A la uneCulture

Avec MifaMosa, les plaques de rues prennent des couleurs

La ville est-elle trop grise, trop monotone, trop longiligne, trop standardisée ? Franchement, il y a des moments où l’on est tenté de répondre oui. Heureusement, les street artists sont là pour y amener de la couleur et un peu de folie. Depuis quelques mois, l’un d’eux fait beaucoup parler de lui dans le Val de Loire, voire au-delà : il s’appelle MifaMosa et imagine des mosaïques en lien avec le nom des rues dans lesquelles il les colle. Tours en compte déjà près d’une dizaine, notamment dans le centre historique.

P1060769__Copier_
P1060772__Copier_

Comme beaucoup de street artists, MifaMosa tient à sa discrétion : il ne révèle pas son visage, ni son prénom, ni son métier. De lui, il dévoile simplement qu’il a 28 ans et qu’il travaille dans le social. Originaire de région parisienne, il a passé son adolescence dans la Beauce et vit sur Orléans depuis une dizaine d’années. « Je commençais à avoir fait le tour de la ville, je comptais partir et finalement j’en ai fait mon terrain de jeu » raconte-t-il pour expliquer les débuts de son projet. C’était il y a quasiment un an, en juin 2017, « c’est venu en rigolant autour de la table avec des amis. On habite pas loin de la carrière de Briare et il y a un endroit où ils jetaient des mosaïques avec des défauts et même des carreaux sans défauts. Je me suis alors dit que ce serait marrant de s’en servir pour illustrer des plaques de rues et on m’a soutenu en me donnant quelques idées sur Orléans. »

80 collages en un an

Sans formation artistique, MifaMosa se définit comme autodidacte, « je n’ai jamais poussé pour être artiste mais j’ai toujours eu envie de créer de temps en temps. » Le jeune loirétain a commencé par la peinture, quelques portraits à l’acrylique, puis des toiles plus abstraites : « je décorais mon appart’ et ceux de mes potes. C’était facile et pas très cher. » Entre ses voyages et ses petits boulots, il profite de son temps libre pour laisser libre court à ses envies et expérimenter des styles.

La première œuvre signée MifaMosa a été collée à Orléans le 28 juin 2017, Rue des Africains, « parce que c’est un continent que j’affectionne particulièrement. » Ensuite, il a installé ses petits carreaux « dans les rues par lesquelles je passe pour aller chez mes potes », puis dans les artères principales du centre-ville de la capitale du Loiret… 12 mois plus tard, une soixantaine de mosaïques sont en place, et une vingtaine dans d’autres villes, dont Tours où vit l’un des « plus gros complices » de l’artiste. Il y a ainsi un drapeau de Madagascar dans la rue éponyme, une plume Place Plumereau, des cerises Rue des Cerisiers… Les rues de la Paix ou du Commerce ont également eu le droit à leur collage.

P1060768__Copier_

A part pour l’installation d’une de ses plaques, MifaMosa n’est jamais seul quand il pose son échelle dans une rue, « ça permet d’aller plus vite, c’est un bon délire entre potes et c’est bien de partager » nous dit-il. Au fil du temps, sa technique est de plus en plus efficace pour agir vite, et ne pas trop se faire repérer : « je pars sur un croquis et une fois sur la mosaïque je rectifie juste quelques carreaux si cela ne me va pas, je change quelques nuances mais il n’y a pas beaucoup de possibilités car je suis limité dans les couleurs. Et par ailleurs je ne découpe jamais les carreaux. »

S’il n’a pas plus de formation de mosaïste que de bagage artistique, le jeune homme réussit des dessins très réalistes, avec une patte personnelle, un petit côté enfantin et un joli brin d’humour, comme pour la culotte de la Rue de la Pucelle d’Orléans. Naturellement, l’ensemble fait aussi écho aux bases du pixel art le tout avec un matériau utilisé depuis des siècles, et réputé pour sa durabilité. La preuve : sur 80 dessins, seul un a été arraché par le propriétaire d’une bâtisse d’Orléans. De son côté, la mairie de la ville – qui contrairement à Tours mène régulièrement des actions en faveur du street art – voit plutôt d’un bon œil cette initiative, et une journaliste du quotidien local s’est amusé à faire un parcours afin de réussir à voir l’ensemble de l’exposition à ciel ouvert.

P1060770__Copier_

Une invitation à lever les yeux

Systématiquement installées en hauteur, au-dessus des plaques de rues, les mosaïques de MifaMosa ont vite trouvé leur public sur les réseaux sociaux. Elles invitent à lever la tête, à regarder d’une manière différente des axes que l’on emprunte parfois plusieurs fois par jour au point de ne plus remarquer certains détails… « Tout est très spontané, même les jeux de mots » assure l’artiste qui a déjà noté les noms quelques rues tourangelles qui l’inspirent… Mais il lui manque désormais la matière, les réserves de Briare n’étant pas infinies et l’achat de carreaux neufs coûtant cher. Néanmoins, grâce à sa créativité et aux réseaux sociaux, MifaMosa a réalisé quelques créations sur commande pour financer sa matière première… Mais sans autorisation officielle, les murs étant dans la plupart des cas des propriétés privées.

Print Friendly, PDF & Email