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CinéLoire, Studio et CGR : la nouvelle géographie du cinéma à Tours

À l'intérieur de la salle IMAX

Déjà un an qu’il y a des salles de cinéma de chaque côté de la Loire à Tours. Le 3 octobre 2018 le groupe Davoine a ouvert son CinéLoire à Vaucanson, juste en face du terminus du tramway. Une arrivée très attendue par certains, redoutée par d’autres. 12 mois plus tard, quel état des lieux ? Enquête.

Le directeur du CinéLoire a plutôt le sourire : « On se rend compte qu’il y a de la place pour tout le monde » explique Julien Marignier. En un an, ses salles ont accueilli près de 220 000 personnes, 50 000 sur les trois derniers mois de l’année 2018 et environ 170 000 depuis le 1er janvier 2019. « On peut espérer atteindre les 220 000 sur une année pleine, 350 000 à moyen terme. Mais de toute façon il faut 18 mois pour installer un cinéma » disserte-t-il depuis son bureau du 1er étage, au-dessus de l’accueil.

A lire sur Info Tours : Un an après, quel bilan pour le CinéLoire à Tours Nord ?

220 000 tickets écoulés en un an, cela place le CinéLoire sur la 3e marche du podium des multiplexes de l’agglomération tourangelle. Le CGR des Deux-Lions reste le N°1 indétrônable (même s’il ne devrait plus franchir le pallier des 900 000 entrées ce qui était le cas dans le passé) et les Studio sont 2e avec environ 350 000 entrées par an, une tendance plutôt positive : « On se rend compte que le gâteau s’est agrandi. Globalement il y a plus d’entrées pour le cinéma à Tours alors que la tendance est orientée à la baisse dans d’autres villes » observent à la fois Julien Marignier et ses confrères des Studio et des CGR, Pierre-Alexandre Moreau et Pierre Crétet.

Relire également notre article paru au moment de l’ouverture de CinéLoire :

CinéLoire redistribue les cartes du cinéma

Un ciné qui doit encore trouver sa place

Au-delà de l’effet curiosité pour la nouveauté CinéLoire et sa salle Imax, unique dans le département, ce multiplexe a aussi rendu plus pratique la consommation de cinéma pour les personnes qui habitent Tours Nord ou le nord du département… et en même temps c’est surtout pour ça qu’il a été bâti. En prime, il s’inscrit comme la locomotive d’un nouveau quartier en construction, plusieurs restaurants ayant ouvert à proximité (Au Bureau, Wazawok, 231 East Burger), un hôtel (Campanille) en attendant les logements… et peut-être même dans un horizon plus lointain une zone d’activité autour de l’aéroport après la fermeture de l’école de chasse (mais là, on est sur du gros conditionnel). Reste maintenant au CinéLoire à fidéliser cette clientèle, et à forger son identité, ce que le complexe tente de faire en axant sa programmation sur des films familiaux, en développant petit à petit les avant-premières ou en programmant des diffusions d’événements live comme Mylène Farmer et Shakira mais aussi du théâtre et l’opéra.

Si le groupe CGR a tenté de retarder l’arrivée du groupe Davoine à Tours via des recours judiciaires, c’est surtout les Studio qui se préoccpaient de cette nouvelle offre. Un accord tacite a finalement été conclu entre le cinéma art et essai historique du centre-ville et le nouvel arrivant : CinéLoire ne diffuse pas directement les films art et essai porteurs ni de VO, et les Studio ne programment que très tard des sorties comme Le Roi Lion.

Encore des inquiétudes du côté des cinémas Studio

« On respecte nos engagements et c’est rare que nous ayons la même programmation. Nous n’avons pas le même public » insiste Julien Marignier en ne manquant pas de relever les bons chiffres des Studio. Rue des Ursulines, le président Pierre-Alexandre Moreau confirme : « Davoine a joué le jeu et ça se passe bien. » Il s’inquiète néanmoins d’une possible prise de contrôle du groupe par le géant Pathé qui semble se profiler à l’horizon : « Ils risquent d’avoir une politique plus agressive avec la concurrence. Le rapport de force ne serait pas le même. Leur objectif c’est de prendre des parts de marché, donc à voir s’ils respecteront l’équilibre que l’on a trouvé aujourd’hui. » Sa crainte c’est que les Studio aient du mal à obtenir des copies de films à fort potentiel d’entrées au profit d’un cinéma Pathé qui diffuse un long métrage dans des centaines de salles et fait sa programmation de façon centralisée.

Plus ou moins impuissants, les Studio se préparent psychologiquement à d’éventuelles complications. Arrivant à la fin de son mandat à la présidence de l’association, Pierre-Alexandre Moreau prépare sa succession avec la probable entrée en poste de Catherine Melet qu’il présente déjà à certains acteurs du secteur. Le complexe qui emploie 17 personnes et compte 60 bénévoles vient également de mettre en ligne son nouveau site Internet, a rajeuni son public (+13% de jeunes de moins de 25 ans abonnés en 4 ans, abonnement gratuit pour les étudiants, soit 1 300 cartes annuelles…) et projets de réfection de salles.

Un CGR toujours en difficulté au centre-ville

Quant au CGR, avec 610 000 entrées en 9 mois, « ça se passe bien, on est contents de nos chiffres » commente Pierre Crétet qui dirige le multiplexe des Deux-Lions et s’attend à une belle fin d’année entre la sortie de La Reine des Neiges et le dernier Star Wars. Son complexe n’est plus la locomotive du groupe en France mais reste un poids lourd avec de nombreuses venues d’acteurs (Géraldine Nakache, Omar Sy…) et une nouvelle salle « Ice » (salle premium avec sièges très confortables et une diffusion des films dans un format technologique amélioré, spécialement développé par le groupe). Ouverte en décembre 2018, quelques mois après l’inauguration du CinéLoire, elle s’est combinée avec une rénovation complète des lieux, comme pour répondre à la concurrence venue du Nord.

« Ce sera difficile d’atteindre de nouveau les 900 000 entrées. Les cartes sont redistribuées donc forcément on n’a pas la même puissance mais on maintient nos parts de marché. Le taux de remplissage de la salle Ice est inespéré avec déjà 70 000 entrées. Nous y avons diffusé 25 films, on essaie d’en avoir un différent chaque semaine » nous détaille Pierre Crétet dont le challenge reste aussi de rebooster le CGR du centre-ville « qui subit la politique de stationnement désastreuse de la ville et les difficultés du quartier situé derrière la gare, laissé à l’abandon. »

Le multiplexe tente donc de tirer son épingle du jeu via l’événementiel, « en s’insérant dans un maillage local, avec des associations ou des soirées de débats. » Après la réfection de la grande salle ou l’ajout de nouveaux fauteuils, sa rénovation complète reste également « à l’étude. »

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