Apprendre à vivre avec l’Etat d’Urgence

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Au cœur d’un été, saison traditionnellement synonyme d’insouciance, de flânerie et de légèreté, les Français et les Tourangeaux ont vu brusquement leur quotidien bousculé suite aux tragiques évènements de Nice et de Saint-Etienne du Rouvray.

L’instauration de l’Etat d’Urgence en 2015 s’était au final peu fait sentir dans le quotidien. Si les semaines qui ont suivi les attentats de Paris, la population s’est habituée à se faire fouiller ses sacs aux entrées des lieux publics, notamment lors de la période de Noël, petit à petit la peur et la surveillance était retombées. Les événements de juillet ont fait franchir un cap dans la politique sécuritaire. L’Etat, par la voix de Manuel Valls relayé par les autorités préfectorales a prévenu : fini l’insouciance, la France est en guerre, aux Français d’en tenir compte. Si dans les discours, il est hors de question de toucher au mode de vie en enfermant la population chez elle, dans les faits s’instaure une situation confuse et floue entre événements annulés d’un côté, sécurité renforcée pour d’autres, moyens militaires déployés puis rapidement retirés…

Dans le domaine de l’événementiel, le Préfet d’Indre-et-Loire a prévenu en juillet, les organisateurs devront prendre en compte cette situation en installant « les conditions nécessaires au maintien de leurs événements ». A Tours, si la Mairie a réussi à sauver la Foire à l’Ail et au Basilic, puis la Braderie de Tours au prix d’un triplement de l’enveloppe allouée et d’une sécurité renforcée,  pour le moment d’autres événements comme les 20 km de Tours restent en suspens.

L’Etat peut-il assurer la sécurité de la population ?

Qui dit saison estivale dit également saison des festivals. Contrairement à ailleurs, la Touraine n’a pour le moment pas connu d’annulation sur ce type d’événements. Aucard is not dead, Cosmopolite, Oh la Villaines !, Yzeures N’Rock… autant de rendez-vous maintenus et réussis. Pourtant l’ambiance était fortement différente avec des forces de l’ordre visibles, pensées comme force de dissuasion mais aussi comme présence rassurante dans un climat de plus en plus anxiogène. Au festival Cosmopolite, militaires et gendarmes assuraient une surveillance impressionnante devant le site, mais aussi à l’intérieur, défilant jusque dans les backstages pour vérifier que le RAS était bien de rigueur. Parmi les festivaliers croisés, beaucoup s’accommodaient de cette présence inhabituelle à l’instar de Francis :  « Si cela peut permettre aux événements de continuer et si cela nous permet de continuer à vivre normalement, cela ne me pose aucun problème, je trouve cela rassurant au contraire cette présence ». Quelques-uns comme Jade se montraient moins emballés par la vision de militaires famas à la main : « Moi je trouve cela plus inquiétant qu’autre chose, je trouve que cela ajoute de l’angoisse et je ne pense pas que la présence de quelques militaires soit vraiment efficace ». 

IMG_1986Gendarmes en patrouille près des loges artistes lors du festival Cosmopolite

Des militaires, 70 au total sur le département, venus en renfort cet été en Touraine dans le cadre de l’opération Sentinelle, mais une présence qui s’achève normalement demain, le 1er septembre, malgré une menace toujours aussi présente. Mais aussi symbolique qu’était cette présence de quelques dizaines de militaires supplémentaires dans un département de près de 600 000 habitants, leur départ est révélateur de la difficulté qu’un Etat comme la France peut avoir dans la gestion d’une situation de crise comme celle-ci. L’inconnu règne et il semble en effet difficile d’imaginer que l’Etat puisse maintenir une surveillance totale du territoire entre coût élevé, militaires usés par un an-et-demi de plan Vigipirate renforcé puis d’Etat d’urgence, manque de réservistes, mais aussi modes opératoires terroristes imprévisibles…

10 & 20 km de Tours : les bénévoles envoyés en première ligne

Face à cette situation il est donc demandé à l’ensemble de la population une vigilance constante : lambdas, lieux publics, organisateurs d’événements… A chacun d’assurer la sécurité du quotidien. Le Préfet Louis Le Franc a rappelé à l’ordre les directeurs de centres commerciaux suite à la tuerie de Nice, il n’hésite pas non plus à pousser les organisateurs d’événements festifs à intégrer de nouvelles règles de sécurité sous peine d’annulation. Des efforts non négligeables et qui peuvent s’avérer de véritables poids financiers lorsque ces dits événements sont portés par des associations et des bénévoles. Les 20 km de Tours en sont le dernier exemple en date. Porté par NR Evénements mais géré sous mode associatif, la course tourangelle voit son existence 2016 menacée si 170 personnes avec véhicules ne sont pas trouvés d’ici jeudi pour bloquer les intersections sur le parcours. Une demande du Préfet irréalisable financièrement en faisant appel à des sociétés de sécurité, si bien que pour réussir à maintenir les 10 & 20 km mais aussi le marathon, les organisateurs ont lancé un appel à la solidarité pour trouver de nouveaux bénévoles. Un appel rapidement et massivement relayé, signe que les Tourangeaux ont à cœur de voir maintenir les grands rendez-vous sur le territoire. Pourtant derrière cette solidarité, certains s’inquiètent également de ces dérives. Ainsi Bernard, coureur des 20 km de Tours depuis plusieurs années nous dit-il, nous a écrit par mail suite à notre premier article : « Je serai le premier heureux si cette course ancrée dans la tradition locale pouvait avoir lieu cette année. Pourtant cet appel aux bénévoles me met mal à l’aise. On craint une menace d’un camion (ou voiture) bélier comme à Nice et pour répondre à cette peur on demande à des civils de se mettre en première ligne avec leurs véhicules personnels. Où est la responsabilité des autorités dans tout cela ? Il me semble pourtant que la sécurité est une affaire régalienne et qu’on ne peut pas la confier à n’importe qui, comme ça au dernier moment ».

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