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Réforme des retraites : les syndicats tourangeaux préparent la grande grève du 5 décembre

C’est la date redoutée par les usagers des transports en commun et le gouvernement. La date choisie par les syndicats pour une mobilisation nationale contre la réforme des retraites qu’ils espèrent massive voire même durable. Cette date : le jeudi 5 décembre. A Tours la manifestation partira à 10h de la Place de la Liberté. Et elle se prépare déjà.

Les banderoles sont prêtes : « Pour l’amélioration de nos pensions et de nos droits, retraite à points c’est non. » A priori c’est ce slogan imprimé sur fond jaune qui ouvrira la marche du 5 décembre à Tours, depuis la Place de la Liberté vers Jean Jaurès, avant de traverser tout le centre-ville. Combien de personnes suivront pour marquer leur opposition à la réforme des retraites envisagée par le gouvernement ? 500 ? 1 000 ? 3 000 ? 5 000 ? Plus ? Impossible de le dire avec précision, mais il y avait déjà du monde au rendez-vous ce mardi pour débattre des pistes de l’exécutif et organiser la lutte. Une bonne centaine de personnes au Centre de Vie du Sanitas, face à une scène occupée par les représentants de la CGT, de FO, de Solidaires ou de FSU.

« La grève c’est la seule arme qu’il nous reste »

« Où sont les têtes blondes ? » s’interroge un participant en constatant que la jeunesse n’a pas vraiment fait le déplacement pour ce spin off du jour J. La question pourrait relever de l’anecdote de journaliste pour insuffler un peu d’humeur dans un papier très formel. Ce n’est pas le cas. Tout l’enjeu de cette soirée était de réfléchir à la façon de mobiliser le plus largement possible, au-delà du secteur public (le plus délicat) : « Il faut que les salariés se parlent entre eux, que l’on aide à la compréhension de cette réforme et à la diffusion de nos revendications. Il faut organiser des réunions d’information, des AG… La grève, c’est la seule arme qu’il nous reste » lance le représentant départemental de FO Grégoire Hamelin.

« On sent que tous les regards convergent vers le 5 » poursuit le syndicaliste, rôdé dans l’organisation de mouvements sociaux. Il n’a pas tort car cela fait déjà deux bonnes semaines que les potentielles conséquences d’un mouvement durable sur la vie économique et quotidienne font régulièrement la Une des médias. On essaie de connaître une estimation du taux de grévistes à la SNCF, de savoir si les profs des enfants seront absents…

« J’espère que ce sera un jour de grève historique et que ça ne s’arrêtera pas le soir même » tonne un participant dans le public. « On espère ne pas perdre comme en 2003 ou 2007 » souffle un autre spectateur. « L’idée c’est de préparer le 5 décembre et de voir ce qu’on peut faire après » confirmait le N°1 local de la CGT dès l’annonce du sommaire de la soirée. Pour Stéphane Deplobin comme Grégoire Hamelin, la réflexion du moment consiste à trouver le bon mode d’action pour faire céder le gouvernement :

« Amplifier la mobilisation est nécessaire car jusqu’ici le gouvernement n’a jamais reculé : ni sur les ordonnances de la loi Travail, ni sur l’assurance chômage, ni sur la fonction publique… »

Pas simple alors que la retraite n’est pas forcément la préoccupation immédiate des mécontents de Macron. Un homme réclame d’ailleurs que le 5 décembre serve aussi à marteler des revendications comme la hausse des salaires ou la défense des services publics.

Jouer sur la peur des salariés

Cette réunion préparatoire permettait aussi aux syndicats tourangeaux d’imprimer des éléments de compréhension sur la réforme des retraites dans la tête de leurs militants, et de fournir les éléments de langage qui serviront à alimenter les discussions qu’ils pourront avoir à droite et à gauche. La philosophie :

« Ce n’est pas possible de calculer une retraite par points. On remet tout dans les mains du gouvernement qui pourra décider de la valeur du point, et potentiellement la baisser. C’est un risque qui n’est pas acceptable. »

Les syndicats jouent clairement sur la peur des salariés : la peur de perdre de l’argent en fin de carrière. « Nous estimons que la baisse des pensions sera comprise entre 10 et 30% » déclare Grégoire Hamelin qui dit ne pas comprendre « l’urgence à réformer un système qui semble bien fonctionner même si des améliorations sont possibles. » Parmi ces améliorations le mantra ressassé depuis plusieurs années maintenant : 37,5 années de cotisations et départ à 60 ans. Loin des 64 ans préconisés par le gouvernement.

Le 5 décembre, plus qu’un gouvernement et une base syndicale, ce sont deux philosophies qui vont se toiser : « On casse le droit collectif pour obliger les travailleurs à faire des choix individuels » dénonce Grégoire Hamelin. « Le gouvernement hésite et tergiverse » suggère néanmoins le leader tourangeau de FO, qui semble croire en une inflexion macronienne. Lui, fléchir, il ne l’envisage pas. Comme ses camarades. Ainsi, il prévient : ce qu’il veut ce n’est pas un amendement du projet, mais son abandon.

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