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Forces et faiblesses de Tours Evénements

Miss France, Stéphane Plaza, Lenny Kravitz… Tours Événements ne cesse de brandir haut et fort sa capacité à faire venir des stars à Tours, met en avant l’organisation prochaine d’un congrès avec 1 600 personnes ou le succès de manifestations comme le Japan Tours Festival qui va migrer du Vinci vers le Parc Expo en 2019. Mais derrière ces vitrines, la structure manque encore d’élan pour passer au niveau supérieur.

« On fait des tests. Il y a des choses qui vont marcher, d’autres non » : le directeur de Tours Événements Christophe Caillaud-Joos le reconnait, il tâtonne encore. En poste depuis un an, le remplaçant du charismatique et turbulent Denis Schwok imprime progressivement sa marque, constitue son équipe de direction (bien plus large que l’ancienne) et s’attache à donner un nouveau tempo à la société qui organise la Foire de Tours, le Salon de l’Habitat mais accueille aussi congrès, conventions, concerts, examens ou manifestations sportives.

Pas facile tout ça… Voici sa méthode. D’abord, comme il l’avait annoncé, Christophe Caillaud-Joos a fait le ménage dans les salons qui ne marchaient pas assez bien (exit notamment celui consacré aux jeux vidéo, et bientôt les voitures Nascar). Ensuite, il a remanié les autres (cycle de conférences pour l’Habitat et l’Auto, venue de célébrités comme Dominique Chapatte ou Stéphane Plaza). Tout ça en attendant de mettre sur pieds de nouvelles idées. Combien ? « Une ou deux » se contente-t-il de lâcher, sachant que ce quota comprend le futur festival autour de la gastronomie promis pour mai 2019, sur lequel il ne faut pas se rater après l’épineux épisode Francos Gourmandes.

« On nous a un peu oubliés »

Mais le boss de Tours Événements veut bien plus que des salons où l’on vend des robes de mariée, des canapés ou des voitures électriques, quand bien même avec des animateurs d’M6 qui attirent la foule. Son ambition du moment c’est de remplir le plus souvent possible les halls du Parc Expo et le Vinci (désormais présenté comme le « Palais des Congrès de Tours » dans les brochures pour ne pas confondre avec le Clos Lucé ou l’entreprise de BTP). Et pour faire tourner la boutique, compenser les pertes de rendez-vous comme l’American Tours Festival, les événements grand public ça ne suffit pas. Il faut du tailleur et du costard, autrement dit des congrès, des conventions et des séminaires.

Actuellement, Tours accueille une centaine de manifestations professionnelles sur l’année, dont 13 congrès d’ampleur. En 2016, on en recensait 29 (dont le congrès national des pompiers). « L’objectif c’est de revenir à ce niveau » ambitionnent Christophe Caillaud-Joos et la présidente de la structure Cécile Estivin (par ailleurs élue à la ville). Tous deux reconnaissent qu’il y a eu un manque de commercialisation. « On nous avait oubliés » mais « on a recruté des gens pour prospecter et on a aligné nos coûts avec les autres villes après une grosse campagne de benchmarking (comparaisons commerciales, ndlr) d’une vingtaine d’autres lieux en France. Il y a un vrai travail de fond à faire car on ne nous appelle pas pour organiser une manifestation, c’est nous qui devons démarcher. D’autant plus que les entreprises tournent, elles ne vont pas deux années de suite au même endroit. »

Des manifestations annoncées jusqu’en 2023

« On veut aller de grands congrès internationaux pour bénéficier des retombées directes et indirectes » nous explique-t-on, en évoquant des prospections sur des salons spécialisés à Barcelone ou Francfort. Pour faire la différence avec le côté carte postale des villes du bord de mer (St Malo) ou des grosses métropoles dont le seul nom suffit parfois à convaincre quelqu’un de signer (Bordeaux, Nantes, Lille, Lyon…), Tours Événements adapte sa stratégie : « je vais chercher nos prospects à la sortie du train, ils n’en voient pas beaucoup des directeurs qui font ça » se vante l’avenant patron. Évidemment, ce n’est qu’un détail. L’essentiel pour l’équipe dirigeante c’est qu’elle se dit en capacité « d’organiser des visites privées du Musée des Beaux-Arts ou de la ville. Nous demandons au service du patrimoine ce qu’il est possible de faire. Nous vendons aussi les châteaux. »

Des réductions pour les entreprises locales

« Les sociétés tourangelles pensaient qu’elles ne pouvaient pas se payer un événement au Palais des Congrès. Nous avons donc créé une offre pour elles avec des tarifs à -40% » explique le directeur de Tours Événements.

A écouter Cécile Estivin et Christophe Caillaud-Joos, ces quelques initiatives ont payé, permettant par exemple de signer dès à présent un gros congrès des entreprises publiques locales pour… 2022, et une réservation est même déjà bookée pour 2023. Le CNGE (1 600 personnes) ou les représentants des tribunaux de commerce sont eux annoncés dans les prochains mois sans oublier les retraités de la CGT. De quoi booster l’économie locale ? « Un congressiste qui dépense 100€ sur une manifestation en dépense 300 à 400 à l’extérieur » assure Tours Événements. Christophe Caillaud-Joos va même plus loin : « on peut même espérer voir ces personnes revenir avec leur famille et, pourquoi pas, s’installer ici. » En attendant, il s’impatiente sans trop le dire de voir l’offre d’hôtels haut de gamme s’étendre, donc de voir démarrer le chantier Porte de Loire).

Un manque de grands concerts ?

Le dernier pan de l’activité de Tours Événements c’est son rôle de structure d’accueil de concerts et spectacles : « nous sommes au même niveau de taux de remplissage qu’une salle de Nantes » se défend le directeur quand on lui fait remarquer que de nombreuses grandes tournées d’artistes populaires contournent soigneusement Tours pour privilégier Orléans, Le Mans voire Angers ou Clermont-Ferrand. « Ceux qui comptent, on les a » promet-il encore concédant tout de même être en réflexion pour pouvoir améliorer cette corde de son arc, par exemple avec un travail en cours pour (enfin) faire venir le duo comique régional qui cartonne partout : Les Bodin’s, « ils seront bientôt chez nous » insiste Christophe Caillaud-Joos.

Enfin, malgré le coût exorbitant des cachets, le directeur poursuivra la politique d’accueil de têtes d’affiche de niveau international à l’American Tours Festival (première annonce possible bientôt). En revanche, programmer deux jours de suite deux stars des ados (Soprano et Black M), c’est fini : « on a essayé, mais ça ne prend pas. » N’empêche, Maitre Gims ou Calogero devraient faire le bonheur de leurs fans au Grand Hall d’ici la fin de l’année.


Un degré en plus :

Pendant ce temps, le départ du directeur précédent Denis Schwok n’est pas réglé. La ville a bloqué l’an passé la somme de 600 000 euros que devait toucher au départ Denis Schowk. (ce qui avait un coût de près d’un million d’euros pour la structure). Une négociation a été proposée à Denis Schwok avec une somme de 400 000 euros, refusée par l’intéressé. Conséquence : une procédure est engagée aux Prud’hommes. Elle devrait durer longtemps, avec un appel possible de Denis Schwok.

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