : « Dire que nous sommes des opposants à la politique gouvernementale est exact. Cependant, nous ne pouvons tolérer les fausses et hâtives identifications qui ont été relayées après notre action jeudi soir dans la presse, la radio et sur les réseaux sociaux. Nous serions donc des activistes politiques, des révolutionnaires radicaux, des agitateurs agissant avec les assentiments d’Emmanuel Denis ou Claude Bourdin. Il n’en est rien. Il n’y avait ni colistiers ni militants. Concernés par notre ville, c’est en qualité de citoyens lucides et inquiets que nous avons agi. »

Pour ces derniers, en lutte contre le gouvernement, ce genre de manifestations est une façon de porter leur contestation sur la place publique et donc un moyen d’action politique justifié, en dehors des simples questions électorales.

 Stratégie politiques diverses…

En ces temps électoraux, on comprend aisément qu’une lutte pour l’image s’opère. Pour l’équipe du candidat LREM, il s’agit de profiter de l’événement pour le retourner contre ses opposants. La stratégie est claire : enfermer Claude Bourdin et Emmanuel Denis dans une image de radicalité, voire extrémiste. C’est le cas du côté de Benoist Pierre et ça l’est aussi du côté du candidat Christophe Bouchet qui ne manque pas non plus de cataloguer Emmanuel Denis comme un candidat « d’extrême-gauche ».

Et les opposants de ce dernier de pointer son alliance et le soutien de de la France Insoumise pour justifier leurs propos. Ils le savent, en essayant d’enfermer Emmanuel Denis dans cette posture, ils cherchent à le couper d’une frange de son électorat potentiel, plus tourné vers le centre-gauche et potentiellement en capacité de porter leur voix vers le candidat Benoist Pierre, lui-même issu de cette sensibilité politique. Pour le maire sortant, il s’agit de son côté de fragiliser le candidat écologiste, vu comme son principal adversaire du scrutin.

A l’inverse, du côté des listes représentant les oppositions au gouvernement, notamment à gauche (« Pour Demain, Tours 2020 », « C’est au Tour(s) du Peuple »), ces dernières cherchent à nationaliser en partie le débat avec comme idée de capitaliser sur un éventuel vote sanction contre le gouvernement et donc contre les listes affichant le soutien du parti présidentiel.

Les Municipales restent une élection locale avec des intérêts propres à chaque ville, mais comme toute élection intermédiaire, elles revêtent également en effet un intérêt national. Ce fut le cas en 2008 et en 2014 avec dans les deux cas des partis d’opposition aux gouvernements en place qui sont sortis grandis du scrutin au niveau national, Tours ne faisant pas exception à la règle. Difficile d’imaginer donc que la liste conduite par Benoist Pierre puisse y échapper, même si l’enjeu principal sera ailleurs. Le candidat en est bien conscient, lui qui tente coûte que coûte de recentraliser la campagne sur l’échelon local.

Relire : Les listes LREM à l’épreuve du contexte national

Ce premier épisode en dit long néanmoins sur la campagne qui se lance pleinement alors que le dépôt des listes est ouvert en Préfecture depuis ce lundi. A Tours, l’élection apparaît ouverte, d’autant plus que le nombre de candidats risque d’être important (10 aujourd’hui déclarés). Chacun doit trouver son espace politique et dans cette partie d’échec qui se dessine, entre débats d’idées et question d’image, les coups peuvent parfois être rudes….

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