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La bataille du renouveau à Saint-Pierre-des-Corps

Quoi qu’il arrive, Saint-Pierre-des-Corps changera de maire à l’issue des élections municipales du mois de mars. Après une carrière politique à la longévité assez extraordinaire, la communiste Marie-France Beaufils range définitivement son écharpe. Qui pour prendre la relève ?

En 2001 Marie-France Beaufils a remporté les élections municipales de Saint-Pierre-des-Corps avec 56% des voix au 1er tour, alors qu’il y avait quatre listes en compétition. En 2008 – 7 ans plus tard – elle s’impose de nouveau dès le 1er dimanche du vote avec 57% des suffrages avant de faire 51,7% au 1er tour des élections municipales de 2014 face à ses cinq concurrentes et concurrents. Si elle avait rempilé en 2020, aurait-elle une fois de plus réussi à régler l’affaire sans passer par un deuxième tour ? On ne le saura jamais. Mais il est évident que le rapport de forces politique de la commune sera scruté de très près au soir du 15 mars.

Saint-Pierre-des-Corps, c’est un des derniers bastions communistes. Une ville historiquement à gauche, mais où la sympathie envers la maire dépasse le militantisme politique. On vote parfois Beaufils parce que « c’est Marie-France », pas nécessairement parce qu’elle est communiste. Et puis, jusqu’ici, la maire rassemblait une bonne partie de la gauche derrière elle. Une majorité plurielle assurant un rassemblement de forces pour faire campagne et un bon amas de bulletins dans les urnes.

Une majorité éclatée et une gauche divisée

Mais en 2020 le monde politique national et municipal est bien différent. Si les listes ont encore des sensibilités affirmées à gauche, au centre ou à droite, afficher le logo d’un parti n’est plus forcément très vendeur. A leurs côtés, on revendique aujourd’hui le soutien d’associations, ou de mouvements divers. De plus, la majorité Beaufils de 2014 a éclaté. Deux exemples : l’adjoint Jean-Marc Pichon part sous les couleurs de La République En Marche et Cyrille Jeanneau membre du Parti Socialiste. Sans forcément tirer à boulets rouges sur le bilan, simplement parce que les amitiés et intérêts d’hier ne sont plus ceux d’aujourd’hui. Bref, pas de large rassemblement en vue dans la 3e plus grande ville d’Indre-et-Loire (presque 16 000 habitants selon le dernier recensement). Tout cela rend probable l’organisation d’un second tour le 22 mars.

Si elle n’est pas candidate à sa réélection, Marie-France Beaufils a promis de s’engager dans la campagne. Le jour où elle a annoncé son départ, elle a d’ailleurs présenté celui qu’elle souhaitait voir élu pour prendre sa suite : un proviseur communiste, Michel Soulas. Lors de ses vœux, sans le citer parce qu’elle n’avait pas le droit, elle a souligné qu’elle militerait pour la liste qui favoriserait le plus les valeurs de solidarité ou de justice sociale, référence appuyée à son adjoint-candidat. Mais il lui reste à faire ses preuves et à voler de ses propres ailes. Pas simple quand on était jusqu’ici dans l’ombre.

Un début d’alliance à gauche

En coulisses, Michel Soulas a donc œuvré pour rassembler autour de lui. La veille des vœux de Marie-France Beaufils, il y a eu une longue réunion pour sceller une alliance formellement présentée vendredi 17 janvier à la Salle de la Médaille. Aux côtés des communistes, on trouve notamment Génération.s, des écologistes, et un socialiste – Joël Pairis.

Le mouvement ainsi nommé part sous la bannière « A GaucheS Toutes » promettant une liste « solidaire, écologique, participative. » Le S majuscule de GaucheS masquant à peine que l’union n’est pas totale, Cyrille Jeanneau ayant choisi de faire campagne de façon autonome sous le nom « J’aime Saint-Pierre-des-Corps ». Pour expliquer ce différent, l’équipe de Michel Soulas évoque une différence de points de vue : que d’un côté on demande déjà des places garanties dans l’équipe de gouvernance de la ville quand de l’autre on dit ne pas avoir commencé à réfléchir à l’ordre des candidates et candidats sur la liste.A l’inverse du côté de Cyrille Jeanneau, on évoque « un manque d’écoute » des communistes : « Nous n’étions pas d’accord sur le fait que des discussions devaient se faire en suivant d’office une tête de liste auto-désignée par le Parti Communiste, ce n’est pas cela un rassemblement. »

Néanmoins, « jusqu’à la dernière minute la liste fera tout pour que ce rassemblement soit le plus large possible » affirme-t-on dans l’entourage de Michel Soulas. Oui mais avec qui ? Les écologistes du collectif Arial (10% des voix en 2014) ? Selon nos informations, les dernières réunions de début janvier n’ont pas permis d’aboutir à un accord. La France Insoumise alors ? Il n’en sera rien, le parti de Jean-Luc Mélenchon ayant préféré partir avec le NPA sur la liste « Pacte ». Reste le Parti Socialiste qui n’a pas donné son investiture pour le moment à Cyrille Jeanneau, la ville de Saint-Pierre-des-Corps ayant été gelée par les instances nationales du parti à la rose au regard des discussions nationales avec le Parti Communiste. Pour Cyrille Jeanneau, qui entend inscrire sa campagne sur le thème du « changement positif » après des décennies de gestion communiste, la situation est de ce côté claire : « Les militants de la section de Saint-Pierre-des-Corps ont exprimer le souhait que je conduise une liste indépendante. Je ne vois pas comment le parti pourrait ne pas respecter le choix de ses militants. »

Un candidat à suivre de près à droite

A gauche, pourtant, tous le savent : pour faire la différence le jour du vote, mieux vaut éviter l’éparpillement des voix qui pourrait offrir une dynamique à la liste « Changer d’R » de Jean-Marc Pichon, le candidat de La République En Marche et actuel premier adjoint de Marie-France Beaufils. La droite pourrait aussi en profiter dans cette ville où elle a toujours peiné à exister. De ce côté de l’échiquier politique, c’est Emmanuel François qui portera la liste. Et quand on parle de lui à gauche, on nous souffle immédiatement qu’il n’habite pas la commune et vit à Tours. Néanmoins, il est médecin à la Rabaterie depuis plus de deux décennies, et exerce donc au cœur de la ville, dans un quartier populaire dont les voix vont beaucoup compter au moment du dépouillement. Soutenu par le président du Conseil Départemental Jean-Gérard Paumier (encarté Les Républicains) il souhaite comme d’autres faire campagne sans étiquette politique claire mais surtout avec un programme de rupture par rapport aux dernières décennies, quand d’autres pourraient donner l’impression d’une certaine continuité.

Les listes candidates à Saint-Pierre-des-Corps :

  • Liste PACTE (Populaire et AntiCapitaliste pour une Transformation Écologique). France Insoumise / NPA. Tête de liste potentielle : Sylvain Fauvinet
  • Collectif Saint-Pierre-des-Corps 2020. Arial / Ecologistes. Tête de liste potentielle : à désigner
  • A GaucheS toutes. Parti Communiste, Génération.s. Tête de liste : Michel Soulas
  • J’aime Saint-Pierre-des-Corps. Socialistes. Tête de liste : Cyril Jeanneau
  • Saint-Pierre-des-Corps, changez d’R. LREM. Tête de liste : Jean-Marc Pichon
  • Saint-Pierre-des-Corps autrement. Divers droite. Tête de liste : Emmanuel François

Voilà donc posées les bases du débat avec plusieurs questions qui restent ouvertes. En l’absence de candidature du Rassemblement National (1er parti de la ville aux Européennes de 2019 avec près de 20% des voix), où iront les voix dévolues au parti de Marine Le Pen ? Quelle mobilisation pour ce scrutin (46% de participation aux Européennes, 51% aux municipales de 2014) ? Combien de listes sur la ligne de départ (6 en 2014) ? Quelles marges de manœuvre pour d’éventuelles alliances ? Assurément l’un des suspenses électoraux les plus intéressants de l’année.

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