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On a testé le coavionnage au-dessus des Châteaux de la Loire

Quand on ne travaille pas, pourquoi se lever tôt un samedi matin ? Pour faire le marché est une bonne réponse, pour aller courir peut en être une autre. Troisième option : prendre l’avion. Pas pour les vacances, juste pour une promenade. Vous ne savez pas piloter et vous n’avez pas d’avion dans votre garage ? Nous non plus. Le coavionnage peut donc être une solution en cas d’envie soudaine de décollage. Pas top du tout pour le bilan carbone, mais beau. Très beau, même.

9h30, direction l’aérodrome d’Amboise-Dierre, au milieu des champs, avec en fond les chasseurs qui cherchent leurs premiers gibiers de la journée. Le site est la base des Ailes Tourangelles, aéro-club aux 160 membres et dont les 6 avions assurent 2 000h de vol par an (dont 700 pour l’instruction). Pierrick est déjà sur le tarmac. A 27 ans, ce militaire de la BA705 de Tours originaire d’Arcachon a l’habitude de voler : « j’ai commencé à 16 ans avec le planeur » nous explique ce passionné qui a passé son enfance à lire des bouquins sur l’histoire de l’aviation et à ouvrir grand les yeux devant des films comme Top Gun. Grâce à une bourse, un concours et son premier aéro-club, il obtient son premier brevet gratuitement pendant son adolescence avant de prendre, dès ses 21 ans, les 45h de cours réglementaires autorisant le pilotage autonome d’un avion à moteur.

Le modèle que Pierrick maîtrise c’est le DR400, un appareil du constructeur français Robin pouvant emporter 3 adultes. L’aéro-club d’Amboise-Dierre en possède 3 : « c’est un avion qui peut monter jusqu’à 3 800m d’altitude, avec 4h d’autonomie, un moteur de 120 chevaux… Il consomme 25l à l’heure et vole en général à 180km/h » nous détaille le pilote en faisant le tour de l’engin. Très pédagogue, utilisant des mots simples pour les novices que nous sommes, il assure le check-in indispensable avant tout décollage : vérification des sondes, des outils directionnels, du réservoir… Dans le cockpit, il sort son manuel : « à force on connait les procédures par cœur mais je les lis systématiquement pour ne rien oublier » précise-t-il au cas où on se demanderait si son geste n’est pas lié à un manque d’expérience.

Le bonheur d’être en l’air

Avec 300h de vol au total dont 90 sur DR400, Pierrick connait bien son avion. Il programme des sorties une à deux fois par semaine (en « local » mais aussi vers la côte Atlantique, par exemple pour rejoindre l’aérodrome de l’Île d’Oléron) : « depuis le mois de juin j’ai embarqué une dizaine de fois avec des coavionneurs. Ça me permet de diminuer les frais car la location de l’avion pour une heure est à 129€ auprès de l’aéro-club ». Et après avoir offert cette expérience à tout son entourage amical et familial, le jeune homme dit apprécier le contact d’inconnu(e)s pour faire le tour de la région : « je ne me lasse pas, car ce que j’aime avant tout c’est d’être en l’air » glisse-t-il, impatient de revoir Chenonceau, son château préféré.

Check-in avant le décollage
Check-in avant le décollage

Pratiquement 10h30, c’est l’heure de monter dans l’avion. Pas besoin de passer au détecteur de métaux ou de montrer son passeport, on grimpe sur l’aile, on attrape la poignée sur la carlingue et on se glisse dans l’habitacle. Claire – notre photographe du jour – à l’arrière pour profiter du meilleur panorama, et nous à l’avant, avec un manche entre les jambes, utile pour les instructeurs lors des sessions de formation mais auquel on ne touchera pas. « Attention aussi à ne pas toucher les pédales au fond » prévient Pierrick en nous donnant le casque qui nous permettra de communiquer par radio tout au long du vol. Il ferme la verrière à 90%, et allume le moteur : « on attend toujours un peu avant de la fermer totalement pour pouvoir évacuer en cas de problème moteur » note-t-il. La sécurité avant tout.

2 minutes de vol pour rejoindre Chambord depuis Blois

Après quelques messages radio et vérifications de l’espace aérien pour s’assurer que l’horizon est dégagé, Pierrick engage son DR400 sur la piste 29 d’Amboise-Dierre, celle en bitume orientée vers l’Ouest (l’aérodrome a également une piste en herbe, parallèle). Pas de vent ce 27 octobre, ciel quasiment tout bleu et froid sec, les conditions sont idéales : « je préfère voler l’hiver, il y a moins de turbulences. On pourrait croire que l’été à 14h c’est le moment idéal mais non, avec la chaleur ça bouge plus » nous informe le pilote entre deux manœuvres.

Décollage sur la piste 29 d'Amboise Dierre, orientée plein Ouest
Décollage sur la piste 29 d'Amboise Dierre, orientée plein Ouest
Atterrissage à Amboise-Dierre, sur la même piste.
Atterrissage à Amboise-Dierre, sur la même piste.

Le décollage se fait en douceur à 100km/h, après un virage cap sur Amboise. A la différence de Tours où les règles sont plus strictes (en raison de la concentration urbaine et de la présence de l’aéroport militaire), nous survolons une zone non-contrôlée : « on peut faire un peu ce qu’on veut mais je ne vais jamais trop au-dessus des villes pour éviter les nuisances sonores » détaille Pierrick.

Amboise.
Amboise.
Le Château Royal.
Le Château Royal.
Chaumont-sur-Loire.
Chaumont-sur-Loire.

Nous voilà au-dessus de la Loire, vraiment basse, puis du Château Royal d’Amboise. On longe le fleuve vers Chaumont-sur-Loire, et on atteint Blois moins d’un quart d’heure après le départ. Cap sur Chambord : « nous y serons dans deux minutes » sourit Pierrick alors que l’on passe au-dessus de l’immense forêt de Sologne avant de faire deux fois le tour du majestueux château de la Renaissance puis de mettre le cap sur Cheverny qui a inspiré Hergé pour Tintin et enfin de finir au-dessus du Cher à Chenonceau, splendide.

64€ par personne pour une heure de vol

Après 1h de vol (ça passe vite !), de superbes paysages sur la carte mémoire de l’appareil photo, moins de dix nuages croisés et 4-5 secousses plus amusantes que dérangeantes, Pierrick pose l’avion tout en finesse et avec le sourire… Comme lui, plusieurs autres pilotes de l’aéro-club sont habilités pour embarquer des coavionneuses et des coavionneurs, via la société française Wingly, créée en 2015, bien développée en Allemagne et au Royaume-Uni mais active en France depuis quelques mois, notre pays ayant traîné à légiférer sur la question. Pas d’échange d’argent sur place, tout se fait via un site web que les habitués du covoiturage n’auront pas de mal à appréhender.

« Tous les pilotes doivent être validés par la Fédération » nous explique également l’entreprise. Si elle prend une commission sur chaque vol d’environ 15% (comprenant l’assurance), eux ne peuvent pas faire de bénéfices (« c’est interdit par la réglementation »), seulement partager leurs frais. Comptez ainsi 64€ par personne pour une heure de balade depuis Amboise. Mais certaines annonces proposent également des allers-retours sur une journée ou un week-end vers La Rochelle ou Aix-en-Provence. « La France est le pays avec la plus grosse croissance » explique Wingly qui totalise 23 pilotes dans le département et 200 propositions de vols sur la région.

Photos : Claire Vinson

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