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L’Université de Tours s’agrandit… et soigne son image

C’est l’information que tout le monde met en avant cette année : l’Université de Tours a dépassé la barre des 30 000 étudiants. Un chiffre symbolique qui mérite d’être détaillé, tant l’institution compte de nombreuses ramifications. Il est aussi chargé d’enjeux pour une entité qui doit sans cesse adapter son fonctionnement. Revue de détails à l’occasion de la rentrée universitaire cette semaine.

Philippe Vendrix est dans sa dernière année de mandat. Forcément, le président de l’Université de Tours se doit de faire un bilan d’action. Il ne le vend pas ainsi, mais ça y ressemble franchement. Il avance les bons chiffres, arrondit les angles avec ses partenaires et affiche son indépendance vis-à-vis de la tutelle étatique. L’image d’un capitaine qui veut se montrer alerte devant l’équipage de son paquebot… malgré les remous.

« Depuis 2010 on a vu le nombre d’étudiants de l’Université augmenter de 25% » souligne son N°1. Soit un peu plus de 5 000 apprenants de plus en une décennie. A cela, il faut ajouter les 3 000 élèves des instituts de formation aux soins infirmiers, soit 3 000 jeunes répartis dans toute la région et désormais administrés depuis Tours. Voilà comment on atteint ce fameux total de 30 000 étudiants rattachés à l’Université tourangelle mais qui ont aussi cours à Blois voire Montargis pour une petite partie d’entre eux. L’agglomération de Tours en elle-même compte donc toujours autour de 30 000 étudiants, incluant ceux de l’Université et des autres établissements (Escem, Brassart…).

Si les chiffres sont sur la pente ascendante, c’est notamment parce que les enfants nés du baby boom du début des années 2000 obtiennent leur bac en ce moment et s’orientent dans des études supérieures : « Plus de 4 500 néo-bacheliers rejoignent l’Université cette année, c’est assez impressionnant » relève Philippe Vendrix.

« Nous figurons aisément dans les 1 000 premières universités du monde »

Cela dit, les bases restent les mêmes : « Il n’y a pas de changement radical dans l’offre de formation, ce serait risqué de modifier sans expérimentation pendant deux ou trois ans. » Et puis de toute façon, difficile d’organiser une révolution avec des moyens limités :

« L’État consacre 6 400€ par an aux étudiants de l’Université de Tours quand c’est 8 400€ à Poitiers et Orléans et 10 000 à Paris. Nous n’avons bénéficié d’aucune revalorisation de nos dotations. »

Et le président de l’ex Université François Rabelais ne s’attend à aucun coup de pouce à venir pour le fonctionnement. Il capitalise donc sur les acquis, estimant ne pas avoir à rougir des places occupées par les formations tourangelles dans les différents classements : « Nous figurons aisément dans les 1 000 premières universités du monde sur 18 000, la 20e française sur 70 selon le classement de Leiden. Nous avons plus ou moins la même visibilité internationale que Poitiers et Dijon. Nous sommes enfin 1ère université française et 60e mondiale dans le domaine des soins vétérinaires. »

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Ces données posées, on se demande où peut être la marge de progression de l’institution quand on sait que l’ambition d’une bonne part d’élus locaux est de pousser l’agglo jusqu’à 50 000 étudiants. Ce qui ne passera pas seulement pas des installations de cursus extérieurs, l’Université restant mécaniquement une locomotive. La solution pourra résider en partie dans l’image, comme par exemple la baisse de 70€ de l’abonnement transport annuel des étudiants entrée en vigueur le 1er août et saluée par le syndicat étudiant UNEF après des années de critiques virulentes contre les précédents tarifs de Fil Bleu. « On aimerait mesurer l’impact de telles décisions » pointe Philippe Vendrix, ajoutant plus loin que « une université ne vaut pas par son nombre d’étudiants mais par la qualité de leur expérience, s’ils ont envie d’y rester. »

Pour avoir envie de rester dans une université, la qualité des formations compte. Celle des locaux aussi.

Évoqués depuis des années, les travaux de rénovation du site des Tanneurs doivent enfin commencer en 2020. Certaines opérations ont même déjà commencé comme la préparation du déménagement des livres de la bibliothèque vers le parking souterrain afin que les ouvriers puissent intervenir dans les étages. Ce chantier estimé à 30 millions d’euros (voire 40 si tout était vraiment refait de fond en comble) se déroulera en plusieurs phases. La première chiffrée à 13 millions concerne les interventions urgentes (isolation, rénovation des murs qui s’effritent, désamiantage) et la réfection de l’accueil Thélème avec sa salle de spectacle de 600 places. La seconde, pour l’instant sans calendrier, est à 18 millions d’€.

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Là, l’Etat s’investit (3 millions d’€ pour la première phase) aux côtés de la région et de Tours Métropole. Ce qui n’empêche pas Philippe Vendrix d’animer un bras de fer avec le ministère autour d’un autre sujet financier : les droits d’inscription pour les étudiants qui viennent de pays non-membres de l’Union Européenne.

Philippe Vendrix

Pour s’y retrouver, rappelons qu’une inscription coûte 170€ en licence, 245€ en master… et que l’Etat proposait 2 800€ pour les extra-communautaires. « Nous avons refusé » rappelle le président de l’Université, indiquant que seules trois universités françaises (dont Orléans) avaient fait le choix inverse. Les arguments tourangeaux :

« Cela risquait de ralentir nos collaborations avec d’autres pays comme le Maroc, mais aussi nos laboratoires de recherche qui auraient peiné pour obtenir une reconnaissance internationale en cas d’effectifs réduits. Un tel changement de pratique ne peut se faire que s’il est concerté avec tous les acteurs. »

Un atelier spécial pour aider les étudiants à trouver du travail

Au final cette année, Tours accueille un peu plus de 800 jeunes hors UE, sur un total de 3 000 étudiants étrangers. Et pour les accueillir, il y a du changement : « Nous mettons en place un bureau unique incluant la préfecture pour régler les problèmes administratifs mais aussi la sécurité sociale ou Fil Bleu. La Journée d’accueil des étudiants étrangers est maintenue à l’Hôtel de Ville de Tours ainsi que le mois de la découverte à l’Université. »

Et plus globalement, Philippe Vendrix planche sur un accompagnement social renforcé pour l’ensemble des pensionnaires de l’Université de Tours. Un guichet pour leur accompagnement professionnel doit voir le jour sur le site Mame près de l’Ecole des Beaux-Arts avec par exemple des ateliers pour faire son CV vidéo. Une antenne doit également s’installer à l’aéroport de Tours. De quoi, là aussi, développer une certaine image de marque.

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