Avec plus de deux décennies d’existence, l’école CEFIM de Tours fait partie des pionnières dans la galaxie des établissements d’études supérieures dédiés à l’univers de l’informatique. Mais le monde change et le modèle originel ne suffit plus pour assurer la pérennité de l’établissement : la direction s’est donc rapprochée du groupe Skolae pour maintenir ses formations et en développer de nouvelles. Entretien avec le directeur de cette antenne, Frédéric Dufau.
Le quartier des Deux-Lions de Tours-Sud est l’un des poumons étudiants de la ville avec sa fac de droit, Polytech, l’école Excelia mais aussi le campus Skolae situé Avenue du Pont Cher, à quelques mètres de la station de tram de L’Heure Tranquille. Dimensionné pour 450 étudiants, étendu sur 1 700m², il accueillait depuis 2023 l’école CEFIM dédiée aux métiers de l’informatique, et centrée sur les formations en alternance pour le post-bac ou la reconversion. Un modèle qui évolue depuis le rachat de l’établissement par le groupe Skolae.

A partir de septembre 2026, ce sont 8 établissements qui vont se partager les locaux, avec en prime la possibilité de recevoir des groupes en formation ponctuelle (sur une journée ou un peu plus, selon les demandes des entreprises). L’ensemble est dirigé par Frédéric Dufau, un historique du CEFIM arrivé à la création en 2024, « avec la première équipe dans la ferme de la Liodière à Joué-lès-Tours, à côté des chèvres. A l’époque, on était au début de la formation au numérique, avant que tout le monde ait la fibre ou l’ADSL » se souvient-il.
Parti voler de ses propres ailes, le Tourangeau est revenu dans l’entreprise en 2017 avant de gravir les échelons jusqu’à la direction. Dans le même temps, le CEEFIM a vu ses effectifs s’éroder. « Sur une ville comme Tours, c’était ambitieux de dire qu’on allait remplir un campus uniquement avec la filière informatique d’autant que l’alternance – qui est notre modèle – coûte de plus en plus cher aux entreprises. A un moment, le flux ne suivait plus » déplore Frédéric Dufau en sortant les chiffres : 101 étudiants cette année sur les formations CEFIM.

Le déclin de l’alternance n’est pas la seule raison. « Nous subissons le déclin démographique. Et c’est une filière où il y a beaucoup de concurrence avec les formations en ligne, les MOOC… Le marché est vaste avec beaucoup, beaucoup d’acteurs » pointe le directeur. Et si le CEFIM avait commencé à se diversifier dès 2019 avec le lancement d’une filière webmarketing, « version tech d’une école de commerce », il fallait donc aller plus loin pour assurer la pérennité de la structure. D’où le rapprochement avec Skolae, « le candidat le plus solide ».
« C’est un groupe qui compte au total 23 établissements, où certaines écoles ont 60 ans et qui est dans le champ de l’alternance depuis 20 ans. Cela nous permet de changer d’échelle avec un appui national pour aller chercher de gros groupes pour nos étudiants, en plus du maillage que l’on avait tissé avec les entreprises locales » se félicite Frédéric Dufau. En clair, les 7 salariés tourangeaux gèrent le quotidien de l’établissement (avec, par exemple, le recrutement des équipes de formation) mais s’appuient sur le siège pour une grande partie de tâches auparavant chronophages, comme l’administratif.

« Le monde de l’enseignement supérieur a changé et pour des structures indépendantes, l’exercice devient de plus en plus compliqué » commente également le directeur du campus Skolae de Tours. Et ce n’est pas la seule difficulté : la bulle de l’intelligence artificielle rebat également les cartes, obligeant les établissements à bousculer sans cesse les programmes de formation pour rester à la page :
« On revit ce qui se passait au début des années 2000 au niveau des questionnements sur l’évolution avec une différence fondamentale, la vitesse. Autant la révolution numérique on avait eu le temps de l’avaler sereinement, là avec l’IA il faut s’accrocher au fauteuil car tout va très vite. Il faut s’adapter en permanence aux formations, avec des programmes renouvelés tous les ans au lieu de 3 à 5 ans. Ça nous oblige à être en permanence à l’affut. »
Et, forcément, on se demande aussi si l’essor de l’IA ne va pas tout simplement amoindrir les projets professionnels au sortir de ce type d’établissement. Réponse de Frédéric Dufau :
« On sait que l’ensemble des métiers que l’on propre sont en voie de transformation, la difficulté c’est de savoir vers quoi et c’est compliqué à anticiper. On pose beaucoup la question aux écoles alors que la réponse est surtout dans les entreprises qui s’adaptent au jour le jour. C’est compliqué d’avoir une vision à long terme mais, ce qu’on dit, c’est que notre formation ne doit pas être que sur la transmission mais aussi sur la pédagogie active. Notre engagement c’est d’emmener vers l’esprit critique, l’analyse. C’est par exemple le cas pour la comptabilité. »
Skolae Tours, ex-CEFIM, semble néanmoins prendre le pli, grâce à sa réputation passée et sa nouvelle identité : « La dynamique négative est enrayée » commente Frédéric Dufau avec plus d’une centaine d’inscriptions en informatique pour la rentrée 2026 et au total 250 étudiantes/étudiants attendus sur le campus. « Ça marche fort sur notre section BTS audiovisuel, mais aussi sur l’immobilier » annonce le directeur qui ajoute à son catalogue un bachelor de design avec une école de jeu vidéo, de la comptabilité/gestion, une école de commerce et du journalisme.

Le groupe est également en lien avec d’autres entités locales issues de ses univers comme Pixel Player ou Arkham Studio. Et travaille d’ailleurs grandement sur les échanges, les synergies. Notamment entre ses différentes branches : « On peut imaginer des étudiants d’audiovisuel travaillant avec l’immobilier, ou l’informatique avec la comptabilité. Nous faisons cela lors de semaines de projets quand on reçoit des commandes de clients extérieurs pour challenger les élèves » détaille Frédéric Dufau. Le campus, avec terrasse ou larges espaces communs, a lui-même été pensé pour « créer du lien ». Un package global que le directeur espère séduisant pour attirer un maximum de candidatures : il se donne deux ans pour véritablement lancer la machine.








