En Touraine, un plan d’urgence pour sauver une tortue menacée

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Autrefois commune, la Cistude d’Europe (une espèce de tortue semi-aquatique) a vu son nombre d’individus tomber en chute libre, devenant ainsi une espèce rare  en Touraine. Pour éviter son extinction, l’animal fait l’objet d’un grand plan d’action national. Interview avec Cyril Michel, vice-président de l’association AmphiRept et membre du comité de pilotage.

Si un jour vous croisez une petite tortue noire avec des points jaunes, une queue longue et effilée et une carapace bombée mais aplatie, laissez-la passer son chemin car c’est une espèce protégée. 

La Cistude d’Europe (de son nom scientifique Emys orbicularis) est une tortue locale faisant partie de la faune sauvage encore présente dans 8 régions de France métropolitaine dont la Touraine. Cependant, cette tortue semi-aquatique est aujourd’hui classée en liste rouge IUCN au statut “vulnérable”.

Si cette espèce de tortue était totalement commune au siècle dernier en Touraine, les dégradations causées par les activités humaines ont totalement troublé le développement de sa population. “Aujourd’hui, les populations de cistudes sont présentes de manière pérenne essentiellement dans la pointe sud du département, parce que c’est à proximité du parc naturel régional de la Brenne qui est encore de nos jours un gros bassin de population”, explique Cyril Michel, vice-président de l’association tourangelle AmphiRept. Basée à Sainte-Maure-de-Touraine, celle-ci agit pour la protection, la conservation et la connaissance des amphibiens et des reptiles.

Des facteurs environnementaux et humains mis en cause 

La Cistude d’Europe est une espèce exigeante. Elle a besoin d’une mosaïque de milieux sains pour accomplir son cycle de vie : des zones humides, des prairies non inondables au sol meuble pour pondre, en passant par des haies ou des zones boisées. L’augmentation de la pollution (notamment des eaux) et le remplacement des prairies par des zones de cultures intensives sont des facteurs directs de perturbation du  bon développement de ces tortues. 

Autre point à ajouter à la liste : l’urbanisation croissante autour des zones humides a créé des obstacles dangereux pour l’espèce. “En période de reproduction, les femelles sont parfois contraintes de parcourir de très longues distances pour trouver un site de ponte favorable, explique Cyril Michel, elles doivent alors traverser des routes où elles risquent fortement de se faire écraser par un véhicule.” Même risque pour les petits qui doivent faire le chemin inverse pour poursuivre leur développement.  

Un plan d’action pour préserver l’espèce

Pour tenter de répondre à la situation et éviter à tout prix la disparition de l’espèce, depuis 2020, la conservation de la Cistude d’Europe s’inscrit dans un Plan National d’Action (PNA), un dispositif gouvernemental pour protéger les espèces gravement menacées. Décliné localement en Plans Régionaux d’Action, dont en Centre-Val de Loire, ce plan se compose en plusieurs piliers.

Il repose  notamment sur la nécessité de mieux connaître et actualiser ses aires de répartition et présences : c’est pourquoi AmphiRept lance un appel à signalement à destination du grand public. “La Cistude est une espèce discrète, farouche et mimétique, et qui peut se cacher rapidement et facilement sous l’eau ”, raconte Cyril Michel.

Ainsi, les citoyens sont invités, dès qu’ils se trouvent face à l’une de ces tortues, à transmettre des photos/vidéos et la localisation de leur rencontre via un formulaire en ligne, disponible sur le site de AmphiRept. Cela permet d’actualiser la cartographie des populations restantes et de découvrir de nouvelles présences. C’est comme cela, par exemple, que l’association a pu recenser de nouveaux individus en forêt de Chinon ou à Céré la Ronde. 

Attention, il est important de ne pas prendre en main la tortue, même si cela part d’une bonne intention : “Lorsqu’une personne manipule une cistude, il y a un risque que ce soit une femelle qui, par stress, va relâcher de l’eau qu’elle transporte en elle, nous raconte le vice-président de AmphiRept, or, cette eau lui est indispensable pour ramollir le sol et creuser son trou de ponte . Si elle la perd, elle ne peut plus pondre et doit retourner à l’eau pour en collecter à nouveau, rendant son périple encore plus périlleux”.

Autre pilier du PNA : la sensibilisation et une meilleure connaissance. Les experts insistent pour rappeler que la cistude est une espèce sauvage et qu’elle est donc protégée par la loi. Il est ainsi totalement illégal de la capturer pour la détenir en captivité sans autorisation préalable et préfectorale très particulière, ou encore de la manipuler sans autorisation.

“Beaucoup de gens pensent tomber sur une tortue domestique égarée et la ramassent pour chercher son propriétaire sur des réseaux de recherche d’animaux perdus ou trouvés, sauf que le seul propriétaire de cette tortue, c’est la nature !”, informe Cyril Michel.

Vidéo d’un sauvetage – Facebook AmphiRept

C’est pour cela que AmphiRept surveille régulièrement ces réseaux et intervient pour récupérer les individus capturés par erreur, vérifier dans le même temps leur état de santé et assurer, par la suite, leur relâcher dans leur milieu naturel. 

Pour en savoir plus sur l’association AmphiRept, on vous invite à jeter un œil à son site internet amphirept.com .

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