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En plein confinement, des agriculteurs en mode système D

 

Plus de restaurants, plus de cantines, parfois plus de marchés… Depuis deux grosses semaines, les agriculteurs tourangeaux se retrouvent privés d’une partie de leurs débouchés. Comment faire pour écouler une production qui ne peut pas attendre ? Des solutions se mettent en place, dont certaines avec l’aide des pouvoirs publics.

4 jours par semaine, les lycées de la région Centre-Val de Loire servent entre 200 000 et 300 000 repas. Comme ils s’approvisionnent en partie en local, on imagine aisément le manque à gagner pour les exploitations concernées alors que tous les établissements sont fermés jusqu’à nouvel ordre pour lutter contre l’expansion du coronavirus (pour l’instant, le scénario privilégié est une reprise le 4 mai, mais rien de confirmé). Dans le même temps, les paysans qui travaillent en grande partie avec la restauration se retrouvent avec des légumes ou autres denrées sur les bras, sans forcément avoir de plan B. Même des professionnels qui ont l’habitude de vendre en direct aux particuliers sont victimes de la situation : dans le Lochois, la célèbre Laiterie de Verneuil a fermé son magasin et les ventes de fromages de chèvre sont en chute libre alors que la pleine saison démarre à peine.

Grosse communication via Internet

Comment toucher les consommateurs dans une période où ils doivent limiter leurs sorties au maximum, sont angoissés par la perspective de tomber malades et se rapprochent instinctivement des drives ou des grandes surfaces au détriment des marchés (parfois fermés) ? Dans un premier temps, c’est le système D qui s’est mis en place. A Saint-Genouph, le maraîcher Eric Roy qui vend principalement aux restaurateurs a mis en place un système de vente par colis, en organisant sa distribution via des points relais. Une maraîchère d’Hommes privée du marché des Halles et du marché Rabelais de Tours se rabat sur des points de vente du Nord-Ouest Touraine. Un hôtel se transforme en mini-épicerie… Bref, de la débrouille à l’état pur mais ça marche. La preuve ? Le site de vente en ligne Panier de Touraine a vu ses commandes exploser et des supermarchés comme l’Intermarché de Sainte-Maure-de-Touraine se sont engagés à mettre en avant des productions locales (ici en l’occurrence les fromages d’un exploitant privé de débouchés).

A plus grande échelle, les initiatives fleurissent pour répertorier les points de vente en direct, ou les magasins qui proposent toute l’année des produits locaux. Dès vendredi 27 mars, les Jeunes Agriculteurs ont publié une carte mise à jour en temps réel, sur Info Tours nous avons mis en ligne une liste non exhaustive des solutions pour manger local (près d’une centaine !), la Chambre d’Agriculture d’Indre-et-Loire a créé une page Facebook spéciale Mangez local, Mangez Touraine… Des sites comme La Ruche Qui Dit Oui, locavor.fr ou Terroir de Touraine connaissent un certain engouement.

Plusieurs filières en grande difficulté

Ce lundi, c’est désormais la région Centre-Val de Loire qui entre dans la danse avec la mise en ligne du site www.produits-frais-locaux-centre-valdeloire.fr. Les producteurs ou magasins peuvent s’y référencer en direct, et les internautes rechercher des contacts par produits (asperges, fraises, fromage de chèvre…). « C’est une plateforme pour booster les produits de la région dans cette période où les circuits commerciaux sont bouleversés » explique le président du Conseil Régional François Bonneau. « On a voulu créer un réflexe de consommation de produits frais et locaux pour que nos producteurs trouvent de nouveaux marchés » poursuit l’élu qui accompagne l’initiative d’un vaste plan de communication sur plusieurs semaines, l’idée étant aussi que le portail survive au confinement.

Même si certaines dispositions sont similaires, leur multiplication et le bouche-à-oreille qui en découle semblent produire leurs premiers effets : « Les gens sont de retour sur les marchés et recommencent à acheter des fruits et légumes » se rassure le président de la Chambre Régionale d’Agriculture Philippe Noyau, néanmoins inquiet pour plusieurs secteurs comme la filière des horticulteurs et des pépiniéristes qui vit « un vrai drame » (les ventes sont quasiment à l’arrêt, seules les ventes de plants de légumes et les livraisons de fleurs restent autorisées). « Nous devons communiquer et nous adapter. Par exemple, pour l’agneau de Pâques, faire des tranches de gigot et des côtelettes plutôt que de gros morceaux car les gens ne vont pas se retrouver en famille. »

Vers de nouveaux réflexes de consommation ?

Si un changement de stratégie peut suffire pour certaines activités, d’autres peinent. Les cailles et les pigeons, essentiellement consommés au restaurant, « on n’a plus de débouchés du tout » note Philippe Noyau. Pour le lait ? « Il a été demandé aux producteurs de faire moins », pour les volailles « la consommation est en baisse, même pour les produits de qualité » et ce n’est pas plus reluisant pour les boissons (notamment alcoolisées). Il faudra donc aller plus loin que les plateformes Internet, faire en sorte que les producteurs puissent aller au plus près des consommateurs. D’où l’idée d’en accueillir jusque 3 sur les parkings de supermarchés voire de mettre en avant leur travail dans les rayons.

« Peut-être qu’on va pouvoir changer les rapports autour de l’alimentation » espère la conseillère régionale Christelle de Crémiers. « Si on doit tirer un enseignement de cette crise, c’est qu’il n’est pas forcément vital de consommer des produits qui viennent d’ailleurs et complètement hors saisons. Peut-être que les personnes vont faire l’expérience du plaisir de consommer local et relocaliseront leur alimentation. Les circuits courts ce n’est pas nouveau mais cela prend peut-être une nouvelle direction durable » conclut pour sa part François Bonneau.

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