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Une ingénieure tourangelle se lance dans la crème de jour bio et locale

C’est le genre de reconversion qui peut surprendre mais qui trouve vite une explication logique. Ingénieure dans une grande entreprise à Tours, Sarah Goléo est en train de travailler sur un projet personnel. Une reconversion audacieuse : la création d’une gamme de cosmétiques. Comment lui est venue cette idée ? Quels défis faut-il relever pour mener à bien une telle aventure ? Nous l’avons rencontrée, et elle nous a tout expliqué.

Le rire facile, l’esprit bavard et le réflexe de vulgariser un mot compliqué quand elle nous voit rouler de gros yeux. Sarah Goléo n’a rien d’une commerciale mais elle sait donner envie de s’intéresser à son projet. Elle arrive au café un peu fatiguée, parce qu’elle reprend tout juste le travail après la naissance de son 2e enfant, un petit bout de 6 mois qui ne fait pas ses nuits depuis bien longtemps. Face à notre PC, elle dégaine une petite trousse de toilette rose à la taille idéale pour un week-end. A l’intérieur, trois petits flacons à peine plus grands que ceux qu’on peut trouver dans les hôtels. Ils contiennent le résultat d’une bonne année de recherches : les trois versions de ses crèmes de jour Odaloire, pour peaux sensibles, peaux grasses ou peaux normales et matures.

On en choisit une au hasard, quelques gouttes sur les mains, et on étale. Ça sent bon, c’est tout frais. Odeur de géranium apparemment…

De l’eau, des plantes, et de l’huile…

Mais pourquoi on devrait plus s’intéresser à ce produit qu’à celui qu’on achetait jusqu’ici au supermarché ou en parapharmacie ? « Ce sont des ingrédients naturels à 99%, essentiellement bio et locaux » argumente Sarah Goléo. A 30 ans, cette chimiste de formation qui exerce dans le secteur de l’énergie a un avantage sur nous : quand elle lit la composition d’une crème, elle comprend tout. « Je suis une grande passionnée de cosmétiques mais j’ai une peau ultra-sensible. A la naissance de ma fille en 2016 j’ai commencé à regarder tout ce qu’il y avait dans ces produits par exemple des huiles essentielles qui ne sont pas du tout recommandées pour les enfants et les femmes enceintes ou des substances controversées comme les parabènes, même si on en trouve de moins en moins. Du coup j’ai commencé à faire mes propres produits jusqu’à ce que je reprenne le travail et que je manque de temps. »

L’idée de créer sa propre marque a commencé à mûrir tranquillement :

« Je voulais une formule épurée avec le moins d’ingrédients possibles. »

Et à l’écouter la recette serait presque simple : d’abord de l’eau sous forme d’hydrolats (un produit obtenu en faisant bouillir des plantes, ici du géranium mais aussi de la verveine et du cassis) et des huiles végétales de Touraine (tournesol, noisette, chanvre et sésame). Là, on a 90% du flacon. Ajoutez à cela un dérivé du sucre en guise d’émulsifiant, une gomme et de la glycine pour rendre le produit moins liquide, puis deux conservateurs (l’un naturel, l’autre de synthèse mais reconnu écologique). Voilà, c’est tout.

« J’ai fait la formulation à la maison » raconte Sarah Goléo. Sauf que ça ne suffit pas pour vendre ses produits sur le marché, les cosmétiques devant répondre à des normes strictes avant d’être commercialisés. Parmi les contraintes ; un examen par des toxicologues, une fabrication en laboratoire certifié, l’obtention d’un accord européen ou encore la programmation d’une batterie de tests bactériens pour valider leur fiabilité. Des étapes qui promettent d’être longues : « Je pense prendre un congé pour création d’entreprise » suggère la jeune femme. Elle lance par ailleurs une opération de prévente via Ulule ce mois-ci pour commencer à récolter des fonds et se forger une notoriété. Le tarif : 22€ pièce pour environ un mois d’utilisation. L’apport devrait notamment financer l’ouverture de son laboratoire.

« Je suis une amoureuse de la région avec sa douceur de vivre et j’ai envie d’y apporter ma contribution. Je me destine à une clientèle très locale, via les coop bio par exemple. »

Sarah Goléo, fondatrice de la marque Odaloire.

« Ce projet m’éclate et je n’ai rien à perdre »

« Ce que je voulais c’est une crème épurée au maximum. Que l’on puisse produire même si toutes les lignes aériennes sont coupées. L’huile de jojoba c’est génial mais ça ne pousse pas ici alors que mes hydrolats viennent de Bretagne de Provence ou du département de la Loire » : Sarah Goléo évoque souvent sa volonté d’une salle de bain plus responsable, reconnaissant avoir nettement réduit la dose de produits qu’elle utilise pour se pomponner. De toute façon, « désormais je ne supporte plus que mes crèmes. Les autres produits me donnent des rougeurs ou des boutons. Pendant les vacances j’ai voulu essayer un échantillon mais j’ai arrêté très vite. »

« Je n’ai rien à perdre, j’y vais et je donne le meilleur de moi-même » conclut celle qui figurera peut-être parmi les nouvelles représentantes audacieuses de la Cosmetic Valley implantée dans notre région. « Ce projet j’y passe mes soirées, mes week-ends ou ma pause déjeuner mais je m’éclate. Je tente l’aventure et c’est parti ! »


Un degré en plus :

Pour en savoir plus sur Odaloire vous pouvez consulter sa page Facebook. Et aussi lire l’interview [Rencard] de Sarah Goléo sur Info Tours.

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