En règle générale les domaines viticoles ligériennes débutent la récolte du raisin en septembre, mais cette année certains d’entre eux avaient déjà tout ramassé à la fin du mois d’août. La chaleur intense et la sécheresse sont les causes principales de ce brutal avancement de calendrier. Une situation amenée à se reproduire au vu de l’ampleur du changement climatique. Deux vignerons analysent la situation.
« Vendange terminée alors que d’habitude on commence juste à préparer la cuverie » : voici le message posté samedi 29 août à 12h25 sur le compte Facebook du Domaine Vincent Lacour de Saint-Georges-sur-Cher, en appellation Touraine. « On a tous été surpris de la maturité très atypique. Il y en a qui étaient en vacances et qui sont revenus. Tout le monde n’était pas prêt » commente le vigneron auprès de 37 degrés.
Pourtant, Vincent Lacour est expérimenté : 26 saisons au compteur. Il avait anticipé la précocité de la vigne avec le débourrement précoce du printemps, le développement anticipé de la végétation avec la chaleur du printemps et les conséquences du manque de pluie. Mais il s’est fait surprendre par la teneur du mois d’août : « On se calait autour du 25 août mais la chaleur a concentré les raisins donc le taux de sucre est monté très rapidement » obligeant à récolter pour ne pas voir exploser le degré d’alcool des vins.
« Si on dépasse 14° ça devient compliqué » explique le vigneron qui plafonne déjà à 13,5 dans un marché qui a tendance à demander des vins moins alcoolisés… quand le climat actuel produit exactement l’inverse. « Avant on n’avait pas assez de sucre quand on était autour de 12° et là on va devoir se retrouver à désalcooliser les vins » s’alarme-t-il.
L’autre difficulté, c’est que le raisin est plus fragile : « On a dû vendanger de nuit pour préserver le fruit. On commençait à 4h du matin et à 10-11h la journée dans les vignes étaient finie. » Quant à la quantité, elle est médiocre : « moins d’une demi-récolte. 600-700 hectolitres. J’avais un potentiel mais les grains n’ont pas grossi. » La seule bonne nouvelle est l’absence de pourriture ou de mildiou, ce champignon qui attaque les plantes et fait des ravages les années humides. Cette année, la pluie n’a fait que du bien, faisant instantanément grossir les grains et diluant un peu le sucre.
De l’autre côté de la Loire, Emmanuel Trigaux a également fini de vendanger ses crémants, prenant désormais le temps pour ses rouges ou pour aider les collègues. « Si on n’avait pas eu d’eau on aurait dû commencer plus tôt. Les 50mm de la semaine dernière c’est un miracle » explique le responsable du domaine Trigaux-Mureau qui estime, lui, ses rendements corrects :
« Là où les sols sont riches ça va, c’est moins catastrophique que ce qu’on pensait mais sur les sols sableux il y a de la mortalité. La vigne souffre, les raisins sont tout petits. »
Le point bénéfique qu’il relève, c’est comme son collègue : moins de maladies.
« Je suis en conventionnel très raisonné et cette année je n’ai eu besoin de traiter que 3-4 fois, et qu’avec du bio, souffre et bouillie bordelaise. »
La question est maintenant celle de la qualité : « C’est encore un peu tôt pour un bilan, ce n’est pas facile à analyser car c’est assez hétérogène, notamment sur les rouges » analyse Emmanuel Trigaux qui prédit des vins « où il y aura de la couleur, sans doute bien tanniques » mais s’inquiète de leur structure : « Plus il fait chaud, plus les acides disparaissent donc cela peut entraîner des problèmes. »
A St-Georges-sur-Cher, Vincent Lacour relève aussi une particularité sur la teinte à venir : « Les rosés auront plus de couleur donc on va devoir travailler avec des produits pour décolorer légèrement sous peine de ne pas correspondre au marché où les gens veulent des rosés assez clairs. » En gros une imitation des rosés de Provence (loin d’être synonyme de qualité).
Entre ce genre de diktat et les difficultés liées à cette évolution du climat, voilà de quoi bien chambouler le moral des professionnels du vin de notre région. « C’est dommage, on perd des collègues » déplore Emmanuel Trigaux évoquant les nombreuses vignes en jachère, les arrachages ou les coopératives qui ferment. « Pour les rouges c’est compliqué avec la baisse de la consommation, notamment en grande distribution. »
Vincent Lacour ne verse pas non plus dans l’optimisme :









