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PPRI : Vers une meilleure prise en compte des risques d’inondations ?

Sous l’égide de la Préfecture d’Indre-et-Loire, le PPRI (plan de prévention des risques d’inondation) en Val de Tours et Val de Luynes va être revu au printemps avec l’entrée en vigueur d’un nouveau plan plus précis que le précédent qui date de 2001.

Le PPRI c’est quoi ?

Document destiné à évaluer les zones pouvant subir des inondations, le PPRI définit les règles de constructibilité dans les secteurs susceptibles d’être inondés et propose des remèdes techniques, juridiques et humains aux risques d’inondation.

Pour prévenir ces risques, les PPRI sont élaborés à partir des éléments fournis par les crues de référence (les plus hautes eaux connues). Pour celui du Val de Tours et de Luynes, ces crues de référence sont celles de 1846, 1856 et 1866. En 1856, la Loire était montée jusqu’à 7m56 de hauteur dans le centre de Tours, inondant les rues à une hauteur de 3m80.

A noter que les PPRI sont des documents qui s’imposent à tout autre document ou projet d’urbanisme.

Cela concerne qui ?

Ce document concerne 18 communes du département (Montlouis-sur-Loire, La Ville aux Dames, Saint-Pierre-des-Corps, Rochecorbon, Tours, La Riche, Joué-lès-Tours, Ballan-Miré, Saint-Genouph, Berthenay, Savonnières, Villandry, Saint-Cyr-sur-Loire, Fondettes, Luynes, Saint-Etienne de Chigny, Larçay et Saint-Avertin). Des communes qui sont au contact du lit majeur commun de la Loire et du Cher. Parmi ces communes, à noter que cinq sont en totalité en zone inondable (Berthenay, Saint-Genouph, La Riche, Saint-Pierre-des-Corps, La Ville aux Dames). Au total, ce sont plus de 130 000 personnes qui sont touchées par ce plan.

Pourquoi faut-il le modifier ?

Entre 2001 et 2016, les outils d’analyse, de modélisation sont devenus beaucoup plus précis, grâce notamment au développement de logiciels informatiques plus perfectionnés. Les catastrophes du début de XXIe siècle que ce soit en France (tempête Xynthia) ou à l’étranger (grandes crues du Danube en Europe Centrale) ont également amené de nouvelles réflexions sur les risques d’inondation.

Ainsi, alors que le PPRI de 2001 se reposait essentiellement sur les aléas de montée des eaux, celui de 2016 combine les aléas (hauteur des eaux et vitesse d’écoulement) avec le plan d’occupation des sols pour déterminer les zones à risques et leur niveau.

Le texte introductif à l’avant-projet précise ainsi : La connaissance du risque a évolué depuis le PPRI approuvé en 2001 :

– La connaissance de l’aléa s’est enrichie

– Données topographiques plus fines

– Recensement exhaustif des repères de crues

– Carte des hauteurs d’eau plus précise

– Le phénomène lié à la rupture de digue est mieux pris en compte

– La qualification de l’aléa inondation a évolué : A partir d’une hauteur d’eau potentielle de 1m, l’aléa est qualifié de fort (au lieu de 2 m dans le PPRI de 2001 )

– Les textes liés à la prévention du risque ont évolué, notamment la réglementation sur les digues

Des évolutions dans l’analyse des risques qui ont conduit à un constat principal : Si les digues ligériennes protègent les Tourangeaux en cas de « crues normales » (de faible importance), en cas de crue exceptionnelle comme celle de 1856, cette protection ne serait pas suffisante.

IMG_1894crue de la Loire en mai 2013 (c) Mathieu Giua

Un discours de prévention modifié

Pendant longtemps, l’idée en cas de crue a été de contenir la montée des eaux en se protégeant derrière des digues visant à empêcher toute pénétration : Les batardeaux sous l’A10, au niveau du Point Zéro sont encore là pour en témoigner. Finie cette époque, aujourd’hui une prise de conscience s’est opérée et l’idée est que face à la puissance de l’eau, l’homme ne pourra pas rien faire, si ce n’est tenter de limiter les dégâts. Il vaut mieux donc contenir le flux de l’eau en la guidant et en ouvrant des brèches, pour lui permettre de circuler dans des zones d’écoulement spécifiques (dites préférentielles) plutôt que d’essayer de la contenir entièrement et risquer la sur-catastrophe (rupture de digues sous la force de l’eau notamment).

En guise d’exemple : la levée du Canal à Tours, c’est-à-dire les parois qui longent l’A10 côté Tours, vestiges de l’ancien canal, seraient contreproductives et en cas de crue importante de type 1856, et risqueraient de créer plus de dégâts que l’inverse. A l’origine, elles étaient là protéger Tours en bloquant l’eau d’un côté et la rejetant du côté de SPDC, alors vaste zone maraichère peu urbanisée, composée de varennes (seulement 400 habitations sur le territoire de SPDC en 1881). Aujourd’hui le discours est inversé et l’avant-projet de PPRI propose au contraire de créer des ouvertures dans cette levée du Canal afin de créer des zones d’écoulement qui permettraient de libérer une partie de la pression de la crue afin d’éviter des vagues plus puissantes et donc plus dangereuses. Favoriser l’écoulement des eaux est ainsi un des points majeurs de ce PPRI. A Tours, plusieurs axes serviraient ainsi de zones d’écoulement préférentiel des eaux : Les boulevards Heurteloup et Béranger, la rue Edouard Vaillant et la rue Blaise Pascal.

P1080184La levée du Canal à Tours Centre (c) Mathieu Giua

Lire également notre article Tours : Au temps du Canal

Un discours préventif complètement inversé y compris sur le rôle des digues. En effet, si les digues le long de la Loire sont actuellement plus hautes que le plus haut niveau des eaux connues, ce n’est plus le risque de submersion qui est devenu prioritaire, mais celui de rupture des digues. Les modélisations ces dernières années ont montré en effet qu’une montée des eaux rapide et forte pouvait faire céder les digues bien avant qu’elles ne soient submergées, du fait notamment de leur fragilité causée par le temps (« Terriers d’animaux, arbres, canalisations et maisons encastrées sont des facteurs aggravants la déstabilisation de la digue » est-il ainsi noté dans le projet). C’est d’ailleurs des ruptures similaires qui avaient contribué aux grandes inondations du XIXe siècle, avec notamment une brèche de 400 m dans la digue de Coneuil vers La Ville aux Dames, lors de la crue de 1856.

La création de zones spécifiques 

Le premier des remèdes à ces risques est évidemment l’entretien du lit, des berges et des digues. Ainsi ces dernières années 13 millions d’euros ont été injectés par le Conseil Général, la Région et l’Etat dans le Plan Loire Grandeur Nature III. Un plan qui a notamment financé l’entretien des digues entre Saint-Pierre-des-Corps et Montlouis-sur-Loire.

Autre remède préventif : un meilleur contrôle des territoires avec la création de différentes zones dans le PPRI, ayant chacune une spécificité :

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– Les zones A : non urbanisées, ou peu urbanisées et aménagées correspondant au champ d’expansion des crues (Zones naturelles, agricoles) ou au lit mineur des cours d’eau.

« Ces zones doivent conserver leur vocation de champs d’expansion des crues. Elles n’ont pas à être urbanisées, mais permettent des usages agricoles, de loisirs, de sports… Elles Peuvent permettre l’évolution des constructions existantes suivant le niveau d’aléa auxquelles elles sont exposées »

– Les zones B : urbanisées (Hors zones C) de moyenne densité, majoritairement monofonctionnelles (habitat ou activités)

« Ces zones n’ont pas vocation à être étendues ni fortement densifiées. Elles Peuvent accueillir un complément d’urbanisation suivant le niveau d’aléa auxquelles elles sont exposées. Elles Permettent l’évolution limitée des constructions existantes. Elles permettent l’évolution des activités. »

– Les zones C : urbanisées correspondant aux centres villes ou centres bourgs des communes, caractérisées par leur caractère historique, la densité et la continuité de leur bâti, et la mixité des fonctions urbaines

« Ces zones ont vocation à conserver leur caractère urbain (maintien de la population, des services, commerces…). Elles Doivent permettre le renouvellement urbain comme facteur de réduction de la vulnérabilité »

Pour l’ensemble de ces zones le PPRI se fixe comme objectifs de : « préserver le champ d’expansion des crues et la capacité d’écoulement et de vidange du val en réduisant la vulnérabilité des constructions, en n’augmentant pas significativement la population vulnérable, en améliorant la résilience des territoires (retour à la normale après la crise) et en préservant la capacité des espaces derrière les digues permettant le renforcement de celles-ci »

Ainsi, les conditions de construction à l’avenir seront beaucoup plus contraignantes qu’aujourd’hui. Pour prendre l’exemple de Tours, si le quartier des Deux-Lions, les Rives du Cher et l’hyper-centre sont en zone non inondable, tout le reste de la ville l’est en revanche. « Nous sommes passés d’un aléa modéré à un aléa fort quasiment partout » explique Jacques Chevchenko, premier adjoint à la mairie de Tours, en charge du dossier. Une situation que les futurs projets d’urbanisme devront prendre en compte. Le projet de requalification du Sanitas dans le cadre de l’ANRU est de ceux-là, ce qui n’est pas sans poser problème selon le premier adjoint : « La perspective entre l’Ilot Vinci et la place Saint-Paul via la rue Blaise Pascal et le boulevard De Lattre De Tassigny est une zone d’écoulement préférentiel et est classé en aléa très fort, cela risque de bloquer la rénovation du quartier et donc de laisser en état des bâtiments pourtant anciens et peu protégés face à de tels risques ». Pour Jacques Chevchenko, il convient donc d’être prudent « à ne pas sanctuariser les choses mais permettre une évolution du tissu urbain pour réduire sa vulnérabilité ». Ce point est bien l’un des enjeux principaux de ce PPRI qui imposera, s’il est validé, de nouvelles normes aux constructions (obligation d’étage avec systèmes d’ouverture pour évacuations interdiction de sous-sols, de parkings souterrains, etc. dans les zones aux aléas les plus forts).

Un PPRI qui prévoit donc le pire scénario catastrophe « avec une crue similaire à celle de 1856, en 12h tout le val serait inondé ». « Une crue de ce type a 1,09% de chance par an de se produire » selon Jacques Chevtchenko. Suffisant pour prendre toutes les précautions nécessaires, c’est en tout cas l’orientation prise de ce PPRI qui sera soumis à enquête publique en avril avant une validation espérée en juillet prochain.

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